Sénégal /Diabétiques et accidentés de la vie crient leurs ras-le-bol : ils sont amputés et souvent…déchiquetés.


Sénégal /Diabétiques et accidentés de la vie crient leurs ras-le-bol : ils sont amputés et souvent…déchiquetés.
Notre reporter est allé à la rencontre de 10 sénégalais diabétiques et personnes accidentées. De l’hôpital Abass Ndao au CTO de Grand yoff, en passant par les rues de Dakar qui regorgent de plusieurs personnes amputées, les témoignages sont poignants. Certains malades et simples accidentés de la route sont traumatisés et d’autres résignés à leur sort de handicapés à vie. Ils accusent l’incompétence des médecins et surtout la politique à sens unique de l’état qui privilégie les malades riches et qui ne propose aucune solution aux pauvres. Ils sont amputés dès qu’on diagnostique la maladie du diabète et très souvent ils sont déchiquetés de toutes parts au point de faire de leur corps de la viande hachée lorsqu’ils sont victimes d’accident de la route même bénins.

L’objectif de ce reportage est de remettre la situation de ces diabétiques et accidentés qui souffrent en silence au cœur du débat politique : que pensent-ils de leur condition de laissés-pour-compte ?

Questions-réponses simplement et sans commentaires. A chacun des lecteurs de tirer ses propres conclusions.

 

1/ GORA BATHILY, rencontré dans les locaux de l’hôpital Abass Ndao qui a une mission d’hospitalisation et de prise en charge des diabétiques. Fatigué et la démarche nonchalante, l’homme, sexagénaire, s’assoit difficilement pour répondre à nos questions

« Je suis père de famille, j’ai deux femmes et 7 enfants.
Je traîne un diabète depuis 30 ans. J’ai refusé de me faire amputer depuis 12 ans et pourtant je vis toujours. Je n’ai pas confiance aux médecins. Je suis sûr que s’ils avaient coupé ma jambe, on ne parlerait plus jamais de moi. J’ai l’impression qu’au Sénégal les médecins se nourrissent de chair humaine car pour un rien on t’ampute une partie de ton corps. Le mois dernier, j’ai dit à mon médecin qui voulait couper ma jambe : coupe d’abord celle de Moustapha Niasse et celle de Idrissa Seck, ils sont tous aussi diabétiques que moi. Ensuite je lui ai dit que je préférais mourir avec ma jambe. Et depuis, Dieu merci, je suis encore en vie avec mon pied entier »

2/ Mme COUMBA NDIAYE DIA, une grand-mère sans moyen rencontrée sur la rue 10 à proximité du cinéma El Mansour.
« Je suis diabétique et âgée de 75 ans. On m’a diagnostiquée un diabète mais je n’avais jamais senti de douleur. Les médecins ont estimé qu’il fallait m’amputer. On m’a amputé la jambe et depuis 5 mois, je suis clouée au lit 24h/24 avec des douleurs atroces et des médicaments à prendre tous les jours et qui coûtent très chers. Je regrette énormément d’être charcutée par des médecins qui ne pensent qu’à leurs poches. Je sais que mes jours sont comptés».

3/ OULIMATA MBENGUE FILLE DE LA DÉFUNTE NAFI NDOYE rencontrée dans une modeste maison au Jet d’eau sur l’avenue Bourguiba : « Ma mère est décédée il y a trois semaines. Après avoir détecté un cancer du sein, le médecin de l’hôpital le Dantec lui a coupé le sein, il s’en est suivi une infection. Du liquide sortait de son sein pendant 4 mois et elle a fini par mourir. Notre famille est bouleversée et anéantie ».

4/ PAPE DIAWARA, 35 ans, boutiquier à Front de terre.
« Je suis rentré au Sénégal après mes études de gestion au Maroc. Il y a huit mois maintenant. Après une petite blessure au pied mal soignée par un infirmier, on m’amputé la jambe à l’hôpital CTO de Grand Yoff. Je n’ai jamais compris pourquoi pour une petite blessure, on m’a coupé une partie de mon corps. J’ai perdu ma mobilité et malgré mes diplômes, je suis réduit, avec mes maigres moyens et mon handicap, à être un simple boutiquier. Je me demande parfois si les médecins ne font pas de sacrifices avec nos membres. Je suis déçu par la santé dans mon pays. Mais pourquoi le Président et les Ministres se font soigner en France et nous, on nous jette dans nos “hôpitaux Poubelles”.

5/ BAFFA GASSAMA, cité Darabis
« Après une piqûre mal faite à l’hôpital Principal en décembre 2012, je suis devenu handicapé. J’ai porté plaine et ça n’a abouti à rien. Il n’y en pas de justice pour les pauvres au Sénégal

6/ MAPENDA DIAGNE, amputé, rencontré devant le Cinéma Liberté
« Après un grave accident de scooter, les médecins m’ont coupé le bras alors qu’un seul de mes doigts était fracturé ».

7/ FADEL THIOUNE rencontré au marché de Ouakam
« Après un atroce accident frontal sur la route de Mbour avec un camion au mois mars 2013, les sapeurs-pompiers ne pouvaient pas venir nous secourir par manque de carburant. J’ai vu sous mes yeux mourir trois passagers. Il a fallu que mon oncle aille leur remettre 25000 FCFA pour qu’ils puissent nous transporter à l’hôpital de Thiès ».

 

8/ BIGUÉ DIAW, HLM Grand Médine
« Au moment de mon accouchent à l’hôpital Abass Ndao, les sages-femmes m’avaient abandonné dans les couloirs et quand je suis monté sur le plateau pour mettre au monde mon enfant, elles passaient tout leur temps à m’insulter pour que je sorte vite le bébé. J’ai subi une césarienne et depuis lors j’ai des douleurs atroces au ventre. Il est temps de mettre de l’ordre dans les hôpitaux. Moi je pense que certaines sages-femmes sont mal formées et mal élevées.

9/ SALIF MANGA, Sacré cœur 3
« Je suis atteint d’insuffisance rénale, Je suis très fatigué et je n’ai pas de soutien. Ma famille et moi avons vendu tous nos biens pour que je puisse continuer à me faire dialyser. Les chirurgiens ont déchiqueté et percé tout mon corps parce qu’ils ne savent pas faire les fistules ».

10/ MAME BIRAN SIDIBÉ, rencontré à la porte de l’hôpital CTO
« Je suis en rééducation à l’hôpital CTO de Grand Yoff. Pour me faire masser, le kinésithérapeute utilise huile de cuisine “Ninal”. Je le laissais faire parce que je n’ai pas de quoi acheter mes pommades. Aujourd’hui je me fais masser mais avec mon pot de karité que j’envoie moi-même ».

 

A vous de juger !

Xibaaru.com
Jeudi 20 Juin 2013




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