Rétrospective politique de l’année 2015 : Le Pds se déchire, zones d’ombre sur les élections, les députés divertissent

Au Sénégal, beaucoup d’éveénements politiques ont marqué l’année 2015 dont les plus marquants restent sans nul doute les brouilles internes au sein du Parti démocratique sénégalais (Pds) et l’emprisonnement de ses lieutenants. Les zones d’ombres qui planent sur la date exacte des élections en vue et le fiasco enfantin des députés à l’Assemblée nationale étaient également au menu. Libération tente de vous dresser, ici, les faits politiques saillants de cette année fortement politique qui tire déjà à sa fin.


Rétrospective politique de l’année 2015 : Le Pds se déchire, zones d’ombre sur les élections, les députés divertissent
Le parti libéral dans le gouffre

2015 aura été une année fortement marquée par une déchirure de la famille de l’ancien Président de la République. Le Parti démocratique sénégalais (Pds), principale formation de l’opposition, a vécu ses moments les plus sombres depuis la chute de Me Abdoulaye Wade, en mars 2012.
En effet, tout a débuté avec le prolonge- ment de l’affaire Karim Wade du nom du fils du pape du Sopi, condamné, le 23 mars dernier, par la Cour de répression de l’enrichissement illicite (Crei) à 6 ans de prison ferme et une amende de 138 milliards F Cfa. Mais, puisque le malheur ne vient jamais seul, la première victime de la traque des biens mal acquis enclenchée par le régime actuel, dès l’accession à la magistrature suprême du Président Macky Sall, ne tombera pas seul. Et, les conséquences sont énormes notamment au niveau de la formation libérale.
Un certain nombre de ses frères de parti l’ont rejoint à Rebeuss. Déjà, à la veille du verdict du procès de son client, Me El Hadj Amadou Sall est arrêté et condamné pour avoir tenu des propos jugés «indécents» à l’encontre du Chef de l’Etat. Des faits de «manœuvres et actes de nature à compromettre la sécurité publique ou à occasionner des troubles politiques graves ou à enfreindre la loi» qui ne donneront aucune chance à l’ancien ministre de la Justice sous Me Wade. La robe noire et politique n’aura même pas le temps d’assister à la délibération du procès de son client.
Me Sall a finalement passé environ 90 jours en taule avant de bénéficier d’une liberté provisoire. Après un énième renvoi, il sera édifié sur son sort, le 26 janvier 2016.
Autre victime de l’affaire dite Karim Wade, c’est le Docteur Toussaint Manga qui fut arrêté avec ses amis au lendemain du verdict du procès de l’ancien ministre d’Etat. Non contents de voir leur leader reconnu coupable d’enrichissement illicite, ils sont descendus dans les rues pour manifester. Ce qui a abouti à leur arrestation et leur déferrement devant le Procureur.
A cette liste, il faut ajouter l’arrestation de la responsable du mouvement des «Karimistes», du maire de Djeddah Thiaroye Kao, Cheikh Dieng, d’Amina Nguirane et du lutteur Bathie Séras, soupçonnés de «planifier des actes pour un éventuel soulèvement le jour du délibéré.»
La dernière arrestation est celle du coordonnateur du Pds, Oumar Sarr. Ce dernier est cueilli par les éléments de la Division des investigations criminelles (Dic) pour avoir fait des commentaires faits sur l’affaire Lamine Diack qui, rappelons-le, a révélé, dans les colonnes du journal «Le Monde», avoir financé l’opposition pour «faire tomber Me Abdoulaye Wade, en 2012.»
Pour dire que c’est en 2015 que cette formation aura vu son candidat, son numéro 2
et une bonne partie de ses lieutenants en prison. Le Pds en 2015, c’est également le bras de fer opposant Modou Diagne Fada à ses frères de parti.
Le 1er juin, Fada et ses amis «frondeurs» ont remis à Me Wade avant de lire, devant la presse, leur Mémorandum afin de «refuser le diktat de la fatalité» pour ensuite entreprendre les réformes qui, selon eux, s’imposent à leur formation politique.
Dans ce document, ils ont repris la diatribe de l’Anglais, Oscar Wilde selon laquelle, «il est des moments où il faut choisir entre vivre sa propre vie pleinement, entièrement, complètement ou trainer l’existence dégradante, creuse et fausse que le monde, dans son hypocrisie, nous impose».
Donc, en ces termes, il avait lancé les couleurs d’un inévitable bras de fer à son maitre à qui, il n’a pourtant jamais cessé d’exprimer sa «loyauté» dans toutes ses sorties médiatiques. Malgré cet «amour» au Pape du Sopi, l’ancien ministre de l’Environnement avait juré devant le monde entier que «nous comptons être parmi ceux que l’histoire acquittera, car nous sommes prêts à nous hisser à la hauteur de notre mission dans la traduction d’un avenir de progrès et de succès pour le Pds».
Et, au bout du compte, ce que tous les observateurs craignaient arriva. Car, ces brouilles ont finalement pris une autre tournure. De l’intimité du parti, la bataille est transférée à l’hémicycle. Et, l’élève a tenu promesse en refusant de se plier à la décision de son maitre qui voulait le remplacer à la tête du Groupe parlementaire des Libéraux et démocrates au niveau de l’Assemblée nationale. Ainsi, c’est le 15 octobre dernier que l’actuel président du Conseil départemental de Kébémer sera définitivement exclu du Pds par le secrétariat national. Entre autres faits qui lui sont reprochés, «l’indiscipline, activité fractionniste et collision avec
l’adversaire.»

