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SERIGNE MBOUP, PATRON DE CCBM : «L’homologation des prix est un couteau à double tranchant»

L’homologation des prix de certaines denrées de première nécessité fait polémique dans le pays au point d’emporter le ministre du Commerce. Un des acteurs les plus en vue du commerce dans ce pays analyse ici les avantages et inconvénients de cette mesure étatique. Serigne Mboup, patron du Comptoir commercial Bara Mboup (CCbm), revient également sur les scandales où son nom a été cité, l’échec des boutiques de référence et son monopole que l’Unacois veut casser sur une marque.


SERIGNE MBOUP, PATRON DE CCBM : «L’homologation des prix est un couteau à double tranchant»
 
 
Wal Fadjri : L’Etat vient de modifier la loi 94-63 du 22 août 1994 sur les prix, la concurrence et le contentieux économique qui lui permettra d’avoir les moyens de contrôle, d’homologation et de fixation de certains prix de denrées de première nécessité. Est-ce que cette mesure ne freine pas la libéralisation du commerce ? 
 
Serigne MBOUP : Dans les règles du commerce, homologuer certains prix est possible. Mais le plus important est que le marché se régule. Si l’Etat homologue les prix jusqu’à ce que les commerçants ne s’y retrouvent plus, cela risque de créer un problème. Car, ils peuvent s’en désintéresser et le produit risque d’être rare puis cher et donc on obtient le contraire de l’objectif initial. Ce qui est important, c’est que l’Etat crée les conditions pour que le produit soit disponible. L’homologation des prix peut être un avantage pour le commerce comme elle peut constituer un désavantage. C’est un couteau à double tranchant. Je n’ai pas encore vu le contenu du texte mais je pense qu’il est préférable de libéraliser le commerce. Le marché va s’autoréguler et le produit baisser s’il est disponible. C’est ce qu’on appelle la main invisible du marché qui est le meilleur régulateur comme le montre le secteur des télécoms. 
 
Qu’est-ce qui peut être ce désavantage ? 
 
Il ne faut pas regarder l’intérêt du commerce mais plutôt l’avantage de la société. Si l’homologation pousse le commerçant à se détourner du produit, une rupture peut créer une hausse du prix. Ce qui n’est pas bon pour le consommateur qu’on est censé protéger. 
 
Qu’est-ce qui a fait échouer le projet de boutiques de référence que vous aviez démarré avec l’ancien régime ? 
 
Un projet ne connaît pas d’échec, c’est l’entrepreneur qui échoue. Sur les 111 boutiques Easy que nous avons lancé sur un programme initial de 350, les 60 continuent de fonctionner. Donc, on ne peut pas parler d’échec à partir de 50 personnes qui ont fini par fermer boutique. Il s’est posé un problème de solvabilité. Le problème auquel nous faisons face en tant qu’homme d’affaires, c’est l’absence de mesures contraignantes pour les franchisés à honorer leurs engagements. Les boutiques de référence étaient un très bon concept mais nous étions obligés d’arrêter puisque certains ne se sont pas acquittés de leurs obligations et il n’y avait pas de dispositif les obligeant à payer. Les franchisés refusent de rembourser mais Ccbm a tenu à respecter ses engagements en remboursant le Fonds de promotion économique (Fpe). Donc, nous sommes des victimes dans cette affaire. C’est un piège sur lequel nous sommes tombés. L’Etat lui-même a rencontré ce genre de problèmes dans le cadre du Fonds national de promotion de la jeunesse (Fnpj). 
 
Pourtant, certains promoteurs indexent la centrale d’achat, gérée par Ccbm, comme étant à la base de la faillite de ces boutiques… 
 
Ce n’est pas vrai. Ils pouvaient s’approvisionner ailleurs si tel était le cas. La centrale d’achat devait offrir plus de facilités. Ce n’est pas elle qui devrait faire marcher le business. 
 
«Si l’Etat donne des terres à des étrangers, on salue l’investissement direct étranger. Mais quand il en donne à un Sénégalais, c’est immédiatement une levée de boucliers. C’est cette haine de soi qui nous retarde». 
 
Votre nom est cité dans l’affaire du Fpe par l’ancienne directrice de ce fonds. Est-ce vrai que vous avez bénéficié de la «générosité» de Ndèye Khady Guèye? 
 
Une dette reste une dette et devra tôt ou tard être payée. C’est un crédit contracté par Ccbm dans des conditions claires. Ce n’est pas parce que les promoteurs ne nous ont pas payé que nous n’allons pas honorer nos engagements vis-à-vis du Fpe. Nous sommes en train de payer et la première tranche de 700 millions sera bientôt épongée. Il n’y a donc aucun problème par rapport à cela car nous avons donné suffisamment de garanties en contractant cette dette. Je ne vois pas dans cette affaire quelque chose qui peut être sujet à polémique. Moi, je suis victime dans cette affaire car je suis obligé de rembourser le prêt sans être payé par les promoteurs. Cela fait partie des risques du métier. 
 
