Quelle vision santé pour nos candidats-présidents ?


Quelle vision santé pour nos candidats-présidents ?
La première ressource d’un pays, c’est l’homme ; la première ressource de l’homme, c’est la santé. Donc mathématiquement, la logique de la transitivité fait de la santé la première ressource d’un pays. Ainsi le volet santé doit être au cœur des « programmes ». Malheureusement en matière de santé, un programme est insignifiant par rapport à un élément fondamental: la vision.

Le contexte

L’Afrique en général a le paradoxe de conjuguer une faiblesse des ressources et un besoin en santé important. Le ratio entre personnel de soin par population est l’un des plus bas dans le monde, loin des normes considérées comme acceptables par les instances mondiales de la santé. Nos systèmes de santé composent avec la rareté, la pénurie, le manque et le résultat se traduit par une comptabilité macabre qu’ils peinent même à évaluer. La mortalité liée à la pathologie n’est pas sans rappeler les contextes de guerre, tant qu’en période de guerre, la caractéristique essentielle restent le taux élève de mort et de blessés ; ici on a bien l’impression que l’univers africain est en proie a une guerre franchement meurtrière et serait engagé dans un conflit dont l’ennemi serait la maladie et les facteurs morbides et de mort de tout genre. Dans ce conflit ou guerre, notre continent ne l’a peut-être pas déclaré mais lui est plutôt déclarée et elle y est engagée avec des troupes en sous effectif, sous équipées, largement sous entrainées si on se réfère au nombre important d’ agents non qualifiés. Autant dire que la « guerre est perdue d’avance ». Malheureusement aucune sortie autre que le combat n’est possible, car il s’agit d’une guerre cruelle qui touche à ce que notre société a de plus sensible à savoir la femme, facteur de renouvellement mais aussi les enfants son avenir. Même si le combat s’impose et « est perdu d’avance », il faut le mener en sachant que cette fois il faut faire une guerre intelligente, c'est-à-dire qui fera appel à des moyens novateurs. Renforcer le potentiel effectif n’est pas forcément à la portée de nos pays qu’un autre ennemi n’a pas fini d’agresser : son nom la pauvreté. Même ailleurs, notamment dans les pays dits riches, un potentiel offensif performant a fini de montrer ses limites face aux agressions de la maladie. L’implication des diplomates est nécessaire pour négocier.

Qui dit maladie ou guerre pense mort et qui dit santé pense vie. Au registre des calamités, guerre et épidémie ont tristement marqué l’humanité.

A l’instar de l’Organisation des Nations Unies (ONU) qui, au sortir des tristement célèbres grandes guerres, a compris tout le sens de la paix et qu’elle entend préserver par la diplomatie, Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a fini par comprendre à l’école des grandes épidémies qui ont ravagé une bonne partie de l’humanité que la meilleure option santé est le choix du bien-être (même si nous sommes parfois contraints de nous contenter du « mieux-être » (la philosophie du « taané » en oulof)).


Le concept :

Pour pouvoir dérouler un bon programme de santé, le candidat doit faire l’effort d’avoir une bonne conception de la santé au sens large du concept. Un programme n’étant que l’opérationnalisation d’une vision, donc un bon programme ne saurait émaner d’une mauvaise vision. Pire, force est de constater que plusieurs programmes dit de « santé » ne sont en fait que des programmes de maladie, théorisés en toute évidence soit à partir d’une absence totale de vision santé ou d’une approche santé parasitée par la maladie. La santé est à la maladie ce qu’exactement la paix est à la guerre. La comparaison n’est pas exagérée. Elle est exacte. En effet qui dit paix dit bien-être or l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) définit, depuis 1946 dans le préambule de sa constitution,
la santé comme « un état de bien-être total physique, social et mental de la personne. Ce n'est pas la simple absence de maladie ou d'infirmité ».

Cette approche consacre un changement de paradigme, une révolution conceptionnelle. L’ancienne conception de la santé comme étant l'état contraire de la maladie est atteinte de péremption. S'occuper de l'accès à la santé cesse de se limiter à lutter contre les maladies.

Cette approche de l’Organisation Mondiale de la Santé soulève deux notions fondamentales :

- la santé comme «un état de bien-être physique, mentale, psychique ». N’est-il en paix, nous faisons allusion à cette paix intérieure, celui qui est bien dans son corps et dans son esprit ?

-Et la définition ne s’arrête pas là. Elle précise en plus une seconde notion, à savoir que santé ne veut pas dire « seulement absence de maladie ». Dès lors qu’ « absence de maladie » ne signifie pas obligatoirement « santé », est-il stratégiquement judicieux faire l’option politique de recentrer l’approche santé sur l’approche maladie ?

