Série de meurtres au Sénégal : Accusés levons-nous !


Une vague de meurtres déferle sur le pays. Prions qu’elle s’arrête. Mais au rythme où vont les choses, il y a de quoi s’inquiéter. Il ne se passe plus un jour sans que la presse nous en rapporte un. Des meurtres gratuits, à la limite ridicules, incompréhensibles, banals. C’est un chauffeur qui tue sa patronne, pour dit-on de l’argent.
Des amis inséparables qui déjeunent ensemble le matin et qui s’entre-tuent le soir. Pour une histoire de pièce d’argent on envoie un ami à la morgue. Pour s’être fait insulter on dégaine et on tire. Résultats des courses des familles dans le désarroi et nos prisons qui se peuplent davantage, comme si elles ne l’étaient déjà assez. 
Dostoïevski avait écrit « que le degré de civilisation d’un peuple se mesure en prison ». C’est peut-être là où il faut aller pour comprendre ce qui se passe. Pour nous comprendre. Pour comprendre peut-être que nous autres du Sénégal sommes vulgaires, arrogants (meurtre du taximan), impulsifs, intolérants (meurtre de “le  Roi“ à Grand-Yoff), que nous sommes un peuple exigeant, demandant parfois le ciel (meurtre de PIKINE)....
Comprendre peut-être que le mal est plus profond qu’on ne le pense. Fidèle à nos habitudes, on épilogue sur la question. On en parle partout, même en conseil des Ministres. Mais ce  ce n’est pas compliqué à comprendre « Il faut juste être sénégalais. » pour parler comme le Professeur Aly khoudia Diaw.  
Mais en réalité les responsabilités sont partagées. Mais en réalité ce sont les valeurs d’une société, d’un peuple qui s’écroulent sous nos yeux comme un château de cartes. En réalité nous constatons l’échec patent de tout notre système de sécurité. Les forces de l’ordre ont pour mission de veiller à la sécurité des personnes et des biens. C’est leur mission régalienne. Mais la réalité est tout autre.
Dans un reportage sur une chaîne de télé, une dame la quarantaine résidant à Grand-Yoff, a dit « on ne voit les policiers que s’il y a marche ou si le Président se déplace et pour gérer la circulation, mais jamais pour des patrouilles, pour rassurer les populations » Comme si effectivement leurs missions se limitaient à ça. En effet, s’il y a une marche, surtout de l’opposition, et si le Président de la République se déplace, c’est tout l’arsenal de la police et de la gendarmerie et même de l’armée qui est mis en branle. Le plus souvent c’est un dispositif impressionnant, digne de film Américain. La sécurité des biens et des personnes est reléguée au troisième plan. Et si malheureusement les populations “dorment“, et quand ceux-là qui sont censés les protéger “dorment“ également, on laisse le champ libre aux malfaiteurs. Bonjour les dégâts : le trafic, les vols, les meurtres…  
On dira toujours que les moyens humains et matériels font défaut, mais à quoi servent finalement les Agents de Sécurité de Proximité, communément appelés ASP. Les ASP, justement parlons-en. Certains détracteurs de cette agence ont insisté sur le fait qu’elle était purement politique, qu’elle était une agence de plus au moment ou on en a supprimé d’autres, qu’il fallait juste renforcer la police et la gendarmerie. Mais qu’à cela ne tienne, WADE avait ses calots bleus, MACKY ses ASP.
Et pour convaincre les plus sceptiques, des arguments de taille et objectifs avaient été mis sur la table. Il fallait juste des jeunes issus des quartiers, connaissant leurs milieux pour jouer un rôle de veille et d’alerte. Ils devaient, de jour comme de nuit, la précision est de taille, se mélanger aux populations, faire des patrouilles pour alerter à temps, mais pas pour faire le policier et ou le gendarme, comme en voit très souvent. Ils ne sont plus et c’est dommage dans ce à quoi ils étaient destinés. Ils sont plutôt dans la circulation, à faire les plantons dans les services, à être les chauffeurs des patrons…
Aujourd’hui l’agence a échoué. Et notre armée, au lieu de rester dans les casernes ne devrait-elle pas descendre dans les rues la nuit pour aider et renforcer la police et la gendarmerie ? Mais elle ne protège que les généraux.
Le débat, le vrai, doit être orienté vers deux niveaux : nos comportements et notre système de sécurité. En attendant pour calmer les ardeurs des uns et des autres, qui seraient tentés de vouloir tuer et compatir à la douleur des familles éplorées, on brandit la loi sur la peine de mort. Pour trouver des coupables, on attaque la presse, nos séries télé, on accuse internet… Peut-être ont-ils raison. Et nous autres alors ? Sommes-nous pas tous coupable ?
Vendredi 25 Novembre 2016
Dakaractu



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