Réunion houleuse à l'Assemblée nationale hier : Oumar Sarr boude, Adja Dieynaba N'diaye claque la porte de Benno

L’enterrement de la «loi Sada Ndiaye» est en train de faire un grand bruit. Les secousses risquent d’enterrer le groupe Benno Bokk Yakaar (Bby) qui est menacé de fissures. Alors que Barthélémy Dias promet de démissionner de la majorité parlementaire, la députée Adja Dieynaba Ndiaye a décidé de claquer la porte de ladite coalition. Convaincue que les tares de l’ancien régime se posent avec acuité dans la gestion de l’actuel régime, la responsable du Front pour le socialiste et la démocratie (Fsd-Bj) a profité hier du passage en commission technique de la proposition de loi portant modification du règlement intérieur de l’Assemblée nationale pour annoncer sa décision.


Réunion houleuse à l'Assemblée nationale hier : Oumar Sarr boude, Adja Dieynaba N'diaye claque la porte de Benno
Certes la  proposition de loi portant modification du règlement intérieur de l’Assemblée nationale a été adoptée, hier, par une majorité absolue, mais son passage a mis à jour les divergences qui prévalent au sein de la majorité présidentielle.  En effet, c’est une proposition de loi controversée qui a été présentée, hier, en commission des lois par un groupe de 22 députés. Cette seule et unique proposition de loi de la présente législature porte le  numéro 13-2015 et modifie la loi numéro 2002-20 modifiée du 15 mai 2002 portant règlement intérieur de l’Assemblée nationale. De 9 heures à 16 heures 30, la séance a été très longue et palpitante. Les ministres Sidiki Kaba et Mansour Sy ont été témoins d’un pugilat verbal digne du parlement  britannique.  L’honneur est revenu à Pape Birame Touré de présenter la proposition de loi. Mais, les débats  ont achoppé sur un problème de procédure.
 
 
 
Thierno Bocoum prive Oumar Sarr de parole
 
 
 
Alors que le principe retenu consistait à ce que les initiateurs de la proposition ne prennent la parole qu’à la fin pour répondre aux interpellations des députés, Oumar Sarr s’est inscrit. Un impair qui n’a pas échappé à la vigilance de ses anciens collègues de Rewmi, Thierno Bocoum et Samba Bathily qui s’opposent à son vœu. Il s’en est suivi de vifs  échanges, mais le président de la commission des lois, Me Djbiril War, a tranché en faveur de Bocoum et Bathily. Visiblement mécontent, l’ancien président du Conseil régional de Dioubel quitte la salle bouillant de colère. Cela n’entamera en rien l’ardeur des députés Cheikh Oumar Sy et Cie de rejeter la proposition.
 
 
 
El Hadj Diouf hostile aux cinq ans
 
 
 
Cette page tournée, les députés abordent la problématique de la durée du mandat du président de l’Assemblée nationale qui a été réduit à un an renouvelable depuis l’adoption de la proposition de loi Sada Ndiaye. Les parlementaires veulent porter le mandat du président de l’Assemblée nationale à cinq ans, c’est-à-dire à la durée de la législature. Le député Me El Hadji Diouf, constant dans sa position depuis la dernière législature, a vertement contesté la volonté de ses collègues. Pour lui, ramener le mandat du président de l’Assemblée nationale à cinq années, c’est lui donner trop de pouvoirs alors qu’il doit avoir la même durée (Ndlr, un an) que les autres membres du bureau.
 
 
 
Le Ps particulièrement visé : Aissata Tall Sall élève la voix
 
 
 
Le point qui a suscité la colère de certains parlementaires, c’est la disposition empêchant tout député démissionnaire de son groupe parlementaire d’adhérer à un autre groupe en cours de législature.  Barthélémy Dias avait averti qu’une fois cette loi votée, il démissionnerait du groupe Bby. En réalité, c’est la plupart des députés socialistes qui voient derrière cette disposition une volonté pernicieuse de l’Apr de les empêcher de constituer un groupe parlementaire, en cas de départ de Bby. Avec verve, Aïssata Tall Sall a démontré pourquoi «cette loi est scélérate puisqu’elle entrave la liberté d’association au sein du Parlement».
 