Cette question est tranchée depuis plus de deux décennies, soit en 1986, par l’OMS à travers la Charte d’Ottawa note que « la prévention et les soins ne sont pas les seuls moyens au service de la santé, il y a aussi : les lois, les règlements, les orientations politiques en environnement, aménagement du territoire... La santé de la population devient une responsabilité collective ».

Cette Charte d’Ottawa consacre un concept nouveau, mais déjà vieux de plus de 25 ans et qui peine à naitre sous nos cieux: la Promotion de la Santé.






Promotion de la santé : base de toute politique de santé viable mais dont la traduction opérationnelle est génétiquement viciée

La Promotion de la Santé (PS) constitue à ce jour un concept qui a besoin en réalité d’une…promotion. Il est temps de faire la promotion de la Promotion de la Santé, tant ce terme est mal compris. Pour beaucoup, la PS se résume à une activité de communication sur la maladie ; ce qu’elle est loin d’être. Malheureusement cette perception en est la plus répandue et plombe les chances de réussite de beaucoup de nos programmes de santé. Contrairement à la Prévention qui agit sur les facteurs de risque de la maladie, la PS s’attaque aux déterminants de la santé. Ici est le nœud de la grande révolution. Par déterminants, on entend: l’environnement, les modes de vie, la biologie et le système de santé.

Une politique de santé viable est donc obligatoirement orientée sur les déterminants de la santé. Malheureusement beaucoup de programmes politiques de santé sont centrés presque exclusivement sur le Système de Santé (hôpitaux, centres de santé, médicaments, soins, gratuité, personnel médical…) qui représente qu’un maillon du dispositif Santé. Même dans les pays avancés, le Système de Santé a fini d’apporter les preuves de ses limites. Opter d’y consacrer l’essentiel des ressources physiques, intellectuelles et matérielles allouées à la santé pourrait relever d’un mauvais choix politique. Ainsi il est temps qu’en Afrique que les Ministère de la Santé cessent d’être des ministères de la maladie et de la prévention des maladies. On parle santé mais on réfléchit et agit maladie. Le temps de la Promotion de la Santé a sonné.

La Promotion de la Santé « c’est le processus qui confère aux populations les moyens d'assurer un plus grand contrôle sur leur propre santé et d'améliorer celle-ci. Cette démarche relève d'un concept définissant la santé comme la mesure dans laquelle un groupe ou un individu peut d'une part, réaliser ses ambitions et satisfaire ses besoins et, d'autre part, évoluer avec le milieu ou s'adapter à celui-ci. La santé est donc perçue comme une ressource de la vie quotidienne, et non comme le but de la vie. Il s'agit d'un concept positif mettant en valeur les ressources sociales et individuelles, ainsi que les capacités physiques. Ainsi donc, la promotion de la santé ne relève pas seulement du secteur sanitaire : elle dépasse les modes de vie sains pour viser le bien-être …..Les conditions et les ressources préalables sont en matière de santé : la paix, un abri, de la nourriture et un revenu. Toute amélioration du niveau de santé est nécessairement solidement ancrée dans ces éléments de base ».

La Promotion de la Santé vise l'égalité en matière de santé.





Programme santé : attention aux approches mal ciblées, mal articulées, avec absence de documents de suivi et d’évaluation

Une approche maladive de la santé est véhiculée par le candidat qui, dans un automatisme routinier, limite sa vision « santé » autour d’ « augmenter les structures de santé, recruter un personnel de santé en nombre suffisante, distribuer des médicaments en quantité suffisante, distribuer des moustiquaires partout, rendre gratuit les moustiquaires…. »

Ces offres politiques apparemment alléchantes sont parfois d’opportunité et de bénéfices douteux. Par contre un programme de lutte contre la pauvreté, un problème d’habitat social, un programme de construction des infrastructures, sont de véritables programmes de santé.

Ainsi nous affirmons avec force que le programme HLM est un programme santé. Il en est de même que le projet jaxay et tous les programmes sociaux d’habitat. Le plan jaxay est la meilleure réponse au paludisme et à la tuberculose. Et pourtant à priori, c’est un programme d’habitat social. Dans une approche maladie, la santé est un objectif. Dans un modèle santé, la santé est une ressource. Ainsi en faisant une étude comparée sur les indicateurs de différentes maladies entre la cité jaxay et les cité originelles, inondées, on noterait en tout évidence une baisse significative de prévalence (avec ou sans moustiquaire) du paludisme, de la tuberculose, … en plus du bénéfice du mieux-être. L’objectif initial déclaré de mettre ces populations dans un cadre de vie sain est conforté à l’atteinte d’une meilleure santé. Cet exemple d’approche, au-delà de toute considération partisane doit être capitalisée et généralisée. C’est illustrer ici le rôle capital d’une intervention politique sur un déterminant de la santé, à savoir l’environnement et dont le résultat certain est une meilleure santé. Cette notion environnementale présente deux dimensions : l’environnement organique et fonctionnel… dont il est important de faire une bonne lecture pour bien cibler l’action politique.

