SAGNE BAMBARA OU LA MAIN D’UN ARCHITECTE DU DÉVELOPPEMENT

Village de recasement à l’origine pour populations venues du Mali, le très ethnonyme Sagne Bambara est devenu au fil du temps un brassage culturel et un pôle religieux. Située à 14 kilomètres de Kaolack, cette bourgade est aujourd’hui, par la vision du marabout Cheikh Samba Diallo, le réceptacle spatial de projets aux effets structurants sur les territoires environnants.


Le village dont les murs ourlent la Route nationale 1 sur quelques mètres soigne sa vitrine. De loin, une cascade de minarets envahit le champ de vision du plus presbyte des visiteurs. Les merveilles architecturales de Sagne Bambara s’emparent des regards admiratifs et curieux jetés de par les fenêtres des véhicules, tels des caméras assises sur un rail de travelling.
Au premier plan, en allant vers Kaolack, l’école Aïn Shamsh dévoile, déjà, les ambitions de son bâtisseur. Dotée de douze classes pour un effectif de 510 élèves, l’établissement élémentaire-moyen-secondaire est l’une des rares écoles au Sénégal, sinon la seule, à dispenser ses élèves de droits d’inscription et de paiements de mensualités. Bâtie sur fonds propres (80 millions de nos francs) par le marabout Cheikh Mouhidine Samba Diallo, l’école embauche 24 enseignants en plus des professeurs recrutés pour enseigner dans les matières classiques : français, anglais, mathématique, physique-chimie, éducation physique et sportive, sciences de la vie et de la terre, etc.   
En 2016, l’école Aïn Shamsh enregistre des résultats assez satisfaisants aux différents examens : 90% au Certificat de fin d’études élémentaires, 95% au Brevet de fin d’études moyennes et 55% au Baccalauréat. La gestion de l’école est confiée à Cheikh Ibrahima Diallo, le fils aîné du marabout, qui fit ses études en Egypte à la très réputée université Al Azhar, dans une université d’Alexandrie et à l’American University in Cairo (fondée par des missionnaires des Etats Unis en 1919, elle dispense seulement des enseignements en anglais). Selon son directeur qui a un projet de construction de cinq nouvelles classes, l’école apporte des revenus supplémentaires aux populations de Sagne Bambara qui louent leur maison au personnel enseignant et aux élèves venus d’horizons divers.
 
Pôle de savoirs
La première réalisation de Cheikh Samba Diallo a été une école de trois classes dont il était le seul enseignant, nous confie son fils. En plus d’une modique somme que lui versaient les parents de la centaine d’élèves, tous les mercredis, le marabout finançait ses activités éducatives grâce à la vente des produits de sa ferme agricole. 
Diffuseur de savoirs, Cheikh Samba Diallo adopte une approche différente de celle de ses prédécesseurs qui butèrent sur des difficultés à « islamiser » des bambaras païens. Héritier spirituel et continuateur de l’œuvre de feus ses grand-père (fondateur du village) et père, il entreprit l’agrandissement de la mosquée et l’édification de sanctuaires religieux comme le mausolée de ses devanciers qui confèrent aujourd’hui à Sagne Bambara, une nouvelle conception architecturale avec formes et contours apparemment empruntés aux pays arabes où il a séjourné.
Ce n’est pas tout, il ira à la conquête des terres vierges de Sikhay à l’appellation profane à l’origine, village rebaptisé Médinatoul Dieylani en hommage à Sheikh Abdoul Khadr Dieylani, fondateur de la tariqa qadriya. Grâce à son flair et son génie, Sikhay dont la fertilité des sols était remise en cause du fait de la salinisation des terres, est devenu un grenier agricole de 200 hectares. On y cultive du mil, de l’arachide, du niébé, du riz et d’autres spéculations agricoles.
Médinatoul Dieylani est, depuis dix ans, dans le cercle des « daara » modernes avec un système d’internat. Le village est équipé de panneaux solaires et les talibés, en cas de maladie, sont transférés au centre de santé de Sagne Bambara.  
« Une école franco-arabe et un port sont inscrits en priorité dans les projets, tout comme des infrastructures routières, hydrauliques et électriques », souligne le journal d’informations en ligne Dakaractu faisant le compte rendu de la ziarra de « Sikhay » édition 2017.
Dans son combat contre toute forme d’ignorance, les femmes de Sagne Bambara et environs sont formées dans les sciences religieuses, les langues et les métiers suivants : restauration, cuisine, couture… Les quatre salles de classe du centre de formation féminine sont ainsi baptisées : Mame Diarra Bousso, Mame Fawade Wellé, Mame Coumba Ndoye, Sokhna Astou Diankha, mères de grandes figures religieuses du Sénégal.  
 
