REFONDER LA POLITIQUE (par Babacar DIOP, Coordonnateur de la Jeunesse pour la Démocratie et le Socialisme/JDS))


REFONDER LA POLITIQUE (par Babacar DIOP, Coordonnateur de la Jeunesse pour la Démocratie et le Socialisme/JDS))
Le président Macky Sall, en revenant sur sa parole donnée au peuple de réduire son 

mandat de sept à cinq ans, codifie,  dans notre société,  la culture du « wax 

waxeet ». Désormais, le reniement constitue une valeur politique et culturelle 

sénégalaise. C’est une  certaine conception de la politique - dont nous ne nous 

sommes pas départis- qui a conduit notre pays à ce désastre politico-culturel. Toute 

la classe politique traditionnelle est éclaboussée. C’est elle qui a encadré et béni la 

nouvelle forfaiture. Notre peuple est  toujours en attente de « temps nouveaux ». La 

politique est toujours en crise sous nos cieux, malgré les travaux des Assises 

nationales, la mobilisation de la journée historique du 23 juin 2011, les 

manifestations de la Place de l’Obélisque et les martyrs de la démocratie de 2012. 

La classe politique traditionnelle est embourbée dans une culture traditionnelle qui 

l’empêche d’entendre les chants d’espoirs de son peuple et le désir ardent de 

changement de sa jeunesse. Au Sénégal, le peuple aspire à contempler la lumière 

du soleil de la justice, la classe politique traditionnelle se réjouit de rester dans le 

confort des ténèbres de la caverne. Il faut refonder la politique dans notre pays. 

Autant le 23 juin 2011 était un moment fondateur, autant le non respect de la parole 

donnée du président Macky Sall est un point de rupture. 

La crise de confiance 

Qu’on en arrive, dans notre pays, à désespérer de la politique et des hommes 

politiques au point de dire comme les Wolof « politik jëmul allaaxira » (la politique 

s’arrête dans ce bas monde) est symptomatique de la profondeur d’un problème qui 

prend ses racines dans notre propre culture.  Qu’on en arrive, dans notre pays, à 

voir un président de la République, devant ses concitoyens et ayant toute honte bue, 

faire l’éloge de la transhumance politique en l’assimilant à la mobilité politique est 

suffisamment grave pour alerter que le Sénégal des valeurs fout le camp. Qu’on en 

arrive, dans notre pays, à avoir des hommes politiques milliardaires, des hommes 

politiques insensibles à la colère du peuple sans travail et sans pain, est une 

situation pathétique. Qu’on en arrive à un président de la République qui, après avoir 

juré sur les noms de tous les saints de notre peuple, abjure, au nom du principe 

machiavélique que les promesses électorales n’engagent que ceux qui y croient, est 

caractéristique de la dégénérescence de notre classe politique dans son ensemble. 

Il y a quelque chose de pourri dans la République du Sénégal. Il y a une rupture de 

confiance entre le peuple et la classe politique traditionnelle. Le peuple est en 

attente  d’une culture politique nouvelle ancrée dans une éthique citoyenne qui met 

en avant l’intérêt de la collectivité.

 Le plus triste dans tout cela, c’est que les promoteurs d’aujourd’hui de l’apologie 

des contre valeurs ont été élus sur la base d’un programme qui s’engageait à 

restaurer les valeurs morales et éthiques. Des dirigeants vertueux et exemplaires 

dans leurs comportements de tous les jours préparent mieux notre jeunesse au 

civisme et au patriotisme. Lorsqu’on dirige dans la forfaiture et l’incivisme, dans la 

corruption et le reniement, peut-on valablement inviter sa  jeunesse au civisme et au 

patriotisme, peut-on valablement construire une société nouvelle ? Monsieur le 

président, suivez l’invite du grand Shakespeare qui écrivait dans Hamlet : « Ne faites 

pas comme ce pasteur impie qui indique une route escarpée et épineux vers le ciel, 

tandis que lui-même, libertin repu et impudent, foule les primevères du sentier de la 

licence, sans se soucier de ses propres sermons ». Les sermons de président 

perdent toute crédibilité. Les fidèles boudent la mosquée de la « gouvernance sobre 

et vertueuse ».

Cette conception politique traditionnelle est la porte ouverte à toutes les dérives 

auxquelles nous assistons. La politique devient un moyen dans notre société de 

s’enrichir, de gagner des places et des positions, d’entretenir une clientèle. La 

politique devient une affaire de sinécures ; une telle conception de la politique a 

précipité notre société dans la corruption et la dégénérescence  de nos valeurs 

culturelles et morales. Le champ politique de notre pays devient le théâtre où se 

déroule une course effrénée de citoyens vils qui s’emploient à utiliser le pouvoir et la 

domination pour capter les ressources du pays. Cette maladie frappe à la fois les 

hommes politiques et la société dans son ensemble. Notre société en est arrivée  à 

valider une telle conception de la politique au point que dans notre culture, la 

politique signifie un moyen de s’accaparer des ressources de la collectivité au profit 

de son clan ; elle en est donc arrivée à désespérer définitivement du changement. 

