Rompre avec « la semblée nationale » au grand bonheur d’une véritable Assemblée Nationale !


Rompre avec « la semblée nationale » au grand bonheur d’une véritable Assemblée Nationale !
La démocratie sénégalaise est chantée sur tous les toits, dans les coins et recoins d’Afrique et relativement dans le monde. Elle est d’ailleurs comparée aux grandes démocraties d’Europe de l’ouest et des Etats-Unis faisant offices d’idéaltypes. D’ailleurs, il est de coutume d’entendre des éloges comme : « le Sénégal n’a rien à envier à quelque pays que ce soit en matière de démocratie». Mais tout compte fait, en tentant de percevoir la démocratie sénégalaise dans une perspective foucaldienne c’est-à-dire à l’épreuve des faits, il ressort fondamentalement qu’elle n’est pas sans receler quelques faiblesses qui en conséquence remettent en cause son aura dont l’existence effective reste présumée. En effet à l’occasion des élections législatives qui ne nous laissent pas indifférent, il n’est pas sans importance de poser un regard sur l’Assemblée Nationale. Ceci afin d’en déceler, du moins de mettre sur table quelques agissements qui remettent en cause l’existence par devers elle d’un véritable pouvoir. De surcroit certains pratiques n’honorent pas l’hémicycle, par ricochet la démocratie sénégalaise. A l’épreuve du déploiement de l’hémicycle, ou disons, de ses acteurs, c’est la démocratie sénégalaise qui est mise à rude épreuve. Cette prestigieuse assemblée par essence, est, semble-t-il, «souillée» par de multiples faits. Nous nous proposons ainsi de donner notre opinion stérile de tout narcissisme, ne valant pas parole d’évangile de surcroit, mais susceptible de soulever un ensemble de préoccupations dont les potentielles réponses participeraient, quoique modestement, à rétablir l’honorabilité de la chambre des représentants,  honorabilité en volatilisation, à ce qu’il parait. Parité ou « disparités » ? Au moment où on parle d’un fait historique marquant l’historiographe de l’Assemblée Nationale sénégalaise, nous voulons nommer en ce sens la fameuse loi sur la parité avec toutes ses promesses, force est de reconnaitre qu’à l’épreuve du temps et des faits, cette loi n’a pas donné naissance aux résultats escomptés du moins qu’elle était censée donner. Les fruits n’ont pas honoré la promesse des fleurs, a –t-on l’habitude de dire, n’est-ce pas ! Comme d’habitude, dans notre pays, la tendance à se limiter aux chiffres est de coutume d’où la fameuse expression, toute fausse d’ailleurs : « les chiffres parlent d’eux même ». Nous faisons parler les chiffres plus qu’ils ne parleraient d’eux-mêmes. Maurice Dione, Professeur de Science Politique à l’université Gaston Berger de Saint-Louis nomme cette fièvre, qui, nous semble –t- il, ne baisse jamais de vouloir tout quantifier d’une « fascination fantasmagorique devant les chiffres ». Ce qui en fait cache la « réalité » et, fondamentalement, rend toute déduction erronée voire biaisée, toutefois si la logique du syllogisme n’est pas devenue caduque ou très peu en vogue. Le nombre important de femmes siégeant à l’assemblée nationale aurait pu être une occasion pour celles-ci de porter la voix de toutes les femmes sénégalaises même ceux se situant dans les contrées les plus reculées. En parlant de voix des femmes nous faisons allusion aux problèmes cruciaux que vivent celles-ci, toutes les femmes. Malheureusement, en observant de près les faits, nous nous rendons compte qu’une grande différence du moins la nette évolution qui devrait résulter de cette parité n’est pas notée. La situation reste toujours la même. Demain ne semble pas être la veille, parait-il. A titre illustratif l’un des sujets épineux qui hante aujourd’hui le sommeil de toutes âmes bien nées demeure la problématique, triste problématique, des enfants qui déambulent dans les rues avec leurs sébiles, vêtus de haillons à la quête de la pitance journalière pour les intérêts de quelques « Karamokos » et non pour entacher leur soif et être à même de mémoriser les versets inscrits sur leurs tablettes. Les femmes députés ou députés femmes, quelque que soit l’appellation qu’on leur confère, devraient s’inscrire dans l’optique d’avoir un agenda au chevet de ces innocents bouts de bois de Dieu puisqu’elles sont avant tout les mères de ces enfants et de tout enfant. La gent féminine de l’Assemblée Nationale sénégalaise doit s’approprier de ce genre de débat et l’inscrire sur l’agenda de l’hémicycle. À moins que Bachrach et Baratz dans leur ouvrage intitulé « Two faces of power » aient raison d’avoir soutenu que ceux qui détiennent le pouvoir, ce sont ceux qui font que certains sujets ne figurent pas sur l’agenda en affirmant que « l’art de la politique c’est au fond de filtrer les enjeux les plus importants pour les tenir à l’écart de l’agenda politique, décisionnel, gouvernemental ». Et qu’en conséquence, comme