Présidentielle française 2017 : Macron-Le Pen, un nouveau séisme

Ni les Républicains ni le PS ne seront représentés au second tour que le leader d'En marche ! aborde en tant que favori.


Un duel au second tour opposant Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Un double «21 avril» pour les Républicains et le Parti socialiste, dont les candidats ont été éliminés. Et une percée historique pour la gauche de Jean-Luc Mélenchon. La dixième élection présidentielle de la Ve République constitue un séisme sans pareil depuis 1958. «On tourne clairement aujourd'hui une page de la vie politique française», a estimé Emmanuel Macron, peu après 20 heures.

Arrivé en tête avec 23,72 % des suffrages (selon une totalisation basée sur 80 % des inscrits), le leader d'En marche! a remporté la première partie de son pari. Depuis des mois, les concurrents de l'ancien ministre de l'Économie pariaient sur l'explosion de la «bulle Macron», à l'image de ce qui était arrivé à Alain Juppé lors de la primaire de la droite. À gauche comme à droite, beaucoup considéraient que sa campagne lancée sans parti ni élu était vouée à l'échec. Mais l'entreprenant jeune homme de 39 ans n'a jamais chuté. Au contraire: l'ancien conseiller de François Hollande, qui ne s'était jamais présenté à une élection, vire nettement en tête et se présente comme le favori du second tour, le 7 mai, face à Marine Le Pen.

La présidente du Front national a réuni 21,91 % des suffrages, selon le décompte provisoire du ministère de l'Intérieur, et recueille 7,2 millions de voix. Elle assure l'essentiel en renouvelant, quinze ans après, l'exploit de son père, Jean-Marie Le Pen, même si son score est très en deçà de ce qu'espéraient ses proches. «Ce résultat est historique», a-t-elle cependant jugé en se présentant comme la candidate de «la grande alternance».

Les grands partis rejetés par les Français

L'autre grande surprise de ce scrutin concerne les deux partis de gouvernement qui ont façonné quasiment à eux seuls les quarante dernières années de la vie politique et qui se voient rejetés par les Français. Pour les Républicains, la sanction est inédite: jamais la droite n'avait ainsi échoué dans l'élection principale de la Ve République. Avec 19,92 % des suffrages, François Fillon ne parvient pas à se qualifier et perd l'élection que tous à droite jugeaient comme imperdable il y a trois mois encore.
La responsabilité est écrasante pour le vainqueur de la primaire de novembre qui a choisi de se maintenir coûte que coûte quand certains de ses amis le pressaient de se retirer au plus fort de la polémique sur les emplois de son épouse et de ses enfants. «Cette défaite est la mienne et c'est à moi, et à moi seul de la porter», a reconnu l'ancien premier ministre à 20h45. Reste à savoir si le parti sera capable de maintenir son unité en attendant les législatives de juin ou si une guerre de succession sera engagée dès cette semaine. La première épreuve sera celle des consignes qui seront données aux électeurs avant le second tour.

Depuis plusieurs mois, les socialistes redoutaient un nouveau 21 avril, quinze ans après l'élimination de Lionel Jospin au premier tour de la présidentielle de 2002. Pris entre Jean-Luc Mélenchon, qui a préempté le créneau de l'opposition de gauche à l'exécutif, et Emmanuel Macron, le candidat officiel du Parti socialiste n'est jamais parvenu à redresser une campagne sans souffle et sans visibilité. Son score (6,28 % des suffrages) assure cependant au parti le remboursement des frais de campagne, une maigre consolation avant une période de règlements de comptes internes qui promet d'être sanglante.

Mélenchon ne donne pas de consigne de vote

Dans cette entreprise, le PS pourrait craindre Jean-Luc Mélenchon, qui a réalisé dimanche soir un score historique. L'ancien ministre socialiste est parvenu à siphonner largement l'électorat de François Hollande en 2012 et a réuni un total provisoire de 19,23 % des suffrages. Mais cette performance n'a pas semblé le satisfaire outre mesure et c'est un candidat visiblement très agacé, contestant les estimations des instituts de sondage, qui a pris la parole dans la soirée. Surtout, il a refusé de prendre position dans la perspective du second tour, renvoyant dos à dos Emmanuel Macron et Marine Le Pen et confiant à ses soutiens la responsabilité de définir une ligne à suivre. Un choix qui risque de mettre à mal la cohésion de son mouvement et ses accords avec le PCF.

Aucun des six autres candidats en lice au premier tour ne serait parvenu à passer la barre des 5 %. Nicolas Dupont-Aignan échouerait de quelques milliers de voix. Le président de Debout la France a expliqué qu'il réunirait «en début de semaine les instances» de son parti pour décider d'éventuelles consignes de vote. Jean Lassalle (1,26 %), François Asselineau (0,9 %), Philippe Poutou (1,1 %), Nathalie Arthaud (0,66 %) et Jacques Cheminade (0,2 %) sont éliminés.

Macron largement favori pour le second tour

Issus des rangs de la droite comme de ceux de la gauche, les appels à voter Emmanuel Macron se sont multipliés tout au long de la soirée. Dès les premières estimations connues, le premier ministre, Bernard Cazeneuve, a demandé «une position claire et forte de tous les républicains» et a appelé «solennellement à voter pour Emmanuel Macron au second tour de l'élection présidentielle pour battre le Front national et faire échec à son projet funeste de régression de la France et de division des Français». Alain Juppé a apporté «sans hésiter» son «soutien à Emmanuel Macron dans son duel avec l'extrême droite, une extrême droite qui conduirait la France au désastre».

Une position également défendue par l'UDI, qui qualifie Marine Le Pen de «danger absolu». De son côté, Martine Aubry a jugé sur Twitter: «Comme en 2002, tous les républicains doivent faire barrage au Front national.» À l'inverse, Christine Boutin, la fondatrice du Parti chrétien-démocrate, a expliqué: «Pour l'instant, je n'appelle pas à voter pour Mme Le Pen, mais j'attends ce qu'elle va dire dans les prochains jours.» Autre soutien de François Fillon, le collectif Sens commun refuse de «choisir entre le chaos porté par Marine Le Pen et le pourrissement politique d'Emmanuel Macron».

Les premiers sondages réalisés sur le second tour à partir de 20 heures indiquent que le leader d'En marche! est en position de favori face à la présidente du Front national. Il recueille entre 62 % (Ipsos Sopra Steria) et 64 % (Harris Interactive) des intentions de vote, contre 38 ou 26 % pour Marine Le Pen. Mais la campagne de second tour ne fait que commencer.
Lundi 24 Avril 2017
Dakaractu




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