Qui du FMI ou de Macky Sall devrait-on croire ?


Qui du FMI ou de Macky Sall devrait-on croire ?

Dans sa déclaration du 31 décembre 2015, le Chef de l’État Macky Sall a annoncé l’imminence d’une croissance du PIB estimée à 6.4%. Sa déclaration a semé le doute et la controverse non seulement dans le débat politique mais aussi auprès d’institution internationale telle que le FMI. Selon cette dernière, les estimations les plus optimistes prévoient une croissance qui oscille entre 4.7% et 5% pour 2015. D’ailleurs, le ministre des finances Amadou Ba, pour rectifier le tir, a bien raison de préciser que les chiffres annoncés sont des chiffres produits par nos institutions nationales. Nous ne cherchons pas à discréditer ces institutions, mais nous voulons seulement clarifier le débat et édifier les citoyens sénégalais sur cette controverse qui suscite de nombreuses interrogations.  Aujourd’hui, au lendemain de cette déclaration, la question fondamentale qui se pose est  suivante : les chiffres annoncés par le Chef de l’État sont-ils vraiment crédibles ?

Nous ne doutons pas une seule seconde du professionnalisme de nos experts qui travaillent dans nos institutions nationales telles que la Direction des Prévisions et des Etudes Economiques (DPEE) et l’Agence Nationale des Statistiques et de Démographie (ANSD), mais l’approche méthodologique et douteuse du Chef de l’État pose problème. Pour rappel, dans l’élaboration du contenu du Plan Sénégal Emergent (PSE), le Chef de l’État lui-même avait sollicité l’expertise d’institutions internationales, en moyennant plus de 2.5 milliards de FCFA comme rémunération. Cette approche laissait croire que lui-même accordait une attention et confiance particulières aux institutions internationales, plus particulièrement le FMI et la Banque mondiale qui, par leurs experts et délégués, ont contribué à l’élaboration dudit document final. Dans ce contexte marqué par des déclarations aussi contradictoires et douteuses, nombreux sont les Sénégalais qui s’interrogent légitimement sur le bien-fondé de ces chiffres.

Pendant ce temps, nous préférons consacrer notre analyse aux réalités socio-économiques dans lesquelles vivent la quasi majorité des sénégalais. Même si au premier trimestre 2015, le Sénégal a atteint son taux de croissance le plus élevé depuis 2008 (4.7%), avec notamment le secteur des services qui a enregistré une croissance de 5.6%, les autres secteurs tels que le secondaire et le primaire ont été en-deçà des prévisions. Le bâtiment, considéré comme le fer de lance du secteur secondaire, a certes enregistré une reprise avec une croissance de 4.9%, mais reste encore insuffisant pour soutenir l’ensemble du secteur. L’irrégularité des précipitations dans certaines zones a de nouveau entraîné des récoltes inférieures aux attentes, dont un fléchissement de 20 % de la production de céréales non irriguées, même si la production de riz a progressé de 28 %.

Le constat général durant ces trois dernières années est que la conjoncture économique a renforcé la vulnérabilité et accentué les disparités, tant sur le plan économique que social, entre villes et ruraux. D’après la banque mondiale, l’insécurité alimentaire touche 30 % des ménages ruraux, chez lesquels la prévalence de la pauvreté atteint plus de 55 %. Les disparités géographiques restent cependant très prononcées : deux habitants sur trois vivent dans la pauvreté dans les zones rurales, et en particulier dans le sud du pays, contre un sur quatre à Dakar. En outre, les résultats de la dernière enquête sur la pauvreté réalisée auprès des ménages font froid au dos. Elles montrent que plus de 47% des Sénégalais vivent dans la pauvreté. L’incidence de la pauvreté n’a baissé que de 1.8% durant ces trois dernières années, tandis que le nombre absolu de pauvres a augmenté, pour atteindre plus de 6 millions de personnes.

 Monsieur le président, dans une telle situation, marquée par une détérioration récurrente des conditions de vie des populations, au point de faire figurer le Sénégal dans le cercle réduit des 25 pays les plus  pauvres au monde, et un taux de chômage qui frôle les 20% chez les jeunes, les Sénégalais aimeraient comprendre par quelle magie et par quels mécanismes nous en sommes à une croissance de 6.4%. En dépit d’une communication gouvernementale mensongère et manipulatrice, la situation est têtue, le Sénégal s’enfonce dans la pauvreté. La  Jeunesse pour la Démocratie et le Socialisme (JDS) se démarque des chiffres gonflés par le gouvernement. La manipulation des chiffres ne garantit pas un second mandat. Le bulletin  de santé de notre économie nationale est peu reluisant.
Jeunesse pour la Démocratie et le Socialisme (JDS).

Mercredi 20 Janvier 2016
Dakar actu




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