Ce qui fait que nous sommes arrivés à l’exigence de réformer la politique elle-même 

si nous voulons réformer notre société. Réformer la politique, c’est bannir cette 

conception traditionnelle de la politique pour une nouvelle conception qui 

débouchera sur une réforme des mœurs dans notre société.  La crise de la politique 

a entrainé la crise du militantisme.

Renouer avec le militantisme authentique

L’éthique est consubstantielle à la politique ; seule une élite faible, médiocre et sans 

ambition peut ignorer la dimension de l’éthique dans l’action politique. Il n’y a pas de 

politique conséquente qui ne soit adossée sur des valeurs éthiques. Le professeur 

Djibril Samb disait à ses étudiants: « L’éthique est la source nourricière et l’horizon 

d’une politique droitement comprise ». Nous devons réconcilier la politique avec le 

champ des valeurs. Seul un militantisme débarrassé des penchants égoïstes et 

claniques peut nous permettre de soutenir une action politique d’envergure au profit 

du peuple qui attend le changement. Un militantisme désintéressé qui place l’intérêt 

général au centre de la politique peut permettre de sortir  la politique  de la crise 

dans laquelle elle s’enfonce. Le militantisme est un don de soi que l’on fait à la 

société.  Il faut beaucoup de générosité pour s’engager dans le militantisme. Les 

vrais militants doivent s’assoir sur des valeurs ; ils doivent faire en sorte que leurs 

comportements quotidiens soient compatibles avec la société idéale qu’ils veulent 

construire au mieux du peuple, mettre en pratique - dans la vie de tous les jours- les 

valeurs qu’ils défendent et veiller à ce que ces valeurs irriguent leurs pensées et 

actions. En ce sens, « notre pratique doit être cohérente avec notre discours 

politique ».

 Le vrai militantisme commence par  changer la conception traditionnelle de la 

politique réduite en une simple lutte pour occuper des sièges dans des institutions 

publiques.  Les vrais militants doivent être des pédagogues sociaux, c’est eux qui 

préparent la société future. Les militants doivent être des exemples dans leurs 

comportements quotidiens ; ils donnent une partie de leur vie pour la construction 

d’une société  alternative à celle  du capitalisme dans son acception néolibérale qui  

ne s’occupe que du profit. Des militants enracinés  dans les réalités quotidiennes, 

c’est ce qu’exige le peuple. Les vrais militants doivent diriger leurs actions à partir 

des principes éthiques : le respect de la parole donnée, la politique comme un 

sacerdoce et non comme un business, le sens du militantisme authentique, 

l’exemplarité dans les comportements de tous les jours, renouer avec les valeurs 

d’honnêteté et de transparence, le refus de prendre un seul centime de l’argent du 

contribuable, lutter contre la corruption sous toutes ses formes. C’est ainsi que nous 

réconcilierons la politique avec elle-même et avec le peuple, c’est ainsi que nous 

changerons les mœurs politiques de notre pays. La  politique pourra continuer 

d’inspirer confiance dans son action pour être un instrument de transformation 

sociale. 

Ce qui nous amène à défendre l’idée d’une éthique en politique. C’est cette éthique 

qui nous permet de préparer la société nouvelle, parce qu’elle est compatible avec 

les valeurs de la société nouvelle que nous voulons construire. C’est la seule 

manière de transformer tous nos militants en des pédagogues sociaux ou des 

« éducateurs populaires » qui vivent avec le peuple dans les problèmes quotidiens, 

qui encadrent le peuple.  Développer une telle éthique est une manière de revenir à 

l’une de nos sources morales et politiques.  Notre classe politique doit relire le 

président Julius Nyerere qui développait une éthique de gestion à travers la 

résolution d’Arusha de 1967. Son texte est plus qu’actuel : « 1. Tout leader [et 

membre] du gouvernement doit être ou bien Paysan ou bien Travailleur, et ne 

devrait en aucune façon s’associer aux pratiques capitalistes ou féodales. 2. Aucun 

leader [ou membre] du gouvernement ne devrait avoir des actions dans une 

Compagnie. 3. Aucun leader [ou membre] du gouvernement ne devrait être à la 

direction d’une entreprise privée. 4. Aucun leader [ou membre] du gouvernement ne 

devrait posséder des maisons qu’il loue à d’autres ». Toute notre classe politique est 

interpellée à travers ces propos du Mwalimu. 

