Relations Idrissa Seck et Abdoulaye Diop : Une si longue histoire

Le maire de Thiès tient à Abdoulaye Diop. A chaque fois qu’il parle de la situation financière du pays, Idrissa Seck rappelle les prouesses de l’ancien ministre des Finances sous Abdoulaye Wade en clouant au pilori les banquiers qui gèrent les finances publiques et la Primature. C’est l’histoire d’une complicité inavouée qui n’a pas encore révélé tous ses secrets, même sous la tente de Abdoulaye Wade.


Relations Idrissa Seck et Abdoulaye Diop : Une si longue histoire
«Abdoulaye Diop est le meilleur ministre de l’Economie et des Fi­nances du Sénégal.» Cette «cajolerie» du président du parti Rewmi, Idrissa Seck, fait croire qu’il reconduirait l’ancien argentier de Ab­doulaye Wade si jamais il avait été élu au soir du 25 mars 2012. Le cas échéant, que serait la rupture exigée par le Peuple ? La réponse est dans les secrets du maire de Thiès. Il n’a jamais cessé d’invoquer Abdoulaye Diop dans ses arguments lorsqu’il s’agit de parler de la situation économique du pays. C’est à croire qu’entre les deux hommes, c’est une complicité dénuée de paroles mais féconde en actes souterrains.

Pourtant, leur ancien mentor commun Abdoulaye Wade a invité, menacé les ministres supposés apolitiques dont Abdoulaye Diop, à descendre à Thiès pour contrecarrer les actions de son ancien numéro 2. Mais les observateurs peinaient à coller à l’argentier de l’Etat d’alors une étiquette partisane. La polémique sur les plus de 471 milliards de francs Cfa dont Abdoulaye Wade a laissé dans les caisses de l’Etat risque de bien meubler les apparences. Et pour cause, l’ancien ministre de l’Eco­nomie et des Finances a été obligé de sortir de sa réserve pour préciser qu’il n’a «aucune connexion avec Idrissa Seck». Et «ses propos n’engagent que lui-même».

En encensant Abdoulaye Diop le 25 mars dernier, l’ancien Premier ministre s’est glorifié d’avoir présenté l’économiste «apolitique» à Abdoulaye Wade en l’an 2000. Ce dernier le nomma ministre délégué Chargé du budget. Puissant directeur de Cabinet aux premières heures de l’alternance, Idrissa Seck n’avait pas réfléchi deux fois pour le propulser au poste de ministre de l’Economie et des Finances en remplacement de Mamadou Seck, démissionnaire à l’époque. L’em­bellie économique vécu par le Sénégal avec un taux de croissance moyenne de 4,5% entre 2000 et 2006, dans une grisaille sous-régionale, avait fini de consolider sa réputation de grand financier. Ceux qui défendaient cet avis passaient sous silence la crise ivoirienne comme facteur explicatif de la relative bonne santé macro-économique sénégalaise.

Responsables ou victimes des chantiers de Thiès ?

Quoi qu’il en soit, Abdoulaye Wade se ventait de ses projets lesquels sont des gouffres de mi­l­liards. D’ailleurs, c’est dans ce contexte que Idrissa Seck est devenu Premier ministre et bénéficiaire du premier «Programme spécial indépendance Thiès 2004» financé sur fonds publics. Naturelle­ment, Abdoulaye Diop en était le principal ordonnateur en sa qualité de ministre de l’Economie et des Finances. Paradoxalement, seul Idrissa Seck avait été poursuivi pour atteinte à la sûreté de l’Etat et détournement de deniers publics. Abdoulaye Diop n’a jamais été inquiété. Pourtant, le rapport de l’Inspection générale d’Etat (Ige) l’avait clairement épinglé. Son implication étouffée au plus haut sommet de l’Etat avait poussé le patron de l’Ige Nafi Ngom Keïta à monter au créneau pour  flinguer l’ordonnateur principal des crédits. L’orageuse sortie du 24 septembre 2005 de l‘inspectrice, par ailleurs chef de mission d’enquête et de contrôle des chantiers de Thiès, n’a pas emporté le ministre d’Etat, ministre des Finances, Abdoulaye Diop. Pourtant, la dame l’avait  implicitement accusé de tentative de corruption. Le mis en cause se garda de toute déclaration. Il refusa de faire dans la polémique au moment où l’essentiel des collègues du gouvernement justifiaient leur utilité à travers des diatribes contre Idrissa Seck. Pourtant, il était le plus habilité à le faire couler.