Voulez-vous dire que l’Etat ne vous a pas soutenu ? 
 
L’Etat ne soutient pas les hommes d’affaires sénégalais. Mais, ce n’est pas la seule faute de l’Etat. C’est le Sénégalais en tant que tel qui ne sait pas aider son compatriote à réussir ou à progresser. Parce l’Etat n’est pas une personne, c’est l’ensemble des citoyens qui représentent l’Etat. Si chaque fonctionnaire avait, dans sa logique, qu’il a le devoir d’aider les créateurs de richesses nationales à se développer pour un partage des fruits, tout irait bien. Mais dès qu’un Sénégalais gagne un marché, on pense que c’est louche, qu’il y a quelque chose derrière. Souvent, les hommes d’affaires sénégalais sont même obligés de trouver un partenaire étranger pour le mettre au devant afin de pouvoir travailler tranquillement. Quand Mittal (de son vrai nom, Laksmi Mittal, homme d'affaires indien spécialisé dans l'industrie sidérurgique et président d'ArcelorMittal, Ndlr) a acheté Arcelor, c’était la fête en Inde. Ici, on ne vante pas nos réussites, on ne cherche que les problèmes. Si l’Etat donne des terres à des étrangers, on salue l’investissement direct étranger. Mais quand il en donne à un Sénégalais, c’est immédiatement une levée de boucliers. C’est cette haine de soi qui nous retarde. Obama a injecté des milliards de dollars d’argent public pour sauver General Motors. Vous imaginez le scandale que ce serait au Sénégal si l’Etat mettait de l’argent public pour soutenir un privé national ? 
 
«L’Unacois est un syndicat (…) pas une boîte d’affaires. Tout ce que l’organisation a tenté dans ce cadre a échoué». 
 
Pour baisser les prix des denrées de première nécessité, l’Unacois vient de lancer des boutiques de référence dénommées Boutiques-Jappo. Est-ce que ce projet est viable ? 
 
L’Unacois est un syndicat. Ses dirigeants se trompent souvent. Car l’organisation n’est pas une boîte d’affaires. Tout ce que l’organisation a tenté dans ce cadre a échoué. Les exemples de la mutuelle Unacoi-Jappo et de la société d’importation de riz sont là pour en témoigner. Je prie pour que cela marche mais techniquement, c’est difficile. Ils doivent être là pour régler le cadre et non concurrencer leurs membres. Leur rôle est de créer les conditions du développement de l’activité des commerçants et industriels. 
 
Cette organisation veut casser votre exclusivité sur la marque Samsung au Sénégal… 
 
Comme je vous l’ai dit plus haut, ils se trompent toujours. Nous représentons cette marque au Sénégal depuis 20 ans. Mieux, nous avons créé une usine de montage au Sénégal. Je pense qu’ils doivent tout faire pour en arriver là avec d’autres marques pour aider d’autres Sénégalais à trouver un emploi. Leur objectif est d’importer des faux pour les vendre moins cher sur le marché. Ce n’est même pas dans l’intérêt du consommateur. Libéraliser le commerce, c’est bien. Mais, libéraliser sur une marque ne protège pas le consommateur. C’est comme s’il y avait de la jalousie dans cette affaire. Mais j’ai plus de 400 distributeurs dans l’Unacois. Le rôle de l’Uncaois est de rendre l’environnement économique propice et non de créer des problèmes ou une concurrence malsaine entre les opérateurs économiques. L’organisation doit cesser de se refugier derrière l’informel. Cela ne permet pas d’avoir des ouvertures à l’étranger encore moins des crédits bancaires. De plus, il arrive que l’informel paie plus que l’entreprise formalisée en termes d’impôts. Ce, parce que l’informel ne connaît pas les avantages de la formalisation. L’organisation doit aussi connaître des changements. On ne peut pas avoir toujours les mêmes personnes à la tête de cette structure. Les gens ont reproché à Wade de vouloir rester à la tête de l’Etat mais dans les syndicats et certaines organisations, les dirigeants ont ce même problème. Ils ne veulent jamais céder leurs places. 
 
Sous l’ancien régime, l’Etat vous avait confié la reprise de certaines usines textiles qui avaient suscité beaucoup d’espoir avec notamment les opportunités qu’offre l’Agoa. Pourquoi il y a encore du bruit dans ces usines et les travailleurs vous indexent toujours ? 
 
Ces sociétés étaient en faillite ou dans des difficultés. Je suis président de la Chambre de commerce de Kaolack et notre rôle était d’aider les entreprises en difficultés. Je ne connais pas le textile mais je voulais aider. Et j’avais conclu des choses claires avec les travailleurs de Domitexka. J’ai investi là-bas plus de 600 millions que j’ai perdus. Aujourd’hui, aucun travailleur ne peut dire que je lui dois un franc. Je n’ai pas hérité du passif social de l’entreprise. Ce sont les travailleurs qui portent leurs problèmes devant la presse pour dire que je leur dois de l’argent. 
 