Zones d’ombre sur la tenue des élections

L’autre élément marquant et non le moindre, c’est le flou quasi-total noté sur la date exacte de la prochaine élection présidentielle et l’éventuel référendum. En campagne électorale, en 2012, le candidat Macky Sall avait promis de réduire son mandat de 7 à 5 ans une fois élu à la tête de la République. Aujourd’hui, soit plus de trois années après son accession à la magistrature suprême, les interrogations persistent sur la tenue de l’élection présidentielle en 2017 ou en 2019 et la mise en œuvre du rapport de la Commission nationale de réformes des institutions (Cnri), dirigée par le Pr Amadou Mokhtar Mbow.
Dans l’une de ses sorties, Macky Sall avait annoncé la tenue d’un référendum en 2016, pour se pencher sur la réduction ou non, du mandat du présidentiel. Mais le 7 décembre dernier, le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Abdoulaye Daouda Diallo, a soutenu que cette décision du Chef de l’Etat ne figure pas dans le calendrier républicain où il n’y a que la tenue des législatives et une présidentielle en 2017.
Lors d’une visite de travail à la Commission électorale nationale autonome (Cena), M. Diallo avait soutenu que s’il avait été décidé d’un référendum ou autres élections en 2017, ses services et la Cena ne seraient pas surpris. Il ajoute qu’aujourd’hui, les services de son ministère sont aguerris pour l’organisation d’élections libres et transparentes. Mais pour le moment, dit-il, «ce n’est pas le moment.»
Par ailleurs, Abdoulaye Daouda Diallo a annoncé une révision du code électoral dans le premier trimestre 2016 avec tous les acteurs politiques. Du côté de l’opposition, l’on prend date pour 2017. Mais, jusqu’ici, aucune date officielle n’est annoncée.

Fiasco à l’Assemblée nationale

Autre fait majeur durant l’année 2015, c’est les enfantillages des représentants du peuple de la 12e Législature. Entre insultes, absentéisme et coups de poing, certains honorables députés ont fait du show au- tour de l’hémicycle.
Le 13 octobre dernier, jour où ils devaient procéder au renouvellement du bureau de l’Assemblée nationale, marquera le début d’un long et interminable feuilleton particulièrement politique impliquant les représentants du peuple. Les bourdonnements du Parti démocratique sénégalais (Pds) ont résonné dans les murs de l’Assemblée nationale. Ce tintamarre a pour uniques auteurs les députés qui sont censés représenter le peuple sénégalais, sans exception aucune. A cause des manœuvres typiquement politiciennes, la deuxième institution de la Ré- publique sombra malheureusement dans une verbeuse guéguerre qui n’aura pas en- core dit son dernier mot. Car, les jours passent, les députés de la 12e Législature continuent à faire parler d’eux. Des querelles de petites filles qui se chamaillent chaque matin à la borne fontaine du quartier. Une situation que les médias, politiques et membres de la société civile avait qualifiée de regrettable, de honteux, à la limite de piteux !
Derrière une immunité parlementaire dont ils bénéficient grâce à la volonté populaire, d’autres députés se livreront à des insultes en changeant ainsi l’étiquette qu’on leur collait au dos à savoir «applaudir, dormir et voter sous le ‘’Ndiguel’’ du guide politique» pour le remplacer avec des propos injurieux et coups de poings. C’était le 11 décembre dernier, lors de la dernière session du marathon budgétaire pour l’année 2016.
Au cours de ces plénières ouvertes le 25 novembre, les députés sont devenus au-devant de la scène avec leur absentéisme «flagrant». Presque deux semaines durant, l’hémicycle a présenté une image sinistre. Désertée, la grande salle de l’Assemblée nationale pleurera ses pensionnaires. Les Sénégalais en parlent et en reparlent, le sujet fait la «Une» de certains médias. Mais, beaucoup de députés ont refusé de répondre présent à la chambre basse du Parle- ment. De quoi pousser le président de la deuxième institution de la République à dé- verser sa colère sur ses camarades honorables députés. Mais, comme on le dit, ‘’Consuetudo altera natura est’’ (l’habitude est une seconde nature).
De la politique, encore de la politique. L’année est aussi marquée par la naissance de deux nouvelles formations politiques. Il s’agit du Grand parti de Malick Gackou qui, après son divorce avec Moustapha Niasse, a pris son propre chemin pour promet-il, «suxxali Senegal». Au même moment, le dernier Premier ministre sous le règne de Wade, Souleymane Ndéné Ndiaye, a porté sur les fonts baptismaux l’Union nationale pour le peuple (Unp).
2015, c’est également l’année où le Président Macky Sall a «légitimé» la transhumance, un acte qu’il a d’ailleurs trouvé «normal dans le jeu politique.» En tout état de cause, l’année 2016 s’annonce et promet une autre série de faits dans le lanterneau politique de notre pays... 
Mercredi 30 Décembre 2015
Dakaractu




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