 
 
Bien que membre de l’Apr, le député Pape Abdou Khadre Mbodj a embouché la même trompette.  Distribuant  des flèches acides à ses collègues, Thierno Bocoum  trouve honteuse cette proposition. «Il faut légiférer pour la postérité», dit-il non sans rappeler que l’image du député sénégalais s’est complètement dégradée à cause des agissements de l’actuelle législature.
 
 
 
Si éventuellement les députés du Parti socialiste (Ps) comptent former un groupe parlementaire, ils doivent démissionner de la majorité parlementaire avant l’adoption de la proposition de loi, mardi prochain, jour de la plénière. Au-delà de cette date, s’ils quittent le groupe parlementaire de Benno, ils deviendront des députés non inscrits, expliquent nos sources.
 
 
 
Autre disposition qui a suscité de vives polémiques, c’est celle relative à la constitution d’un groupe parlementaire. De dix,  il faudra disposer désormais du dixième des députés pour constituer un groupe parlementaire. Les initiateurs de la proposition de loi justifient ce fait par une volonté d’aligner cette disposition du règlement intérieur à d’autres. Et comme pour faire un clin d’œil au groupe parlementaire «des libéraux et démocratiques» dirigé par Modou Diagne Fada, ils ont introduit une disposition transitoire qui précise que la loi ne s’appliquera pas au groupe parlementaire déjà constitué avant l’entrée en vigueur de la prochaine loi. Pour les pourfendeurs de cette initiative, c’est un recul démocratique et une violation de la tradition parlementaire. Car, selon eux, la tradition parlementaire voudrait qu’il y ait une concertation sur une réforme du règlement intérieur de l’Assemblée nationale. «Pour ce cas, les députés ont été mis devant le fait accompli», fulminent-ils.
 
 
 
Courroucée par le comportement de ses collègues de la majorité parlementaire, Adja Dieynaba Ndiaye du Fsd-Bj, a dénoncé cette proposition antidémocratique et a annoncé à Moustapha Diakhaté sa démission du groupe Benno Bokk Yakaar (Bby). «Je vous ai laissé une lettre dans votre bureau», a-t-elle asséné à Moustapha Diakhaté.
 
 
 
Adja Dieynaba Ndiaye
 
 
 
Jointe au téléphone, la désormais ex-membre du groupe parlementaire Bby déclare : «J’ai trouvé cette proposition  anti-démocratique. Elle est aux antipodes des idées de rupture promises à l’Assemblée nationale. L’objectif de cette loi est de régler des problèmes purement politiques. Il y a eu des antécédents et Macky Sall avait fait les frais d’une telle mesure. Ce n’est pas normal qu’on reproduise le même procédé.  Le député ne doit pas être ligoté. Nous sommes des représentants des populations et non d’un quelconque homme politique. Nous avions promis des ruptures et nous n’avons pas tenu nos promesses. Il y a un pacte qui nous lie aux populations. Nous devons être au service du peuple et pour le peuple. Je dénonce cette instrumentalisation des institutions à de fins politiques. Nous ne devons plus tolérer cela.  Il y a quelque temps, Macky Sall faisait l’apologie de la transhumance. Il disait que c’est du feeling. Transhumer, c’est plus grave. Il y a des maires qui les ont rejoints. C’est plus grave de quitter son parti que de quitter son groupe parlementaire. C’est du deux poids deux mesures. Ils veulent  ligoter le député. Au Bénin, l’Assemblée nationale dispose de  7 groupes sur 83 députés seulement. Il faut respecter l’Assemblée nationale. C’est cela la démocratie. Macky Sall avait promis de bannir  trois tares : les passe-droits, le favoritisme et le clientélisme. Or, ces tares existent à l’Assemblée nationale. Voter cette proposition, c’est un recul. On doit refuser cela. Je ne me sens plus en phase avec la manière de fonctionner de Bby. Il vaut mieux être seul que d’être mal accompagné. Désormais, je suis non inscrite"
L'as
Samedi 27 Juin 2015
Dakar actu




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