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QUELLE COMMUNICATION POUR LE MACKY?


QUELLE COMMUNICATION POUR LE MACKY ?
Tout au long des âges, la communication a joué un rôle prépondérant dans les connexions et relations ô combien diverses, heurtées et complexes qu’entretiennent les sociétés entre elles. Les temps changent, les intérêts se déplacent mais le puissant levier qu’a toujours constitué la communication n’en sera pour autant altéré. Tout ne serait-il pas alors COMMUNICATION ?
Aujourd’hui encore, plus que par le passé, le développement galopant des TICS et l’irrésistible attrait qu’elles exercent sur les masses installent la communication au centre des préoccupations dans un monde globalisé et sa maitrise devient dès lors un enjeu majeur de conquête et de conservation du pouvoir.
Aussi, ne suis- je point étonné de ce subit intérêt des tenants du pouvoir actuel sur sa communication, cataloguée à tort ou à raison de désastreuse. En effet à l’épreuve du pouvoir, l’équipe du président Macky a tôt fait de se rendre compte de l’immense différence entre la communication de conquête du pouvoir et celle qui sied à l’exercice de responsabilités ; dans le premier cas l’objet est double en ce qu’il travaille ici sur l’acceptation et l’appropriation par les populations d’un programme mais surtout à raffermir l’image d’un candidat ; dans le second , de nature moins agressive, elle s’emploiera à rendre visible l’action gouvernementale , à rendre compte aux populations.
Apprécier la Qualité communicationnelle gouvernementale et présidentielle impose d’abord et naturellement d’en évaluer son impact chez les populations ; objectivement, il s’agira d’en déterminer sa perception auprès de ses clients. Sous le registre de la communication, la relation Etat- populations devient commerciale et met en jeu un fournisseur (l’Etat) et un client (populations). Ici la communication comme art trouve tout son sens et commande une certaine dose de subtilité car mettant en jeu un Etat émetteur, puissant et légitime et des populations réceptrices, exigeantes et souveraines. Se rappeler toujours que moins de communication n’est pas de la communication et trop de communication tue la communication.
Les canaux de communication vont segmenter le marché sénégalais en 2 types de clients aux profils et attentes distincts : le client rationnel et le client irrationnel.
LES CLIENTS RATIONNELS :
De loin très minoritaires, ils ont accès aux canaux de communication classiques et modernes : presse écrite, presse audio-visuelle, internet et surtout s’intéressent à l’actualité dans sa diversité et particulièrement politique. Ils reçoivent des médias diverses offres communicationnelles d’ici et d’ailleurs.
De par sa culture générale et son niveau d’instruction, ce type de client est naturellement infidèle, mercenaire. Le militantisme ne conditionne pas ses rapports avec l’actualité ; il réfléchit, analyse et compare. La communication officielle de l’Etat et de ses démembrements s’adresse à ce segment et s’est quoiqu’on en dise acquittée de la tache sous le magistère du président Macky. L’idée de doter d’une page spéciale juste après le JT de 20 heures sur la RTS1 le communiqué officiel du conseil des ministres est salutaire pour ce qu’elle rend ici la communication gouvernementale solennelle et impactante.
Ils pèsent peu dans l’électorat sénégalais mais ont une certaine capacité de nuisance du fait des influences qu’ils peuvent exercer sur le second type de client, l’irrationnel.

LES CLIENTS IRRATIONNELS :
Beaucoup plus nombreux, ils ne sont pas atteignables par les canaux classiques de distribution de l’information pour sensibiliser sur l’action gouvernementale. L’accès aux TICS leur fait souvent défaut et s’il leur arrive l’opportunité de bénéficier des médias, leurs intérêts sont retenus par l’actualité people, le sport (surtout la lutte), la musique bref le ludique ; ils sont plus enclins à une quête sans mesure de faits divers et se détournent de l’information politico-économique.
Majoritairement jeunes, ils ont le rythme et sont portés vers l’action et le factuel.
Ainsi, il devient utile, de se demander dès lors comment faudrait-il procéder pour leur porter la bonne information étatique seule capable de sensibiliser et convaincre régulièrement sur l’action gouvernementale.
Une approche éminemment politique peut les atteindre avec comme principal acteur le Président de la République, siège de toutes les attentes et espérances. Sa participation à l’effort global de communication contribuera pour beaucoup à la vulgarisation des projets et acquis de son attelage dont il est la vitrine. Il s’emploiera à exploiter ses atouts naturels et à transformer ses faiblesses en avantages. D’abord mieux travailler son image car c’est un avantage de présider aux destinées d’une nation essentiellement composée de jeunes en étant de leur génération. Son excellence gagnerait à s’affranchir de temps en temps des rigueurs et lourdeurs protocolaires pour adopter un style quelque peu décontracté dans le port vestimentaire, la gestuelle , le choix des mots. Il s’agit ici d’être sur la même longueur d’onde de ses clients jeunes, plutôt sur leur longueur d’onde. Se souvenir que la communication non verbale est essentielle (Ce que tu es parle si fort que je n’entends pas ce que tu dis !). Ce segment fort porteur a besoin de sentir les personnes et les faits et abhorre l’arrogance, Il fait et défait le pouvoir.
Le rôle communicationnel du président sera nécessairement appuyé et complété, non pas par des technocrates préposés à la communication gouvernementale, mais par des acteurs politiques très engagés et donc nécessairement du parti au pouvoir. Les responsables politiques et les militants devront nécessairement investir le terrain, établir un contact affectif avec les populations et surtout communiquer à la base les projets et réalisations au niveau national mais surtout local en vue de placer les solutions au plus près des besoins et attentes des clients.
Pour ne pas être long, ni davantage impertinent dans un domaine qui n’est pas forcément mien, la communication, il me parait sincère de reconnaitre qu’il est encore tôt de juger de la compétence de ces sénégalaises et sénégalais qui s’emploient au quotidien à rendre visible les actions du président et de son gouvernement.
La communication globale n’est pas désastreuse à l’heure actuelle mais elle gagnerait à être plus ciblée.
L’élément de communication, ici l’action gouvernementale, doit être attrayant, vendable et intéresser le client ; mieux il doit être senti et vécu par les populations destinatrices. Combien de sénégalais sont concernés par un recrutement à la fonction publique sénégalaise ? En quoi ces nombreux chômeurs et sans emploi qui constituent l’essentiel des clients de l’Etat, seraient –ils intéressés par une baisse de la fiscalité sur les salaires ?
Même si la communication a le don de rendre beau ce qui ne l’est pas ou vice versa (juste savoir emballer son colis), à l’épreuve des faits elle devient marginale pour les populations, qui au Sénégal, n’ont jamais élu mais plutôt sanctionné des régimes. Elles ont une capacité extraordinaire de se constituer en rempart pour dire non ! (Elections présidentielles de 2000 et 2012, locales 2009). Ainsi les élections locales à venir risquent d’enregistrer un taux record d’abstention.
Pour les joutes électorales qui suivront , inéluctablement , le Président Macky Sall devra massifier son parti politique pour laisser éclore davantage de talents à même de livrer et de remporter sur le terrain les batailles futures de la communication les plus épiques ; ce qui nécessite engagement, don de soi , renoncement , sacrifices , idéal politique qu’un simple allié ne saurait porter.
Dr Mamadou Badara Seck
mamadoubadara@yahoo.fr
BP 1519 THIES



Docteur Mamadou Badara Seck




Mercredi 20 Février 2013
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