La politique non comme un enjeu de pouvoir, mais comme un enjeu de 

transformation 

Nous devons réinventer la politique. Il nous faut une nouvelle culture et pratique 

politique pour apporter les changements majeurs dans notre société. Le pouvoir ne 

peut plus être la finalité de l’action politique. La finalité de la politique est de 

transformer les structures de la  société pour le plein épanouissement de l’homme, 

un plein épanouissement qui ne peut être décrété d’en haut. C’est un processus qui 

se construit avec  la participation de tous les citoyens  qui, à mesure qu’ils changent  

la réalité quotidienne, se transforment eux-mêmes. La  politique n’a pas pour but le 

pouvoir pour le pouvoir, il a pour finalité  la transformation  sociale, économique et 

culturelle. La politique ne doit pas être une simple science ou technique de conquête 

et de contrôle du pouvoir, elle doit avoir pour finalité la transformation de  la vie des 

hommes en satisfaisant leurs besoins humains.  La politique a pour enjeu de 

changer la vie. 

Le nouveau paradigme de la politique, en rupture avec la conception traditionnelle, 

est la politique comme un enjeu de transformation. Le pouvoir politique est un 

instrument pour réaliser le plein épanouissement des  hommes. Cette conception est 

aux antipodes de la politique politicienne, de la politique comme simple sinécures, 

de la politique comme simple conquête et conservation du pouvoir. La politique a 

pour fin de rendre les hommes plus humains, physiquement, socialement, 

culturellement et spirituellement. Elle a pour finalité de rendre la société plus belle, 

de rendre les hommes plus beaux, de rendre le monde plus fréquentable, de rendre 

le futur meilleur que le présent.  Il nous faut revenir au sens grec de la politique. 

Aristote présente la politique comme une science « architectonique » dans le 

domaine de l’agir humain. Il écrit dans son ouvrage Politique : « La fin de la politique 

enveloppera les fins des autres sciences [pratiques], de sorte que c’est elle qui 

constituera le bien humain. En effet, quand même le bien de l’individu  et le bien de 

la cité sont identiques, il apparaît plus important et plus parfait de saisir le bien de la 

cité et le préserver : car s’il est réjouissant de saisir et de préserver le bien même  

pour un seul individu, il est plus beau et plus divin de le faire pour une  nation et des 

cités ».

Léopold S. Senghor écrivait dans Liberté 4 : « Pour les Grecs donc, pour les 

créateurs du concept, le but de la politique, c’est le bonheur et l’éducation des 

citoyens ». Le but de la politique est de rendre le citoyen kaloskagathos, c’est-à-dire 

« beau et bon » physiquement et intellectuellement. Le but de la politique, c’est la 

culture, c’est la création d’une nouvelle civilisation qui rend l’homme plus humain. La 

politique vise le développement à la fois du corps, du cœur et de l’esprit. Elle a pour 

but un développement intégral de la totalité de l’Homme. Notre classe politique 

gagnerait à lire Léopold S. Senghor pour se faire une haute idée de la politique afin 

de se débarrasser définitivement de la politique politicienne qui ne fait que nous 

enfoncer dans le pessimisme et creuser la distance entre le peuple et ses élites.  La 

politique est donc la science du bien vivre en commun. C’est une affaire d’hommes 

et de femmes vertueux qui pensent apporter leur contribution au développement 

économique et humain de leur société.  Et Léopold Senghor de conclure  dans 

Pierre Teilhard de Chardin et la politique africaine: « J’entends le mot Politique en 

son sens étymologique. Il s’agit de gouverner pour leur bien commun, les hommes 

rassemblés dans la Cité. Il s’agit de développer, par l’organisation même de la Cité 

en réseaux actifs de solidarité, toutes les virtualités non seulement des individus, 

mais encore des groupes intermédiaires : de les promouvoir en personnes et 

communautés. En un mot, de les faire bien être en les faisant plus être, 

physiquement et spirituellement : biologiquement ». Macky Sall et la classe politique 

traditionnelle doivent revenir à Senghor. Ainsi, ils comprendront que la finalité de la 

politique est de changer la vie des hommes et non de conspirer frauduleusement 

contre le peuple pour préserver un précaire pouvoir de domination. La jeune 

génération doit s’inspirer de Senghor et de Nyerere qui ont choisi volontairement de 

renoncer au pouvoir politique pour honorer leur peuple.

Refonder la politique est le seul moyen de créer la société nouvelle dont nous 

rêvons. Il s’agit de dépasser le realpolitik paresseux et sans ambition qui nous 

confine dans un horizon bouché pour construire la société future. Le cycle de la 

politique comme un enjeu de pouvoir doit être fermée définitivement dans notre 

pays. Nous devons inaugurer un nouveau cycle plus beau, parce que plus humain: 

la politique comme un enjeu de transformation. Notre action est de  faire  que le 

royaume des cieux soit une réalité ici sur terre sénégalaise et africaine.  C’est la 

pleine justice qui renouvellera jusqu’au fond notre société. Contre l’usurpation et 

l’oppression, notre peuple se réveillera !

Babacar DIOP, Coordonnateur de la Jeunesse pour la Démocratie et le 

Socialisme (JDS)

babacar.diop1@gmail.com
Lundi 22 Février 2016
Dakar actu




1.Posté par Niit le 22/02/2016 08:22
En 1998, le PS avec tous ses moyens avait tenté et échoué la refondation alors shut up !



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