A Louga, on vous accuse d’avoir pris le matériel de l’usine. Qu’en est-il ? 
 
Ce sont les travailleurs qui ont saisi le matériel sous prétexte que la Sotexka leur doit de l’argent. Quand ils l’ont saisi, ils l’ont amené chez le commissaire priseur et je l’ai acheté chez ce dernier lors d’une vente aux enchères pour l’amener à Kaolack. 
 
Dans ce montage, il est dit que l’Etat vous aurait donné du foncier estimé à plusieurs milliards… 
 
C’est faux. Ce ne sont que des accusations. C’est moi qui voulais aider l’Etat mais l’Etat ne m’a rien donné en contrepartie. 
 
Vous aviez le contrôle de la quasi totalité de la commande de véhicules de l’Etat sous Wade. Est-ce que, aujourd’hui, la chute de son régime n’a pas d’impact négatif sur vos affaires ? 
 
Nous sommes une société qui travaille avec un Etat. On n’est pas là pour Abdoulaye Wade ou pour Macky Sall. Les mêmes relations que j’avais avec Wade sont celles que j’entretiens avec son successeur à la tête de l’Etat. Wade ne m’a donné que le marché des voitures de l’Assemblée nationale et du Conseil économique et social. Sinon, les autres marchés ont été gagnés par appel d’offres. Il y a des gens qui pensent que c’est Wade qui a fait la richesse de Serigne Mboup et qui souhaitent que je m’éloigne du président Sall. Mais ils se trompent. L’ancien président nous a aidés à nous maintenir comme Macky aussi le fait. L’Etat est impersonnel. Nous, nous avons juste besoin d’un cadre pour exercer tranquillement nos activités afin d’augmenter la richesse nationale. 
 
Vous êtes actionnaire dans la compagnie Sénégal Airlines. Pourquoi aviez-vous menacé de vous retirer à un moment donné ? 
 
On est resté toujours indépendant. Quand nous avons vu que la démarche de l’entreprise n’était pas bonne, nous l’avons dit, surtout lors de la nomination du directeur général. Les fonctionnaires ne pouvaient pas le dire mais nous qui avions mis notre argent pour gagner et non pour du relationnel, nous l’avions dit haut et fort. Cela montre que nous n’étions pas là pour dire du bien ou accepter tout de Wade ou de son fils. Notre devoir est d’aider l’Etat à réussir car c’est cela qui nous permettra d’exercer notre activité. 
 
Vous êtes le président de la Chambre de commerce de Kaolack. Où en êtes-vous avec votre ambition de faire revivre le port de Kaolack ? 
 
La Chambre de commerce seule ne peut pas tout faire. Il faut qu’il y ait un accompagnement de l’Etat. Les gouvernants ont toujours manifesté de bonnes intentions pour Kaolack mais il faut que cela se traduise dans la réalité. On doit dépasser le cadre des séminaires et autres rencontres et aller vers du concret. Kaolack peut bien revivre et tirer d’autres régions. Il suffira d’abord de faire revivre le port. Ce qui passe par le dragage du fleuve. Et ça, le privé ne peut pas le faire. Seul l’Etat en a les moyens. Mais, nous avons aussi un projet de port sec à Kaolack qui va faciliter le transport au conteneur à destination du Mali. Chaque jour, plus de 400 conteneurs maliens viennent jusqu’à Dakar chercher de la marchandise alors qu’avec le train, il est possible de transporter 50 conteneurs d’un coup sur Kaolack. Cela constituerait une économie de temps et contribuerait aussi à la création d’emplois dans cette région. On peut bien exploiter l’existant au lieu d’attendre un train à grand écartement dont on ne connaît pas encore l’arrivée. 
 
Nous devons aussi réfectionner l’aérodrome de Kaolack pour lui permettre d’accueillir de gros appareils. Kaolack est une citée religieuse. C’est honteux de constater que les pèlerins nigérians qui viennent chaque année pour le Gamou de Médina Baye sont obligés d’atterrir en Gambie et de prendre la route par la suite. On est obligé de faire ces chantiers pour désengorger la capitale. Dakar deviendra invivable sous peu à cause de la cherté du loyer surtout. Développer Kaolack va régler les problèmes de Fatick, de la Casamance, de Diourbel, etc… 
 
Walfadjri Propos recueillis par Seyni DIOP




Mardi 26 Février 2013
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1.Posté par mbagnick le 26/02/2013 17:37
et frauder le fisc c peutétre bien alors erigne nopil wayy tu es l'homme d'affaire le plus véreux du sénégal



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