Syrie : de qui se moque Obama ?

La décision d'Obama de suspendre les frappes sur la Syrie à une décision du Congrès a surpris aux États-Unis et ailleurs. À commencer par François Hollande.


Syrie : de qui se moque Obama ?
C'est peu dire qu'Obama a pris samedi soir une décision inédite pour un président des États-Unis dont les Américains rappellent toujours fièrement qu'il est aussi "commander in chief", le commandant en chef de l'armée la plus puissante du monde. Sous-entendu un homme capable de montrer ses muscles quand il le faut, la main sur le coeur et le regard fixé sur la bannière étoilée. Toute la semaine, la Maison-Blanche a distillé les informations à la fois sur les preuves d'utilisation d'armes chimiques par le régime syrien et sur les préparatifs militaires en vue d'une opération de représailles imminente. 
 
Or, au moment où le président annonce qu'il a pris sa décision de frapper le régime syrien pour le punir et que les chefs militaires lui ont confirmé qu'ils étaient prêts, et les missiles de croisière sur leurs rampes de lancement, voilà qu'il casse l'ambiance martiale qui commençait à gagner les salles de rédaction et le pays tout entier : l'intervention militaire, même limitée à quelques frappes, ne pourra, dit-il, avoir lieu qu'après un vote du Congrès. Soit dans une bonne semaine.

On pourrait se féliciter
 
On pourrait se féliciter de voir un président américain se tourner vers le pouvoir législatif pour lui donner un feu vert auquel la Constitution ne l'oblige nullement, en se souvenant que, de Reagan à Bush, en passant par Clinton, aucun d'entre eux n'a eu ce souci tout à fait démocratique. Mais ce serait oublier que pour la Libye, pour les drones qui régulièrement abattent des ennemis de l'Amérique au Yémen ou au Pakistan, Obama n'a jamais cherché à obtenir l'approbation des parlementaires américains. Et encore moins - heureusement d'ailleurs - quand il s'est agi d'éliminer Ben Laden.
 
On pourrait surtout se féliciter qu'après avoir joué les va-t-en-guerre le président des États-Unis se rende à la raison de tous ceux qui disent, y compris une majorité d'Américains, qu'il n'y a rien à gagner à intervenir militairement, même de façon limitée, et qu'il est préférable de chercher, même si c'est compliqué, une solution diplomatique.
 
Balle dans le pied
 
Le problème est qu'Obama n'annonce pas qu'il renonce à des frappes mais qu'il s'en remet à l'approbation d'un Congrès dont une des chambres, celle des représentants, lui est défavorable. Il n'est donc pas assuré d'obtenir un vote positif, comme l'ont montré ses échecs législatifs récents, sur le contrôle des armes à feu, sur l'immigration, sur la réforme de la santé. Autant dire que sa décision de samedi pourrait s'avérer être une balle dans le pied qui affaiblira encore un peu plus une présidence dont le moins que l'on puisse dire est qu'elle n'a pas été particulièrement flamboyante depuis 2008.
 
Sans compter que cette situation incertaine souligne la fragilité de la position de François Hollande. L'Élysée n'a pu se réjouir très longtemps, après la défection britannique jeudi dernier, d'être devenu le seul partenaire militaire de l'Amérique. Après avoir annoncé à plusieurs reprises, lui et son ministre des Affaires étrangères, que la France punirait la Syrie, voilà le président français, dont personne ne peut imaginer qu'il ira seul au combat, contraint d'attendre un vote du Congrès des États-Unis pour tenir sa promesse de sanctionner le régime de Bachar el-Assad. Dans le genre maître de ses décisions, on fait mieux.

Par MICHEL COLOMÈS
lepoint.fr
Lundi 2 Septembre 2013




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