Serigne M'boup, Pca de la Sar et maire de Pire : « Ceux qui parlent de dialogue politique ne viennent pas quand on les convoque »

Président conseil d’administration de la Sar et par ailleurs maire de Pire, Serigne M'boup, a abordé avec nous l’actualité politique nationale. Le référendum dernier, la situation à la Sar, la crise scolaire entre autres points ont été passés en revue...


Serigne M'boup, Pca de la Sar et maire de Pire : « Ceux qui parlent de dialogue politique ne viennent pas quand on les convoque »
Lors du référendum du 20 mars dernier, le Oui l’avait remporté de quelques centaines de voix dans votre commune. Est-ce que cela n’est pas une limite par rapport à une réforme d’une telle envergure ?
Je pense que non. Ce qui s’est passé dans ses consultations citoyennes, c’est un peu le mensonge et la délation. C’est de la désinformation. Les partisans du camp du « non » de notre localité ont battu campagne en disant à la population l’inverse des 15 points de la réforme constitutionnelle. Il leur a été  dit que voter « oui » c’est libéraliser le mariage homosexuel. Cela a eu un impact extrêmement grave dans la mobilisation des électeurs. C’est la raison pour laquelle beaucoup de personnes se sont abstenues même si elles étaient avec nous. C’est ce qui fait que le taux  a été très bas et c’est ce qui fait qu’on a gagné avec 300 ou 400 voix comme un peu partout. Mais, l’important c'est que le « Oui » l’a emporté de façon claire, nette et précis. Je pense que cela a été une réponse cinglante à tous ceux pensaient que c’était le temps de la présidentielle, le temps de l’alternative. Je pense que ce référendum a été extrêmement utile pour notre pays.

Les partisans du « non » contestent les résultats de ce référendum qu’ils jugent illégitimes. Certains sont même allés jusqu’à demander la démission du ministre de l’Intérieur et celle du président de la Cena.
Cela est incompréhensible. C’est même inacceptable, peut-être même irrespectueux. Le système de gestion des élections au Sénégal est un système fiable et, toute la classe politique doit s’en féliciter. C’est vrai que le parfait n’existe pas. Mais, depuis le code consensuel de 1992, il y a eu des avancées notoires qui sont faites notamment depuis l’élection présidentielle de 2000. Un homme politique sérieux dans ce pays ne peut plus contester les élections. Parler de bourrage d’urne ou de bureaux fictifs, ce n’est pas respecter les gens.  Ce n’est plus possible de traficoter des élections dans ce pays. Il faut qu’on en revienne à plus de sérénité.

Votre équipe municipale a été installée depuis le 18 juillet 2014. L’Acte 3 de la décentralisation n’a-t-il pas freiné certains pans de votre programme économique dans la commune de Pire?
Je suis un défenseur de l’Acte 3 parce qu’il nous a jetés sur les bases de la coopération décentralisée et permis d'acquérir des capacités qu’on n'avait pas. Et, c’est sur ça que nous nous appuyons pour lancer un certain nombre de projets extrêmement importants. C’est aujourd’hui ce qui nous permet d’attirer les investisseurs. Nous voulons faire de Pire un pôle agro-industriel. Nous avons des potentiels agricoles et nous discutons avec des investisseurs.

Mais comment se fait-il que Pire, la mère des cités religieuses n’ait pu bénéficier d'un statut spécial et des avantages notamment en termes infrastructurels ?
C’est que Pire est la mère des cités religieuses. Car, l’université de Pire date de 1603. Aujourd’hui, il y a près de huit nationalités qui y étudient. La mosquée de Pire date de 1611. L’histoire de Pire est intimement liée à l’islam. Nous pensons qu’il doit bénéficier du programme des cités religieuses. Pire doit être éligible. Il y a un processus qui se construit et nous appelons encore le président et son gouvernement pour que nous puissions donner à Pire ce cachet.

Et où en êtes-vous avec le projet d’informatisation de l’Etat civil financé par l’Union européenne ?
En effet, du fait de l’incohérence du découpage administratif qui a eu lieu, Pire était rattaché à Pambal qui est très loin. Donc, pour avoir un extrait de naissance, il fallait faire une dizaine de kilomètres. Ce projet était un combat pour moi et par la grâce de Dieu nous l’avons réussi. Car, depuis un mois tout l’état civil est totalement transféré à Pire. C’est une des grandes satisfactions que nous avons. Aujourd’hui, ce qui reste c’est de numériser le stock existant pour qu’on puisse, de façon automatique, délivrer à partir de l’ordinateur les actes civils.

La Sar s’était inscrite dans une logique de rétribution de 36% de la part de l’Etat du Sénégal. Où en êtes-vous ?
Nous sommes en train, sous la coordination du ministre de l’énergie, de réfléchir sur une nouvelle dynamique qui consisterait à faire en sorte que le capital soit redistribué. Aujourd’hui, l’ambition de la Sar est relancée. La Sar est redevenue une société rentable et stable. Je voudrais saluer la décision courageuse du président de la République consistant à préserver la Sar nonobstant des pressions venues des lobbies. Pour la première fois depuis quelques années, la  Sar a fait des résultats positifs signifiants. Et nous sommes dans la dynamique de confirmer ça en 2016. Donc, aujourd’hui nous réfléchissons pour trouver les voies et moyens pour moderniser et augmenter ses capacités pour que la Sar joue encore ce rôle stratégique pour l’approvisionnement et la sécurisation.

