Si le maire de Saint-Louis était traduit devant la CPI pour destruction de biens culturels !

Après deux tentatives avortées, les buildozers commandités par la municipalité de Saint-Louis ont finalement réussi à démolir les Mosquées Adramé Diop et Yankhouba, sises à Guet Ndar, dans la mythique ville de Saint-Louis ! Le maire Mansour Faye et son équipe prétendent disposer d’un projet d’aménagement du site de plusieurs milliards de francs Cfa. Les représailles désordonnées des populations ont conduit au saccagement d’une école et d’un poste de la gendarmerie. Plusieurs d’entre elles ont été arrêtées et incarcérées, en attendant d’être jugées. Pourtant, le terroriste malien Ahmed Al Faqih El Mahdi, a été récemment jugé et condamné à 9 ans de prison par la Cour pénale internationale, pour avoir détruit des biens culturels dont notamment des mosquées et des Mausolées à Tombouctou, dans le Nord Mali, en 2012.
Dans le fond, comme dans la forme, le geste de Mansour Faye et son équipe diffère-t-il vraiment de celui d’Ahmad Al Faqih et sa bande?


Dans le fond, Ahmad Al Faqih, un salafiste pur et dur, estimait-peut-être naïvement- qu’il ferait mieux de détruire ces mausolées et mosquées pour remettre à la place, des édifices « islamiques »plus conformes, dans sa vision, d’un islam authentique !
Dans la forme, le commandant Al Faqih, du Mouvement Ansar Ed-dine, n’a pas trouvé mieux que de commanditer des brigades de jeunes déchaînés, pour venir détruire ces symboles culturels, qu’il considérait, lui et son équipe de jeunes, comme des objets d’idolâtrie. 
Quatre ans après,  Ahmad Al Faqih fut rattrapé par son passé. La Cour pénale internationale, après instruction de son dossier, l’inculpe, l’arrête, le juge et le condamne pour neuf ans d’emprisonnement.
La démarche de l’équipe de M. Faye est condamnable à plus d’un titre. Dans l’ère de l’acte III de la décentralisation, les populations locales sont les mandantes et les conseillers, y compris le maire, sont les mandataires, chargés de travailler pour l’intérêt des populations. Dans ce 21 ème siècle, la bonne gouvernance locale exige aux mandataires d’adopter une approche participative qui implique les populations locales dans tout le processus de prise de décision. Si tel était le cas, on ne se serait pas retrouvé  dans une sorte d’intifada à la palestinienne, après la destruction des deux mosquées. Deux ou trois des conducteurs d’engin ont été d’ailleurs, les premiers à refuser d’exécuter une décision, qui, à leurs yeux, n’était pas opportune. Le projet de l’équipe municipale pourrait être, certes,  intéressant, mais la démarche qui a conduit à la destruction forcée des deux mosquées ne répond guère aux normes de la démocratie locale. Il ne s’agit pas d’avoir à ses côtés-et par quels moyens- une majorité arithmétique  pour imposer à la « minorité » une quelconque décision. La bonne démarche, consisterait plutôt à convaincre les populations de la pertinence du projet. Une démocratie du forceps n’est rien d’autre qu’une dictature  qui s’ignore…
Au Sénégal, les Autorités administratives comme municipales, ont la fâcheuse habitude de laisser des situations pourrir, pour agir en dernier ressort et, souvent, de manière quelque peu cavalière. Dans le siècle où nous sommes, la force d’une loi réside dans sa pertinence aux yeux du peuple souverain. Les mandataires, de quel que niveau qu’ils se situent, n’ont jamais le droit de forcer ou de violenter le peuple, seul dépositaire de la souveraineté. Or il me semble que nos gouvernants agissent comme du temps des gardes cercle, et se comportent comme les chefs de canton de l’époque coloniale. Il est vrai que le poids de  l’héritage colonial sur notre gouvernance pose un certain nombre de problèmes. Le rapport entre l’administré et l’administrateur est faussé, de bout en bout.
Le geste du maire de Saint-Louis est d’autant plus maladroit, qu’on se rappelle tous, le revers qu’il aurait subi à Guet Ndar, pendant les élections locales, face à Ahmed Fall Braya et Alioune Badara Cissé, natifs de la localité…Cette posture commande au Premier magistrat de la ville de traiter ces populations de Nguet Ndar avec beaucoup de pédagogie et de souplesse, ce qui, malheureusement n’a pas été le cas, dans l’affaire de la destruction des deux mosquées.
L’autre élément qui me parait non négligeable, est sans doute, le caractère sacré des lieux de culte. Il est évident qu’on peut détruire un lieu de culte sur la base d’une seule décision administrative, comme on, détruirait une bâtisse ordinaire.
Le symbole que représente le lieu de culte transcende, de loin, la légalité d’une décision administrative. Mansour Faye et son équipe ont pêché pour avoir ignoré cette réalité par trop évidente, tout comme ce fut d’ailleurs le cas d’Ahmad Faqih et sa bande, qui n’ont pas voulu tenir compte de la forte conviction qui animait les adeptes  soufis, lors qu’ils détruisaient ces grands symboles que représentaient  les  mausolées de leurs saints.

Mamadou Bamba Ndiaye
Ancien Ministre des Affaires Religieuses
Président du Mouvement « Pour Une Afrique Debout »
Mercredi 23 Novembre 2016
Dakaractu



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