un accusé innocent et délivré, toute responsabilité puisse être extirpée entre les mains de ces femmes. Croire que la parité s’acquiert par une représentation égalitaire de « sexe » au cours de quelque élection que ce soit, de quelque loi ou de quelques autres mesures aussi draconiennes soient-elles, c’est avoir ses yeux sans jamais tacher de les ouvrir pour reprendre l’expression d’un philosophe. La parité est une quête quotidienne, permanente et perpétuelle qui s’acquiert dans le temps mais ne saurait être quelque objet de valeur qui s’offre sur un plateau d’argent. C’est se laisser emporter par ailleurs à une longue et douce rêverie en se faisant séduire par ces dispositions juridiques. La parité se vit, elle n’est pas vanterie. Si les femmes ne portent pas un discours nouveau, ne mettent pas en place l’agenda des femmes, autres femmes qu’elles sont aussi la voix, leur présence à l’Assemblée Nationale ne serait que figurative et leur différence par rapport aux hommes strictement biologique. Ce qu’on attend des femmes c’est d’inscrire dans les débats à l’hémicycle des thématiques les interpellant au premier plan, dont elles connaissent la sensibilité et l’importance plus que les hommes. Combien de femmes en travail perdent la vie avec leurs rejetons dans les villages à cause de l’inexistence de cases de santé dignes de ce nom, d’équipements ou encore de personnels soignant qualifiés dans les artères les plus reculées du Sénégal ? On a l’impression que les femmes servent de décor à l’Assemblée Nationale même si la probité intellectuelle nous oblige de reconnaitre quand même quelques-unes en font l’exception car jouant pleinement leur rôle. L’exception justifie la règle a –t-on l’habitude de dire, d’ailleurs. Nous sommes quand même tentés de préciser pour les apôtres des questions de genre et quelques féministes, que, nous ne sommes pas dans une optique de « sexuer » ces questions soulevées. Que ce soit les hommes ou les femmes, toute question intéresse et interpelle les uns et les autres. Ce faisant, la fameuse démarche logico-déductive suffit pleinement pour comprendre le procédé adopté. Nous souhaitons se mettre en place un nouveau type d’hémicycle (NTH) où certains n’auront pas de rôle que de lever ou de baisser les bras encore moins de proférer généreusement des salves d’applaudissements « stériles » et parfois inopportunes. Les fondements d’une « liberté » foulée aux pieds L’Assemblée Nationale digne de ce nom ne saurait être aussi une assemblée de parti ou de petits copains. En faisant l’historiographe de l’hémicycle sénégalais, on se rend compte curieusement qu’il est très monocolore. Beaucoup de projets de lois sont votés à l’aveuglette, du fait tout simplement qu’on est membre du parti du président de la république ou de sa coalition quitte à ce que le projet soit « nocif » et sans effets positifs pour les destinataires. Et pourtant la fameuse expression « le parti avant la patrie », ô combien séductrice, nous avait fait rêver. Nous ne méconnaissons point le fait que le président, en disposant la majorité des voix, gouverne facilement. Mais, il nous semble, qu’obtenir la majorité à l’Assemblée Nationale ne présage en rien que tous les projets qui émanent du chef de l’exécutif ou propositions de la mouvance présidentielle doivent passer. Certains ont l’habitude d’affirmer sans complaisance qu’au Sénégal : le « député du parti » n’a aucune marge de manœuvre sur les projets de loi ou propositions partisanes des « amis ». Son vote est acquis d’office, parfois avec une ignorance totale des tenants et aboutissants ou, en général, simples implications du projet en cause. Dans les grandes démocraties d’Europe de l’ouest et des Etats Unis, comme nous sommes atteints d’une autre fièvre tapageuse, aussi, qui consiste à se comparer éternellement aux autres, les choses ne se passent pas ainsi. Là-bas, c’est le lieu de débats, d’âpres débats. En ce sens, « Obama Care » aux Etats-Unis reste un exemple fort édifiant. En remontant plus loin on peut nommer le traité de Versailles dont une seule voix a empêché la ratification du projet de la SDN par les Etats-Unis. Ce qui, par ailleurs, précipita le monde vers la tragique deuxième guerre mondiale. Paradoxalement, les rares qui existent ici se traduisent en débats sur des personnes et non sur des idées ! Retenons que l’Assemblée Nationale ne doit pas se traduire en une chambre d’enregistrement car cela risquerait de porter atteinte à son honorabilité et partant de sa vocation de représenter non pas un parti mais tout le peuple sénégalais, d’où d’ailleurs son nom, ô combien évocateur : Assemblée Nationale. Amadou Tidiane THIELLO Université Gaston Berger de Saint-Louis Science Po Sanar thiellotidjane@gmail.com
Jeudi 13 Juillet 2017
Dakaractu



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter



Dans la même rubrique :