Le Sénégal va devenir un nouveau producteur de pétrole. Que faut-il faire pour que l’Etat du Sénégal puisse bénéficier de ces découvertes de gaz et de pétrole ? 
Le président  de la République l’a dit : ‘‘le Sénégal a pris toutes les dispositions pour que le pétrole et le gaz qui seront produits puissent bénéficier aux populations’’. Je voudrais insister sur un des projets phares du président : c’est la création du Fonsis. C’est un organisme qui est capable de préserver les richesses du pays pour financer des projets stratégiques, renforcer la souveraineté de notre pays. Donc, on a déjà l’outil avec le Fonsis. L’Etat fait des efforts pour lui donner des moyens. Et, les parts de l’Etat et de Pétrosen sont extrêmement importantes dans les contrats signés. Tout ce qui se fait se fait dans une dynamique de cohérence. Non seulement les outils existent pour préserver les parts de l’Etat, mais le cadre législatif et réglementaire existe. L’exploitation sera faite dans la plus grande transparence au bénéfice exclusif des populations avec des voies et des moyens de contrôle. 

Après l’arrêt métal en 2014, le Cap de 1,1 million de tonnes a été franchi en 2015 grâce au bon Plan interne. La courbe ascendante est-elle de mise en 2016 ?
Je pense que oui. La courbe ascendante est relancée. Nous avons fait des résultats importants pour 2015. Nous n’avons pas encore arrêté les décomptes par les organes autorisés, mais une communication sera faite sur les résultats financiers définitifs. Les projections de 2016 confirment cela. La Sar est devenue une société rentable pour ses actionnaires, qui remplit sa mission qui est celle de sécuriser l’approvisionnement du pays et aussi qui essaye de garantir davantage la souveraineté de notre pays dans des produits extrêmement importants et qui contribuent de façon significative à l’économie. Il n’y a plus de problème d’approvisionnement de la Senelec. Il y a eu une baisse significative des prix des hydrocarbures. En 2012, quand le président arrivait au pouvoir, le prix du diesel simplement avoisinait 900 francs, aujourd’hui il est à 595. On peut le dire du gaz, du super etc...

Le bras de fer entre les syndicats des enseignants et l’Etat du Sénégal continue de plus belle. Quelle solution préconisez-vous pour qu’il y ait apaisement ?
Je pense qu’il est important, au-delà des revendications légitimes sur l’amélioration des conditions de travail, sur la préservation de l’outil de travail, sur les profils académiques, que la sérénité revienne. Je pense que les enseignants devraient donc reprendre les cours et mettre avec le gouvernement une commission de suivi de la mise en œuvre effective de ces décisions. La volonté politique est montrée. Les syndicats doivent revendiquer mais, ils doivent être dans des dispositions positives et responsables puisque le gouvernement, les parents d’élèves et les étudiants ont sonné l’alerte. On ne peut pas continuer à être dans une tension permanente. L’école ne le mérite pas. Le souhait de chacun d’entre nous c’est qu’il ait un sentiment de dépassement et de patriotisme de tous les bords et d’engagement envers ce pays pour notre jeunesse qui souffre et qui a besoin d’être formée. Je pense qu’il faut aussi de la fermeté. Une fois que les engagements sont pris, il faut que le gouvernement soit ferme. Ferme d’abord en respectant les engagements, ferme aussi en sanctionnant ceux qui ne travaillent pas. Il est impensable, dans un pays comme le nôtre, que l’on assiste à ce qu’on voit aujourd’hui. Il faut qu’il y ait des alternatives. Il faut qu’on soit ferme dans les engagements. On ne peut pas continuer à payer des gens qui ne travaillent pas. Il faut que l’école reprenne et c’est un impératif. C’est une exigence nationale.

Quels doivent être aujourd’hui les contours d’un dialogue politique après la guerre du Oui et du Non ?
 Les contours sont dessinés. Pour moi, il y a déjà dialogue politique. Le dialogue politique au niveau local est là. L’assemblée nationale est le lieu par excellence, dans une grande démocratie, de l’expression des pluralités et du dialogue politique. Elle est l’espace d’expression politique la plus claire. Que la problématique des groupes parlementaires soit réglée. Mais qu’on en soit pas à des querelles qui ne nous mènent à rien. Il y a la question des députés qui doivent être remplacés. Que tout ça se fasse dans le respect du règlement intérieur. Le président de la République dialogue avec certains leaders de l’opposition. Mais encore une fois, quand vous avez plus de 300 partis politiques, vous ne savez pas qui vous invitez. En plus, la plupart de ceux qui parlent de dialogue politique quand on les convoque, ils ne viennent pas. D’autres sont dans une radicalisation qui ne se justifie pas. Quand on est démocrate, quand on a été au pouvoir, quand la plus haute autorité du pays vous appelle, vous devez répondre.
Etes-vous satisfait de votre compagnonnage avec le président de la République ?
Je suis satisfait parce que nous avons la même école politique. Nous sommes des compagnons depuis très longtemps. Nous le soutenons et nous sommes confiants. Ça peut faire rire aujourd’hui, mais beaucoup d’entre nous avions très tôt dit que c’était le meilleur successeur pour Abdoulaye Wade. Parce qu’il était l’élève le mieux formé d’entre nous. Il a été exceptionnel à tous les postes qu’il a occupés. Il fut, pour moi, le plus grand premier ministre que le Sénégal n’ait jamais eu par la compétence, la loyauté, par les résultats qu’il a faits et par la volonté de travailler. Il continue la même vision politique qui est basée sur l’ambition, sur le culte au travail. Nous travaillons pour sa réélection.
Propos recueillis par Aliou Diouf 
Mercredi 20 Avril 2016
Dakaractu




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