Centre d’accueil pour « malades »
A Sagne Bambara, la logique de répartition des édifices sur l’espace semble se caler sur la place Boustane Ahloul Badry, inaugurée à l’anniversaire de la bataille de Badr, qui marqua le début des confrontations entre les musulmans et les polythéistes mecquois. Pourtant, celle-ci n’est pas la seule place publique du village ; elle fait face au très discret - par son positionnement géographique - jardin Masjid Al Aqsa inauguré en juin 2017 et ainsi nommé en soutien au peuple martyr de Palestine. La place Boustane Ahloul Badry, réalisée en 2011, se trouve au centre de bâtiments aux vocations diverses. Elle est dotée de quatre couloirs qui vous redirigent vers ces édifices. 
Dans l’une des concessions, une centaine de personnes attend sous des tentes et dans un grand salon décoré avec une touche de charme oriental et un ameublement type salon marocain (canapé d’angle, tapis persan, table basse…). La photo de Cheikh Samba Diallo adossée au mur veille sur ses hôtes en quête de solutions… mystiques qui pour des soucis de santé qui pour d’autres préoccupations de la vie. Chaque jour, ce sont des hectolitres d’eau bénite qui sont livrées. C’est ici qu’une Allemande, atteinte de cancer et en phase terminale - selon le diagnostic de son médecin -, trouva remède à une…mort imminente. Sur conseil d’un ami sénégalais vivant dans son pays, Dagmar effectua un voyage dans le Saloum. Elle fut guérie de sa maladie. En récompense à Docteur Cheikh Mouhidine Samba Diallo, elle finança pour 111 millions francs CFA, la construction d’une infrastructure sanitaire.
Le centre de santé Zeynoul Abidine Diallo (enfant du marabout tué dans un accident en 1999 à l’âge de quatre ans) est équipé d’un fauteuil dentaire, de matériels de laboratoire et pour échographie pelvienne. L’hôpital dispose d’une salle d’accouchement, d’une pharmacie, de lits pour hospitalisation... Les droits d’accouchement sont payés par le marabout. Quant aux ordonnances, elles sont à la charge de la parturiente. Parmi les avantages offerts aux patients, la baisse sur le prix du ticket de consultation à l’occasion du mois de ramadan.
Le centre de santé Zeynoul Abidine Diallo, inaugurée en 2008, organise régulièrement des journées de consultations gratuites et de remise de dons de médicaments au profit de structures sanitaires de Kaolack et des communes voisines.
Selon Ndiogou Baba Mbodj, maire de la jeune commune de DYA abritant le village de Sagne Bambara contacté par l’équipe de Gouvernance Territoriale, « nos populations bénéficient souvent de dons de médicaments et même de fournitures scolaires ». Il révèle en outre que de nombreux accouchements assistés à DYA portent l’empreinte du centre de santé Zeynoul Abidine Diallo.
Selon les critères définis dans le décret instituant la carte sanitaire, le centre de santé pourrait revendiquer légitimement une place dans le schéma régional de planification sanitaire, mais dans la pratique il ne reçoit aucune dotation pour son fonctionnement de la part de la région médicale de Kaolack. Il a les capacités requises d’un centre de santé secondaire et assure, quasiment, les disciplines de soins ci-après : médecine générale ; urgences médicales et soins intensifs ; accouchements simples et compliqués ; examens de radiographie ; examens de laboratoire courants.
 