Interpellé à l’Assemblée nationale lors de l’examen de la loi de finances, Abdoulaye Diop avait tenté de blanchir son ancien Premier ministre. Il avait signifié à la représentation parlementaire que les  dépenses relatives au programme spécial de Thiès  étaient de 40 milliards de francs Cfa. Il restait 9 milliards de francs Cfa à payer. Ce qui corroborait les arguments du leader de Rewmi.

Wade garde son argentier à tout prix

 Dans la dynamique de la traque des pro-Idy (déseckisation), Ab­dou­laye Diop était perçu comme un homme à abattre. Sa responsabilité passive dans la manipulation des fonds publics destinés aux chantiers de Thiès était manifeste. L’homme a même été cité comme témoin. Lors de sa comparution devant la Haute cour, il affirma ceci : «Certes, les travaux de Thiès n’ont pas été inscrits dans le Programme triennal d’investissements publics (Ptip)…, mais c’est fréquent que des projets ou programmes ne soient pas inscrits dans le Ptip et cela n’empêche qu’ils ne soient pas réalisés.» (voir Le Quotidien du samedi 1er et dimanche 2 octobre 2005). Ce n’était pas opportun car le chef de l’Etat d’alors, Abdoulaye Wade, voyait d’autres raisons de garder son ministre des Finances. Pour lui,  le même rapport de l’Ige qui a perdu Idrissa Seck et Salif Bâ ne suffisait pas donc pour inculper Abdoulaye Diop. Selon le Prési­dent Wade, «l’on n’est coupable que quand on est condamné par un Tribunal...». Au moment du vote de la résolution de mise en accusation de Idrissa Seck et de Salif Bâ, le 3 août 2005, l’Assem­blée nationale majoritairement dominée par les Libéraux n’a pas daigné mettre dans la même barque Abdoulaye Diop. Quel était le véritable secret de l’homme ? Y avait-t-il anguilles sous roche ? L’argentier  de l’Etat en savait trop pour être inquiéter.

A titre illustratif, certaines langues fourchues citent le montage financier de la réfection de l’avion présidentiel, l’indemnisation de la famille de Me Babacar Sèye à hauteur de 600 millions de francs Cfa. La liste est loin d’être exhaustive. Abdoulaye Diop était convaincu qu’il ne sombrerait pas seul. Au fil des années, il a forcé le respect à Abdoulaye Wade. La fulgurance de Karim Wade n’a entraîné qu’un répit dans la stabilité du département  ministériel qu’il dirigeait. Dès son entrée dans le gouvernement, Wade-fils se tailla un super ministre de la Coopération internationale, des Finances, des Trans­ports  et des Infrastructures. Et Abdoulaye Diop se révolta. Le gain a été immédiat. Il retrouva le portefeuille des Finances. Ce qui confirme son aura auprès du père alors que le fils était en route vers le sommet de l’Etat.

Deux Moustarchidines ?

Au-delà de leurs accointances politiques, Abdoulaye Diop et Idrissa Seck partagent la même affection à l’endroit du guide des Moustarchidines où ils sont très introduits et appréciés. En effet, dans son édition du 3 octobre 2005, nos confrères de L’Obser­va­teur avaient révélé la tenue d’une réunion de hauts dirigeants de ce mouvement religieux, particulièrement actif et assez fortement implanté, où «l’heure est discrètement à la mobilisation et à l’organisation». Ceci était pour soutenir le ministre Abdoulaye Diop qui est un des leurs et mis en cause par Nafi Ngom Keïta. Il faut également noter dans leurs points communs : la présence de Abdoul Aziz Sy Al Amin dans leurs affaires. Ce dernier a été le médiateur le plus illustré entre Wade et Idy.

 A l’heure de l’opposition, l’histoire entre les deux hommes paraît plus que jamais liée par l’exercice du pouvoir même si Abdoulaye Diop lorgne des fauteuils de grandes institutions internationales. Quant à Idrissa Seck, il réaffirme sa détermination à conquérir le pouvoir suprême et non local. Lors de la célébration du 53e  anniversaire de l’indépendance du Séné­gal, il a réitéré sa volonté de ne pas briguer un troisième mandat, mais qu’il est en train de consulter des cadres thiessois en perspective des prochaines élections locales.  Ab­doulaye Diop l’a déjà séduit par ses compétences.

LeQuotidien
Dakaractu2




Samedi 6 Avril 2013
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1.Posté par Mbacké Ndiaye le 07/04/2013 21:29
En bon français on dit à titre d'illustration au lieu à titre illustratif



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