Ainsi ces approches mal ciblées sont faciles à énoncer, mais difficiles à réaliser car ne comportant la nécessaire préalable non pas du constat mais de l’analyse quantitativement argumentée.

Une approche santé bien étudiée doit être articulée autour d’éléments objectifs universellement admis. A un niveau politique aussi élevé que l’échelon présidentiel, donc de conception, de décision et d’orientation de politiques, l’approche doit être portée par avant tout par une VISION. Par conséquent, elle doit être motivée par DES INDICATEURS D’IMPACT. L’espérance de vie devient intéressante comme point d’analyse. La mortalité ne saurait être en reste. L’espérance de vie demande une analyse et une appréciation à partir desquelles un ou des projets politiques avec incidences économiques, sociales, devront émerger. Notre espérance de vie tourne autour de 60 ans…

Les indicateurs que sont la mortalité et morbidité sont les points nodaux dans la grille de lecture d’un projet présidentiel de santé de tout candidat-président. La référence aux Objectifs du Millénaire et du Développement (OMD) obéit à une cohérence politique car ces objectifs sont avant tout des engagements politiques qui lient notre nation à la communauté mondiale dans un délai déterminé de tout au plus trois ans : 2015, date-butoir. Et l’élu aura avec son équipe à présenter et défendre les avancées et les solutions aux obstacles sur la voie des OMD. C’est pourquoi il parait évident que pour ces jouxtes électorales, le candidat devra clairement donner son point de vue sur les OMD de 1à 8, les évaluer, donner des arguments pour les booster s’il les trouve insuffisants. Malheureusement ces OMD sont abordés, s’ils le sont déjà, avec des expressions aériennes du genre « atteindre des OMD » sans dire comment spécifiquement. Ainsi il serait intéressant de partager sur les points de vue et stratégies de l’atteinte de ces OMD, dont par exemple le 5 sur la réduction de la mortalité maternelle de 3/4 qui est un enjeu économique, social, en dehors des préconisations classiques de recruter en nombre suffisante les praticiens et relever le plateau technique…. Il pourrait en être de même pour tous les OMD dont les 4,5 et 6 sont appelés à tort OMD santé. En fait on devrait les appeler OMD maladie. Il existe une relation mathématique fortement négative entre la santé et la pauvreté et un lien arithmétique fortement positif entre la pauvreté et la maladie, même si les coefficients restent à déterminer. Cela nous amène à nous poser la question à savoir s’il est possible d’atteindre durablement l’objectif 4 , 5 ou 6 sans le 1 ou2 ; dans une vision sectaire de politique de prévention, on peut y croire, mais si on chante victoire très tôt on risque de déchanter avant le dernier refrain car dans une approche globale de Promotion de la Sante au sens de l’OMS, ceci est difficilement envisageable.

Il est par ailleurs important d’annexer un volet de suivi évaluation. Il permet de distinguer un programme cohérent d’une feuille de prières, de vœux pieux, de bonnes intentions d’un citoyen envers ses concitoyens. Cela suppose une démarche normée, c'est-à-dire précisant combien, quand, comment et où ? Cela, après le justificatif du pourquoi qui obéit à la logique « besoin-offre » comme le meilleur schéma de l’offre politique.

Aujourd’hui, les donnes ont beaucoup évolué depuis les conclusions de la brillante Commission de l’OMS sur les Déterminants Sociaux. L’atteinte d’une meilleure santé rend nécessaire pour toute politique de santé une intégration des déterminants sociaux et un ciblage des inégalités sociales en santé.

« Combler le gap» du retard … et maintenir le cap du progrès, tel est le double défi de nos laboratoires politiques. Le relever demande des initiatives et de la stratégie, mais la stratégie la mieux partagée, ce n’est pas justement l’absence d’initiatives. Mais d’initiatives novatrices !

Dr Cheick Atab BADJI

Gynécologue-Accoucheur

Project Manager

Master(c) en Suivi et Evaluation en

Programmes et Projets de Santé

Lauréat en Promotion de la Santé

Email : cabinetgynecologie@yahoo.fr
Vendredi 10 Février 2012
Dr Cheick Atab BADJI




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