Qui pour entendre? (Par Amadou Tidiane Wone)


" كُنتُمْ خَيْرَ أُمَّةٍ أُخْرِجَتْ لِلنَّاسِ تَأْمُرُونَ بِالْمَعْرُوفِ وَتَنْهَوْنَ عَنِ الْمُنكَرِ وَتُؤْمِنُونَ بِاللّهِ ﴾

(kountoum khayra ‘oummatin ‘oukhrijat li n-Nâs ta’mouroun bi l-ma`rôufi wa tanhawna `ani l-mounkari wa tou’minôuna bi l-Lâh)

ce qui signifie : 

"Vous êtes la meilleure communauté, vous ordonnez le bien et interdisez le mal et vous croyez en Allâh "

 [sôurat ‘Ali `Imrân , verset 110]

 

Il est communément admis que nous serions 95% de musulmans au Sénégal. Au vu du désordre ambiant dans notre pays et, relativement à l'application des principes et recommandations de cette belle religion, on peut s'interroger sur la fiabilité de ce taux!

Nous devons en effet à la vérité de constater que  l'éthique musulmane, dans sa lettre (Le Coran) comme dans son esprit (le modèle Prophétique) ne semble point diffuser dans les comportements de la majorité de nos concitoyens. Le verset coranique, ci-dessus, décrit une communauté musulmane comme étant celle dont les membres s'ordonnent mutuellement le bien. Ils s'interdisent également de commettre des actes nuisibles à l'harmonie et au bien-être de l'ensemble de la société.

 Où-en sommes nous? Non seulement au Sénégal mais dans l'ensemble des pays se disant musulmans à travers le monde? 

 

Mais restons dans notre pays! Pour y constater, encore une fois, l'indiscipline généralisée, le culte abusif du paraître et l'idolâtrie du plaisir des sens, l'appât du gain facile et l'usage sans états d'âme de moyens illicites pour y parvenir. Tous les jours la presse se fait l'écho de ces comportements outranciers qui finissent par des drames. La banalisation de ces outrances , au point de les verser dans la normalité, est un signe évident de la décadence d'une société. Il est donc largement temps de s'arrêter un peu et de poser un regard aiguisé sur les travers de la société sénégalaise. Pour  ne pas rester trop aérien choisissons, pour illustrer notre propos du jour, deux phénomènes en vogue par les temps qui courent:  la transhumance en Politique et, fait nouveau, le discours identitaire.

 

En pleine campagne électorale pour les élections législatives du 30 juillet prochain, des personnalités, investies sur des listes concurrentes, les ont quittées pour rejoindre la majorité présidentielle. Chacun est libre de ses choix. Mais il est étonnant que la Politique soit réduite, à ce point, à des convenances personnelles et à un jeu de chaises anglaises! En effet, l'explication  généralement servie pour légitimer de tels revirements est tirée par les cheveux. Déclaration solennelle :" je quitte la liste X pour rejoindre le Président de la République parce que j'ai été mis (e) à une position dévalorisante (comprenez d'inéligibilité) dans la liste des futurs députés que je quitte.  Suite à une rencontre avec Monsieur le Premier Ministre (ou Monsieur le Président de la République) organisée par untel, j'ai décidé de battre campagne pour la majorité présidentielle." 

 

Cette tirade, devenue quasi rituelle, est le mot de passe consacré pour le passage du camp de l'opposition à celui du Pouvoir. En l'examinant de près on y retrouve tous les ingrédients qui minent la classe politique sénégalaise. 

Les intérêts personnels passent avant tout: puisque je n'ai aucune chance de devenir député ici, je vais aller voir ailleurs!  Pour ce faire on nous dit: "Suite à une rencontre avec le Premier Ministre organisée par untel j'ai décidé de batte campagne pour la majorité présidentielle" . Cette phrase révèle le rôle joué, dans les coulisses, par les courtiers de l'opprobre et les acheteurs de conscience. Ils se recrutent, malheureusement,  jusque dans les familles dites religieuses dont les domiciles abritent des ballets nocturnes aboutissant, le lendemain, à ces déclarations solennelles! La "démocratie" à la sénégalaise a des voies de contournement insoupçonnés! Ces mécanismes méritent une analyse fine et objective. La morale y est souvent absente. Des arguments financiers ou la promesse de postes de responsabilités sont les moyens, le plus souvent mis à contribution, pour circonvenir les recrues potentielles. Le tout enrobé dans un discours moralisateur pour anesthésier les regrets et juguler les remords.  À dire vrai, la multiplication des partis et organisations politiques favorise la montée des enchères. Le mercato souterrain, hors la vue des électeurs, défigure  le "jeu démocratique". La perte sèche pour la Nation est incommensurable. Des milliards sont en effet dépensés pour financer un jeu politique pipé par des initiés! Ces sommes auraient pu financer l'Education, la Santé ou le développement de l'agriculture. Sous ce rapport, il est urgent de redéfinir les priorités de notre Nation!

 

Enfin, au fur et à mesure que se déroule la campagne électorale, le discours devient plus violent. Il ne porte pas sur les programmes ni sur les Visions. Il s'articule sur les "haines" interpersonnelles et les règlements de comptes. Il fait appel à des ressentiments et titille des sentiments identitaires. Des mots nouveaux surgissent dans le langage des politiciens et essaiment dans les propos du commun des sénégalais. Ces mots, relatifs aux ethnies et au régionalisme, sont corrosifs. Une fois incrustés et banalisés dans le discours public, ils œuvrent à notre insu à détruire ce que des générations d'hommes et de femmes ont eu le cœur à construire.

Et cela est criminel! Qui n'a entendu les propos insidieux sur les "dérives ethnicistes" supposées ou avérées d'ailleurs? Qui ne ressent les mêmes dérives dans les discours consécutifs aux événements malheureux du stade Demba DIOP. Qui n'entend, ça et là des propos allusifs sur ces mêmes registres?

 

Au regard de tous ces dangers qui se révèlent dans la dernière ligne droite qui mène au 30 juillet et, relativement au verset qui articule ma réflexion, force est de constater que notre pays manque cruellement de voix qui sachent rester à équidistance des forces politiques pour  ramener les uns et les autres à l'essentiel : la survie et la permanence de notre Nation, UNE et INDIVISIBLE. 

 

Je le redis encore une fois. Dans ces moment-là, une voix faisait toujours la différence. Celle de Serigne Abdoul Aziz SY Dabakh. Le Sage de Tivaouane qui s'adressait au cœur de tous les citoyens de ce pays. Sans distinction de religion, encore moins de confréries. Il nous a laissé des heures de sages paroles qui apaisent et éclairent. Prenons le temps du recul et de l'écoute. Aucune ambition d'où qu'elle vienne ne vaut la Paix et l'harmonie de nos communautés pétries, au cours des siècles, dans le culte de l'amour du prochain par le cousinage à plaisanterie et des mécanismes de fraternité sociale d'une sophistication qui nous dépasse. Retournons boire à la source et conjuguons nos efforts afin que la graine ne meurt... Je lance cet appel pressant à tous ceux qui entendent les non-dits et comprennent les murmures pervers des destructeurs. 

 

Alors ! Quelles voix pour s'élever et dire à tous les pêcheurs en eaux troubles: silence! 

Vous ne nous mélangerez pas! 

 

Amadou Tidiane WONE

woneamadoutidiane@gmail.com

Dimanche 23 Juillet 2017
Dakar actu



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