(Reportage ) Nouvelle passion des ados : le selfie, en mode nu ou trop sexy, fait fureur à Dakar

« Les selfies, j’adore !», plein de jeunes filles de Dakar, à la fleur de l’âge, disent ça, histoire de fantasmer de bonheur. La génération ultra-connectée a facilement cédé a cette nouvelle mode. Autophoto ou égoportrait, le selfie fait fureur chez les adolescents.

Avec son smathphone ou son webcam, chacun veut immortaliser un moment. Tout aussi, pour partager son humeur, un événement marquant, affirmer sa présence sur un lieu, ou auprès de quelqu’un ; par exemple, une célébrité etc.

Mais à quel prix ? Les selfies peuvent parfois virer en cauchemar, de nature à laisser des marques indélébiles contre l’oubli et ce, jusqu’à la fin de tes jours.

Photo de soi prise par soi-même, le selfie est devenu, depuis un certain temps, un véritable moyen de communication on line. Promenade à la croisée des ados accros, Actusen vous met au parfum du phénomène “my self-photo”. Reportage !


(Reportage ) Nouvelle passion des ados : le selfie, en mode nu ou trop sexy, fait fureur à Dakar

Pas aussi nouveau, le selfie a existé, depuis le début du XXe siècle. Elle s’est juste adaptée à l’évolution numérique, sous un autre nom.

Il est réalisé avec un appareil, à bout de bras, ou avec un miroir, lorsqu’il n’y a pas de caméra frontale, ou bien avec une perche à selfie. La tendance est de publier sa photo, la plus soft ou pop, sur internet  pour attirer l’attention des internautes et ainsi avoir des likes et commentaires.

Samedi matin, le week-end vient juste de démarrer,  la circulation est assez libre, les travailleurs se reposent. Quelques citadins, qui ne sont pas soumis à un boulot, se sont dispersés dans les rues. Il est midi. Les rayons du soleil se font déjà sentir.

Mariama :quand je me sens en forme et belle

Assise sous un arbre, Mariama Mbodj lit un magazine people. Elle se met à l’ombre pour échapper ce soleil ardent, qui accable avec ses vents. «J’adore ça, mais je n’en abuse pas», car, selon elle, «tout excès est un défaut et peut être dangereux pour sa santé mentale ou ses études».

Elève en classe de Seconde, la demoiselle, teint clair naturel, modère ses captures. « 15 ou 20 clichés par jour. Quand je me sens en forme et belle, je fais des selfies. Surtout lorsque j’ai de nouvelles tresses ou je mets de nouveaux habits», confie-t-elle.

Le post, c’est le must. «Iil faut que mes amis virtuels sachent de quoi j’ai l’air, je poste (ndlr publier) directement  sur Instagram ou je change mn profil viber »,révèle-t-elle.  Mariama disait ne pas en abuser, mais … vers la fin de la conversation, elle se dédit subitement : «toutes mes tofs sont des selfies, j’en ai des centaines», passe-t-elle, finalement, à table.

Quelques heures plus tard, la chaleur bat vraiment son plein. On se retrouve au CEM Blaise Diagne, La cour de l’établissement est presque vide. Seuls quelques élèves sont présents sur les lieux. Hors des classes, ils sont par-ci et par-là à causer entre amis.

18 ans, El Hadj Malick Diagne n’a rien à faire, il se met en mode selfie. «Avec mes amis ou en solo (ndlr: seul),  des fois », confie-t-il.  Cet élève en classe de 3eme, pantalon militaire sur un maillot de basket Ball, s’accorde à la chaleur, avec son sac au dos. Il a ses moments à lui pour se faire des selfies. «Je le sens dall (tic en wolof), quand je m’apprête à sortir, à aller à des soirées, ou si on sort en groupe au Sea plazza, par exemple ».

La touche finale, c’est la publication de ses photos  : « il n’y a pas de sens à prendre des selfies sans les publier sur Facebook, Instagram ou WatSapp. J’adore bien que les gens aiment et commentent mes photos. Je peux avoir jusqu’à  250 likes  sur facebook en une journée. Ça fait que je me sente célèbre, un grand quelqu’un», explique t-il.

Des selfies de filles nues ont été publiés sur facebook

Grand de taille, tout souriant, mais pas du tout costaud, El Hadj Malick Diagne tient une tablette. Les selfies, il faut s’en méfier des fois. « En soirée, ce n’est pas sûr de faire des selfies car on peut voler ton portable », prévient-il. Selon lui, il faut aussi éviter de faire des tofs (ndlr : photos) malsaines.

