Sommet d’Abuja contre Boko Haram : « La stratégie du court terme va aggraver la situation humanitaire et les tensions ethniques dans le Bassin du Lac Tchad », selon la Lettre de l’Observatoire (Timbuktu Institute)


Sommet d’Abuja contre Boko Haram : « La stratégie du court terme va aggraver la situation humanitaire et les tensions ethniques dans le Bassin du Lac Tchad », selon la Lettre de l’Observatoire (Timbuktu Institute)
Annoncé pour ce dimanche, le nouveau numéro de la Lettre de l’Observatoire de Timbuktu Institute se propose de rappeler, au-delà des effets d’annonce, du triomphalisme et des fortes déclarations politiques tous azimuts, « les sources de l’enlisement du problème Boko Haram ainsi que ses facteurs socioculturels ». Elle s’appesantira, aussi, sur la gravité de la situation humanitaire dans tout le bassin du Lac Tchad montrant que « la lutte contre Boko Haram a dépassé, depuis longtemps, largement les frontières du Nigéria tout en nécessitant des stratégies régionales et même interrégionales variées au-delà des seules solutions militaires qui ont déjà montré leurs limites ».

Pour Dr. Bakary Sambe, Directeur de Timbuktu Institute –African center for Peace Studies, ce numéro tente de démontrer que « l’extension du conflit qui oppose les insurgés de Boko Haram au gouvernement nigérian ne date pas de 2014 suite aux exactions de grande envergure menées par le mouvement terroriste ». Selon toujours Sambe, par ailleurs, auteur de l’ouvrage Boko Haram, du problème nigérian à la menace régionale (juillet 2015), « l’élargissement du foyer de tension à tout le bassin du Lac Tchad a été un fait trouvant ses origines dans les complexités socioculturelles de cette vaste zone » rappelant par exemple, que « la région de Diffa au Niger ; par exemple, a été le théâtre de la rébellion Toubou qui y a fait régner l’insécurité de 1994 à la fin de 1998, date de la signature des accords de Ndjamena. En réponse à cette rébellion et aux exactions commises sur les populations, certains groupes ethniques (Arabes et Kanouris) se sont armés et d’autres ont constitué des milices ».

D’après le chercheur sénégalais de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis (CER-CRAC) et coordonnateur de l’Observatoire des radicalismes et conflits religieux en Afrique (ORCRA), il faudra prendre en compte, dans le cadre d’une stratégie sur le long terme, la très sensible question ethnique, car selon lui, « il est établi que sur le plan ethnique, la base de Boko Haram est Kanouriphone avec une forte proportion de Mobeurs et de Boudouma. De ce fait les deux principaux foyers des réseaux criminels en lien avec Boko Haram au Niger se trouvent dans les zones de Bosso et de Chetimari ». Il rappelle que « Dans sa lutte acharnée contre Boko Haram avec des stratégies quelques fois douteuses, il est ; malheureusement arrivé que l’armée nigériane recrute des milices chez les Hausaphones, les Peuls et les Arabes Choua »
Dans cette étude, les chercheurs de Timbuktu Institute notent que « la surenchère militaro-sécuritaire conduisant aux pratiques les plus risquées telles que l’armement de milices et le fait d’opposer des ethnies à d’autres ne va pas aider à une stabilisation à moyen terme autour du bassin du Lac Tchad » avant de conclure sur « l’extrême gravité de la situation humanitaire » elle-même porteuse de germes de conflits à moyen terme.
(www.timbuktu-institute.org )
 
Samedi 14 Mai 2016
Dakaractu




Dans la même rubrique :