RECHERCHE DE CONSENSUS OU CHAOS : QUELLE ALTERNATIVE POUR UNE SOLUTION ACCEPTABLE FACE À LA PLÉTHORE DES LISTES.


RECHERCHE DE CONSENSUS OU CHAOS : QUELLE ALTERNATIVE POUR UNE SOLUTION ACCEPTABLE FACE À LA PLÉTHORE DES LISTES.
La pléthore de listes enregistrée à l’occasion du dépôt des listes de candidatures pour les élections législatives du 30 juillet a suscité beaucoup d’émoi dans le pays. De quelque bord qu'on se trouve ; acteurs politiques, organisateurs et citoyens, tout le monde s’accorde à dire que trop c'est trop.
Maintenant que les jeux semblent faits et que la clameur est en train de s’estomper, n’est-il pas nécessaire de s’arrêter sur l’organisation de ces élections afin de saisir toutes les difficultés qu’elles  engendrent et de façon lucide et responsable peser tous les risques qui s’attachent à la tenue des élections législatives du 30 juillet. Loin de moi l’idée de donner des solutions toutes faites ou de chercher à être porte-voix d’une quelconque chapelle politique ; je m’attache au regard de cette contribution à poser les problèmes et attirer l’attention des acteurs sur les dangers d’une organisation chaotique des élections  qui risque d’hypothéquer gravement la paix sociale, la sérénité et la crédibilité du prochain scrutin.
Les préoccupations que je voudrais exprimer ici sont d’ordre financier et technique
Assurément la gestion de 47 listes dans un bureau de vote pose un certain nombre de problèmes d’organisation  que voici :
1/ Choix des bulletins
  • Conformément  aux dispositions de l’article L.78 du code électoral obligation est faite à l’électeur de prendre l’ensemble des bulletins avec ses impacts sur le temps de vote de l’ensemble des électeurs ; avec la moitié des électeurs inscrits soit 300, avec une moyenne de 7 minutes par électeurs, on se retrouve avec 2100 minutes soit 35.heures de vote. Cela équivaudrait à voter de 8 h le dimanche au lendemain lundi à 19 h. ce qui est impossible tant du point de vue de la loi que de la faisabilité.
2/  Présence  des représentants de partis dans le bureau de vote
  •  bien que cette présence ne soit pas toujours effective à 100 % dans tous les bureaux,  admettons que dans les bureaux de vote des grands centres urbains l’ensemble des listes en compétition dispose chacun d’un représentant ; si on y ajoute les membres du bureau de vote nommés  par l’autorité administrative  et le contrôleur de la CENA, on se retrouverait avec 51 personnes ; comment gérer une telle situation ?
3/ Coût des bulletins et des imprimés
  • Avec 47 listes, le nombre total de bulletins à imprimer serait de l’ordre de 365 millions au prix d’environ 20 frs/bulletin, on se retrouve avec la faramineuse somme de 7 milliards 300 millions. Si vous y ajoutez le coût des 7 millions d’enveloppes et le coût des divers imprimés (feuilles de dépouillement, affiches et profession de foi en plus du matériel électoral nécessaire au fonctionnement d’un bureau de vote) on est autour des 16 milliards annoncés.
4/ Production et distribution des cartes
  • Au rythme où les cartes sont produites, 70.000 cartes/jour, la production des cartes restantes estimées à trois millions nécessiterait 43 jours de travail. Cela nous amène à la date du 27 juillet soit 3 jours avant la date des élections ; qu’on nous dise comment fera t-on pour acheminer ces cartes dans les commissions et les distribuer aux ayant droits en plus des cartes qui y sont déjà et qui peinent à être retirées tant l’attente a été longue.
5/ Mise à disposition de la liste des électeurs par bureau de vote
  • Il est de tradition pour les besoins du contrôle et de la transparence des opérations de vote que l’administration mette à la disposition des coalitions et partis en compétition  la liste des électeurs inscrits par bureau de vote. Si cela doit se faire pour chacune des 47 listes, ce seront des tonnes et des tonnes de papier qui seront imprimés en plus de ceux qui sont détenus par le bureau de vote et le contrôleur de la CENA.
6/ Installation de l’hivernage
  • Dans la plupart des départements du pays (Tamba, Kédougou, Vélingara, Kolda, Ziguinchor et Sédhiou) l’hivernage s’est installé. Dans ces conditions comment organiser la campagne électorale dans ces contrées ou organiser la distribution  des cartes et l’éclatement du matériel électoral.
7/ Couverture médiatique de la Campagne électorale
  • Chaque liste de candidat devra se voir affectée une équipe comprenant 1 véhicule, 1 journaliste, 1 cameraman, 1 preneur de son. Ceci fera 49 équipes avec leurs perdiems et leurs équipements ;  décidément cela fera beaucoup d’argent.
8/ Gestion du temps d’antenne
  • Le temps d’antenne attribué à chaque liste de candidats est déterminé par l’organe chargé de la régulation des médias en l’occurrence le CNRA. Une première fraction est attribuée de manière égalitaire à l’ensemble des listes en compétition et une deuxième fraction est attribuée aux partis représentés à l’Assemblée Nationale. Sur la base d’une moyenne pondérée de 5 minutes par liste, la totalité du temps d’antenne sera de 235 minutes soit environ 4 heures de diffusion radiotélévisée.
Au regard de ces difficultés exposées ci-dessous et qui sont loin d’être exhaustives, que faire ?  Le report est même agité dans certains cercles mais personne ne veut  l’assumer. Des solutions sont possibles si tant est que la volonté existe. C’est la classe politique dans son ensemble qui est aujourd'hui interpellée. Doit t-on aller dans ces conditions aux élections avec les risques d’une organisation chaotique dans un contexte de tensions politiques et de rupture du dialogue entre le pouvoir et l’opposition sur le processus électoral avec des conséquences imprévisibles ? Ou doit t-on mettre les ego de côté, ne pas se voiler la face et engager des concertations plus qu’urgentes afin de trouver des solutions qui nous permettent  d’aller à ces élections dans des conditions de sérénité et de transparence gage d’une bonne tenue du scrutin ? Nous sommes à la croisée des chemins ; de la gestion intelligente d’une telle situation dépendra pour beaucoup la maturité démocratique tant chantée dans notre pays.
Ababacar FALL
Spécialiste des questions électorales
Secrétaire général du GRADEC
Vendredi 16 Juin 2017
Dakaractu



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