Puis, il parle d’une pratique alarmante que l’ancienne génération réfléchirait des milliers de fois avant de s’y lancer. « Des jeunes filles ont fait des selfies nus et les ont envoyés à leurs copains. Ces derniers les ont publiés sur facebook et tout le monde les a vus.  Elles ont eu de gros problèmes avec leurs familles et ont même fermé facebook », raconte-t-il.

 « Je suis accro», affirme Wassor Fall. Et inutile de lui demander si elle raffole des selfies. Car la noirceur d’ébène rétorque, tout de go : “oui, évidemment, avec mes amis à la plage, au resto on les publie pour que les autres sachent qu’on était à tel endroit, c’est un peu pour nous faire voir», confie-t-elle. Leggins noir en rayure sur un haut rouge, avec son Galaxy S5, Wassor Fall est aussi de la tendance.

“Ce sont les mecs qui likes mes selfies, je me sens en liberté, free, j’aime bien”

Mademoiselle est en classe de 3eme. Avec sa coupe de cheveux et ses faux cils ajustés par un crayon vert, elle a ses admirateurs sur les réseaux sociaux. «Je partage mes selfies sur les réseaux sociaux, j’en sélectionne les meilleurs. Ce sont les mecs qui commentent et likent le plus. Je me sens en liberté, free, j’aime bien», s’extasie-t-elle de joie.

Les risques des selfies, elle les connait comme elle maîtrise sa garde-robe. C’est pourquoi, elle n’en a jamais pris. D’autant que, dit-elle, «je prends toujours des photos correctes ».

Cependant, fait-elle noter : «une amie avait une tof trop sexy sur sa tablette. Une de ses copines l’a prise à son insu et l’a publiée sur facebook ». Et la conséquence se passa de commentaires, car, narre-t-elle : «elle a fait près d’un mois sans venir à l’école, puisque ça faisait beaucoup de bruit. On lui a aussi retiré son téléphone ».

 

Le lendemain, sur la VDN, il est 18h, time des fils à papa, à voir le décor qu’offre le restaurant où on est. Les enfants friqués se rencontrent dans ce resto huppé, pour évacuer le stress de la semaine. Smartphone haut de gamme, tablette, ipad sont entassés sur la table, comme si on était dans un magasin de vente d’appareils électroniques. C’est le son des crac-crac qui nous accueille.

 Abdou Khadre : “c’est pour avoir des souvenirs de nos instants” 

A peine ont-t-ils fini de manger que ces ados se sont mis en mode selfie. «Nous faisons des groupies (ndlr: selfie en groupe) », lance l’un d’eux, qui s’est mué en porte-parole du “clan”. Les autres semblent timides.

« On est ici, chaque week-end, c’est notre petit coin, on bouffe, puis on s’éclate avec des selfies entre potes », lance-t-il, dans un français bien roulé, à la Parisienne, quoi. Surnommé « Akon », à voir son style jean, chemine sur des All Star, plus cheveux teintés, il a l’air d’être du show biz.

« On est 8personnes, on se prend tous ensemble. Meme à l’école, partout on se fait des selfies ».

“J’admire ma beauté avec les selfies”

De l’autre côté du goudron, Aichatou Diarra traverse la route. Malienne, elle se balade à travers la capitale. Mon petit nom, c’est « Aiché », lance-t-elle, sur un ton coquin. D’après elle, ses selfies sont modérés : «ce n’est pas tous les jours, mais si je suis dans mon assiette, j’en fais jusqu’à 50».

Elle a 18ans, étudiante en Licence 2, physique bien généreux, elle est blanche comme neige, dans son tailleur jupe assortie à la couleur de son voile. Pour cette Bambara, les selfies font beaucoup d’effets. « Dès que je prends un selfie, j’admire tout de suite ma beauté. Mdr (ndlr: morte de rire) ».

 Poursuivant, elle ajoute : « je sais que je suis belle. Mais, avec les selfies,  j’en ai davantage la preuve par 9. Lorsque je vois mon joli visage sur l’écran. J’ai plus confiance en moi en quelques sortes » martèle t-elle.

Un jeune Homme qui passait par-là, s’invite à la discussion. Il se rend à un Séminaire, d’après lui.  Chemise blanche, avec une cravate bleue, il est tellement pressé qu’il ne se présente pas.

Toutefois, marqué à la culotte par Actusen.com, il donne son avis sur les selfies : « Nous avons tous déjà fait un selfie, mais les jeunes exagèrent. Ces clichés, exposés aux yeux de tous, font souvent l’objet de commentaires négatifs qui peuvent se profiler vers du harcèlement moral… A méditer », suggère-t-il.

Actusen.com

Lundi 27 Juillet 2015
Dakaractu




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