Quelle lecture sur un G5 sahel sans le Sénégal ?


Quelle lecture sur un G5 sahel sans le Sénégal ?
Depuis quelques jours le Groupe de 5 pays du Sahel (G5 Sahel) est au-devant de la scène. Sa « force régionale contre le terrorisme » est lancée le dimanche 2 juillet 2017, en présence du Président français Emmanuel MACRON. Le G5 Sahel est créé  le 6 février 2014 à Nouakchott ; il regroupe la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad (Secrétariat permanent). L’absence du Sénégal dans cette dynamique de coopération régionale pour faire face aux défis sécuritaires, politiques et économiques a suscité beaucoup d’interrogations de la part de certains observateurs et même indignation des autorités au plus sommet de l’Etat. Peut-on parler des questions sécuritaires au Sahel sans le Sénégal ? Quel regard le Sénégal doit-il porter sur ce cadre régional ?
Le défi sécuritaire est l’une des plus grandes problématiques à laquelle la communauté internationale doit faire face. La menace terrorisme plane partout, aucun pays n’est à l’abri. C’est pourquoi, la lutte anti-terroriste exige une franche collaboration et une solidarité agissante entre toutes les nations. À cet effet, l’initiative du G5 Sahel est très salutaire, mais l’absence du Sénégal reste très surprenante.
Le Sénégal est un pays du Sahel, qui dispose d’une armée dont l’expertise et le professionnalisme sont reconnus par la communauté internationale. Sa participation régulière aux différentes opérations de maintien de la paix, depuis 1960,  sous l’égide de l’ONU ou de la CEDAO, en est l’illustration la plus parfaite. Actuellement, dans le cadre de la Mission Multidimensionnelle Intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation au Mali (MINUSMA), le Sénégal est l’un des principaux contributeurs. Sa stabilité politique, le rayonnement de sa diplomatie, ses efforts en faveur de la paix et de la sécurité sont également autant de facteurs qui réconfortent sa position de leader au Sahel. C’est ce qu’a compris le Président Emmanuel MACRON en décidant de consulter son homologue sénégalais, le Président Macky SALL, avant de partir à Bamako. Cet acte plein d’enseignements doit être compris par le G5 Sahel. C’est comme pour dire : sans le Sénégal le G5 Sahel manquerait de substance vitale.
En février 2017, lors du premier Sommet tenu à Bamako, marquant la réactivation du G5 Sahel, en dormance depuis sa création en 2014, comme tout le monde, j’ai eu une grande surprise face à l’absence du Sénégal. Devant une telle situation, nous devons y tirer des leçons et analyser les enjeux géopolitiques de l’heure.
Pourquoi le Sénégal n’est pas membre du G5 Sahel ? Est-il écarté pour des raisons d’une bataille de leadership régional ? Nous pensons au Tchad, qui, depuis un certain temps, déploie tous les moyens pour la quête d’un leadership régional. En outre, rappelons que, récemment notre compatriote Abdoulaye BATHILY a perdu le poste de Président de la Commission de l’Union africaine au profit du tchadien Moussa FakiMahamat.
L’absence de conflit ni de menace terroriste encore moins la question d’appartenance au Sahel ne saurait être une justification pour écarter le Sénégal de cette entente régionale.
Une chose est claire, le Sénégal doit davantage travailler à raffermir ses liens avec ses voisins, pour éviter tout isolationnisme. Cela est également valable pour tous les pays africains qui ont tendance à échanger beaucoup plus ou à développer davantage de relations avec l’Occident, au détriment d’une réelle intégration politique et économique du continent. Une cartographie des destinations de nos dirigeants pour leurs voyages et visites officiels serait très intéressante. En dehors des réunions multilatérales, les rencontres bilatérales entre pays africains se comptent du bout des doigts.
Nous ne sommes pas membre du G5 Sahel, mais nous devons, pour des raisons géopolitiques, sécuritaires, prêter attention au moindre mouvement et décision de ce groupe.
Toute décision sur des questions hautement sécuritaires et stratégiques, à mon absence, alors que nous partageons les mêmes frontières, pourrait être considérée comme une provocation voire même un complot.
 
Momath Talla NDAO
Adresse : Kaffrine
momathtalla@yahoo.fr
 
Mardi 4 Juillet 2017
Dakaractu




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