Projets pourvoyeurs d’emplois
Soucieux de la sécurité et du confort des usagers de la route, Cheikh Samba Diallo est en train de construire une aire de repos offrant de nombreux services : salon de thé, toilettes, fast-food, dortoir, mosquée, parking… Une trentaine de jeunes du village et des localités environnants pourront y travailler.
Ce projet est le résultat concret d’un travail de benchmarking dans des pays du Maghreb qui sont des modèles d’aménagement du territoire et des Etats du Moyen Orient. Le marabout séjourna, en effet, en Libye six ans durant, en Irak pendant quatre années où il dirigea l’association des étudiants africains. Grand voyageur, sa soif de savoir et de découverte l’amena aux quatre coins du monde. Polyglotte aussi bien dans des langues de l’espace ouest africain qu’internationales, Cheikh Samba est un passionné de l’astrologie, de l’astronomie et de la cosmologie. 
Dans le volet social, il ambitionne la construction d’un orphelinat qui sera en même temps un centre d’éducation pour enfants de la rue. Le site affecté à ce projet, contigu au centre de santé, est déjà clôturé. Dans la foulée, une maison d’hôtes sera érigée à Sagne Bambara qui va abriter cérémonies religieuses, séminaires et autres manifestations.
Sur le plan économique, l’exploitation du sel qui emploie déjà une quarantaine de jeunes, sera ramené à un niveau industriel par la création d’une unité de production moderne.
 
Un sheikh d’éclat !
Avec le niveau de développement de ses infrastructures et services sociaux de base, Sagne Bambara  absorbe la très forte demande en santé, éducation et formation de ses voisins de même statut, à l’échelle administrative. Il contribue ainsi significativement au développement de sa commune.
D’après les confidences du maire de Dya, le marabout Samba Diallo s’est de lui-même rapproché des services fiscaux de la commune dans le but de payer la dette de Sagne. « Il a soldé les impôts à cent pour cent », lance avec enthousiasme celui qui est à la tête de la peu prospère circonscription administrative devenue commune à la faveur de la réforme de l’Acte III de la décentralisation.
Le rapport d’évaluation de la performance de la commune de Dya produit par l’Agence régionale de Développement (ARD) révèle la faiblesse du taux de recouvrement des impôts et taxes. Il s’y ajoute l’incapacité du conseil municipal à mobiliser des ressources additionnelles dans le budget de la commune (Partenariat Public Privé, Emprunts, Transferts, etc.).
Ledit rapport à la production duquel d’autres services techniques déconcentrés ont participé recommande, pour relever le niveau de performance en gestion fiduciaire, la mise en place de mécanismes plus appropriés de recouvrement des impôts et taxe locaux.  
 
Malgré une apparente autarcie, le village de Sagne Bambara ne rejette pas l’accompagnement de l’Etat. Cela a été réitéré par Cheikh Ibrahima Diallo, son fils avec qui nous avons eu un long entretien dans sa maison. Le marabout Cheikh Samba Diallo dans l’une de ses apparitions publiques, sollicitait d’ailleurs l’assouplissement des procédures administratives pour une bonne conduite de ses projets.
Diplômé de grandes universités du monde arabe, le guide religieux de Sagne Bambara lâchait cette phrase à des milliers d’étudiants de l’université de Dakar : « Pour ce que représente Cheikh Anta Diop, vous ne devez pas aller en grève, brûler des pneus, casser des bus… ». Par la même occasion, le « sheikh » proposait, au gouvernement, un remède contre l’exode rural : la formation de corps paramilitaires !
Le 15 juillet 2017, il se retrouve devant les étudiants, dans un amphi de l’Ucad II archi-comble, sur le thème « Islam et Négritude ». Dans la trajectoire de la pensée de Cheikh Anta Diop, il remettra en cause les fondements mêmes de la culture occidentale relatifs à la genèse de l’humanité et de la civilisation. Mieux, il puise dans des récits coraniques et des pages d’histoire de l’islam pour en faire émerger des profils d’hommes et de femmes noirs de renom à l’image de Bilal ; Hadjara, épouse du prophète Ibrahim et mère d’Ismaël ; Zeydou qui est le seul des compagnons du prophète Mohamed à avoir été cité dans le Livre Saint…
Doté d’une capacité oratoire hautement appréciée de son public, Cheikh Samba Diallo n’hésite pas à servir à ses auditoires, proverbes et vérités tirés du patrimoine linguistique de son terroir du Sine-Saloum où vivent en harmonie Bambaras, Peuls, Sérères… 
 
Abdourahmane SY
Source : Gouvernance Territoriale, Bulletin trimestriel d’informations du ministère de la Gouvernance Territoriale, du Développement et de l’Aménagement du Territoire, septembre 2017.



Lundi 16 Octobre 2017
Dakar actu



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