Président Macky Sall, la zone des Niayes va disparaître (Par Daouda Gueye)


Au paragraphe 4 du communiqué du conseil des ministres qui s’est tenu le 18 Janvier 2017, nous lisons : « ( ...) le Président de la République indique au Premier Ministre l’impératif de la préservation durable des Niayes et des zones vertes de la région de Dakar, ainsi que de la mise en œuvre d’un plan spécial de réaménagement et de relocalisation de la décharge de Mbeubess, en veillant, notamment, à l’arrêt de toutes les autorisations de construction sur la zone ».
Ce souci du président Macky Sall pour la préservation de la zone des Niayes et autres zones vertes ne devrait pas surprendre.
En effet, depuis son arrivée au pouvoir en 2012, il a posé des actes qui semblaient traduire son intérêt pour l’environnement.
Le 12 avril 2013, le Président Macky Sall a promulgué le décret n° 2013-479 portant nomination des membres du Conseil Économique, Social et Environnemental. L'épithète "Environnemental" ajoutée à ce Conseil semblait attribuer à la préservation de l’environnement une place au cœur de sa vision.
En 2016, le président Sall s’est personnellement impliqué dans le référendum pour le vote des réformes constitutionnelles. La nouvelle constitution qu’il a proposée et qui a été approuvée par le peuple sénégalais, dispose, au chapitre des « nouveaux droits », en son Article 25-2. - « Chacun a droit à un environnement sain.
La défense, la préservation et l’amélioration de l’environnement incombent aux pouvoirs publics.-Les pouvoirs publics ont l’obligation de préserver, de restaurer les processus écologiques essentiels, de pourvoir à la gestion responsable des espèces et des écosystèmes, de préserver la diversité et l’intégrité du patrimoine génétique, (…)».
Et l’impératif de la préservation de la zone des Niayes n’est sans doute pas une découverte pour le président Sall qui était à la table du conseil des ministres présidé par son son prédécesseur Abdoulaye Wade lorsque sous le magistère de ce dernier, pour mettre un terme aux conséquences désastreuses du décret 82-397 promulgué par Abdou Diouf, l’État du Sénégal a initié une politique effective de protection des Niayes de la région de Dakar.
A cet effet, le Président de la République a, le 15 Avril 2002, promulgué le décret 2002-1042 qui ordonne l'élaboration et la mise en œuvre du Programme d'Actions pour la Sauvegarde et le Développement urbain des Niayes et zones vertes de Dakar (PASDUNE) et qui prescrit des mesures de sauvegarde.
Cependant, paradoxalement le 07 Avril 2016, le président Sall est venu procéder à la pose de la première pierre de l’arène nationale de lutte à Pikine, sur un site dans la zone des Niayes. Ce site accueillait des sénégalais qui y développaient la culture maraîchère.
Pendant plus de trois années, des imams, des associations de la société civile, des environnementalistes, des acteurs politiques et des riverains, se sont dressés non point contre le projet de construction de cette arène à Pikine, mais contre une autre agression de la zone des Niayes, après toutes celles qu’elle a subies depuis 1989. Malheureusement, le président et son gouvernement ont persisté dans leur volonté de réaliser ce projet en faisant fi des objections à fondement écologique.
Deux semaines avant la tenue de ce conseil des ministres du 18 Janvier 2017, une manifestation des maraîchers de cette zone des Niayes qui jouxte le technopole de Pikine, a permis d’apprendre que l’État du Sénégal a cédé un titre foncier de huit hectares de la zone à un homme d’affaires sénégalais, qui dit vouloir y développer des services de télécommunication. Et Il y a d’autres projets de construction sur la zone.
Évidemment, tout ceci est un cocktail de paradoxes et d’incohérences entre le dire et le faire du président Macky Sall. Et c’est symptomatique de sa gestion en général.
Cette zone des Niayes revêt une importance vitale aux plans écologique et environnemental. C’est le poumon vert par lequel respire la presqu’île du Cap Vert. C’est aussi un bassin de rétention naturel, réceptacle des eaux de ruissellement pendant l’hivernage et qui permet de réduire les risques d’inondation en banlieue. C’est également une zone de culture pour les maraîchers et un site de nidation pour les oiseaux migrant.
Qui peut parler de développement durable sans intégrer les aspects écologie et environnement ?
Avant l’indépendance du Sénégal, le gouvernement colonial a pris au sérieux l’importance des fonctions écologique et environnemental de la grande Niayes qui polarise Pikine, Guédiawaye, les Parcelles Assainies, Fadia, HAMO, Soprim, Patte d’Oie, Mariste, Dalifort, Yaraakh, le Technopole, l’Autoroute, la SERAS, Malika, Mbao, Lac rose, la Niaye de Thiaroye, la Niaye de Yeumbeul, etc. En effet, il avait pris une mesure pour protéger la zone des Niayes par la Loi du 26 Juillet 1952.
Ce n’est pas du cosmétique juridique et des vœux pieux exprimés en réunion de conseil des ministres, que nous attendons du président Sall. Nous voulons des actes forts pour la préservation de la zone des Niayes, notamment par son aménagement pour en faire un espace vert, une forêt urbaine comme il y en a dans toutes les grandes villes du monde.
 
Daouda Gueye de Pikine
Professeur de philosophie
Responsable du Grand parti à Pikine
davehegel@yahoo.fr
 
Samedi 25 Février 2017
Dakaractu




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