Pourquoi un 4ème opérateur de téléphonie?


Pourquoi un 4ème opérateur de téléphonie?
Lors du conseil des ministres du 07/03/2013, le président de république du Sénégal a demandé à son 1er ministre de préparer un cahier de charge pour l’arrivée d’un quatrième opérateur de téléphonie mobile.
D’après le rapport du tableau de bord du mois de septembre 2012 de l’ARTP (http://www.artpsenegal.net/telecharger/document_Tableau_de_bord_30_septembre_2012_383.pdf) le taux de pénétration du marché de la téléphonie mobile est 89,49% de la population dont les part de marché par opérateur sont : 62,9% pour Orange, 24,3% pour Tigo et 12,8% pour Expresso.
Le revenu par client en Afrique (ARPU) est très faible et baisse depuis quelques années : Il est estimé entre 10-20$ en 2006, il est entre 5-8$ en 2009 (http://www.balancingact-africa.com/node/15546) selon les pays. Cela est dû à la forte concurrence et à l’extension de la couverture réseau vers le zones rurales (généralement très pauvres en Afrique). PAS DE DONNEES sur le Sénégal dans le site de l’ARTP.
Dans un pays comme le Sénégal, il est important de regarder ce qui se passe à côté, autour de nous, dans les pays au profil à peu près similaire au nôtre et ce qui se passe chez nos références avant de faire ce genre de choix.
Tous les pays qui ont fait entrer un nouveau opérateur ont vu l’ARPU ( revenu moyen par client) diminuer. Ce qui est à priori une bonne chose pour les consommateurs. Ceci étant, qu’en est-il des capacités d'investissement des acteurs principaux des télécommunications et de l'emplois ?
En France, l'introduction du 4ème opérateur (Free) a entraîné une dépréciation de la valeur et des licenciements sans précédent chez Bouygues (865 postes supprimés) et SFR (1300 postes supprimés). Ceci n’est que les pertes directes d’emplois. Pas de chiffres pour FREE, quels sont les emplois créés par FREE ? Tout industriel est fier de montrer les emplois qu’il crée en ces temps de crises, surtout quand c’est 2000 en direct.
L’ARPU est passé de 24,1€ à 21,6€ en neuf mois de présence de FREE, soit plus 10% de baisse : http://www.arcep.fr/index.php?id=36
L'état est obligé de lever le pied sur la réglementation et de diminuer les taxes perçues, et le ministre du Redressement productif (Arnaud Montebourg) de dire que cette 4ème licence a été introduite sans prendre en compte l’impact sur l’emploi.
L'Angleterre, le 1er pays à avoir fait ce choix, était obligé de regarder la consolidation se faire avec de l'outsourcing et un mariage entre Tmobile et Orange qui a donné EE (EverythingEverywhere) et Idem entre Vodafone et O2. Ces joint-venture sont la solution à la survie de ces opérateurs dans ce pays. Ces actions permettent aux acteurs des télécoms de minimiser leurs investissements et de rationaliser leurs coûts, en d’autres termes, ils ne vont pas créer des emplois. Cela montre juste que l’ouverture d’un marché doit obéir à des règles bien plus profondes que la baisse des prix pour les consommateurs.
Les opérateurs les plus innovants et créateurs valeur se trouvent dans des pays qui ont au maximum 3 opérateurs ( USA, Chine, Japon). Ce sont ceux qui recrutent en période de crise tout en investissant massivement sur la 4G tout en influençant les choix de constructeurs de mobiles. Cela se voit, car en Europe les régulateurs sont confrontés à des problèmes de gestion des fréquences allouées en 2G particulièrement sur la bande 1800. Les américains utilisent cette bande pour faire la 4G et Apple a sorti l’Iphone 5 qui est compatible 4G sur cette bande, alors qu’en Europe celle-ci est utilisée en 2G. Les Anglais (EE) ont négocié pour introduire la 4G sur cette bande là et Bouygues vient d’avoir l’autorisation par l’ARCEP d’émettre sur cette bande en 4G à certaines conditions. Les opérateur européens font ça, pas par ce que les américains l’ont fait, mais plutôt parce que cela leur permettra de ne pas trop investir. Avec les fréquences 2G, la couverture est là et il faut juste changer quelques éléments réseaux. C’est beaucoup plus facile que déployer un nouveau réseau et surtout moins onéreux.
Tous les pays africains qui ont plus de 3 acteurs dans le mobile ( car le fixe est quasi inexistant) subissent les conséquences désastreuses de ces choix (Guinée, Niger, Côte d’Ivoire, RDC…). Au Kenya, l’introduction d’un 4ème acteur a fait baisser l’ARPU jusqu’à 2,67$ pour certains opérateurs en 2008. En Afrique, l’arrivée d’un 4ème acteur dans le mobile ne peut pas aider à donner une impulsion au développement économique. Cela permet souvent des opérations de blanchiment d'argent, déstabilisation négative du marché de l'emploi, et entraine immanquablement la mort des fleurons de l'industrie des télécommunications et une incapacité d’investir des acteurs présents sur le marché ce qui induit un service rendu de très mauvaise (LOW COST) qualité aux populations. Ce qui me pousse à me réflexion suivante : Dans lequel de ces pays attendons nous parler de déploiement 4G, de FTTH ou de VDSL ?
Pour un pays aussi pauvre que le nôtre, avec un marché très faible ( 10 891 625 utilisateurs, soit 89,49% de la population en septembre 2012), il faut plus consolider la réglementation et l'exigence de qualité avec des objectifs d'investissements des acteurs.
Les opérateurs ont des licences globales (fixe, mobile, WIMAX). Il faut une forte pression permanente pour qu'ils consentent à exploiter la totalité des droits et engagements stipulés dans leur licence.
Tout d'abord sur l'internet il n’y a que l’opérateur historique qui offre de l’ADSL, ce qui n’est pas normal. Que font les autres de la partie fixe de leur licence ?
La qualité de service est peu enviable pour tous les opérateurs au Sénégal. Quels sont les moyens mis en œuvres pour vérifier la qualité du service rendu, à part les n° verts ? C'est à se demander à quoi sert l'ARTP.
Pour le futur entrant dans le marché de télécoms au Sénégal, qu’il soit puissant (MTN, VODAFONE, ATT, NTTDOCOMO…) ou pas, il n’investira pas beaucoup d’argent pour un potentiel de 10 millions clients largement entamé par un opérateur historique bien assis (SONATEL). Les alternatives qui se présentent à lui sont les suivantes:
• Une mutualisation avec un acteur présent (TIGO ou EXPRESSO) et attaquer sur les prix, ce qui va affaiblir tous les acteurs des télécommunications.
• Une négociation d’une possibilité d’un contrat d’itinérance avec un des acteurs déjà présent sur le marché. Il attaquera sur les prix.
Si ce contrat n’est pas encadré par le régulateur, il peut être un levier pour l’opérateur qui héberge le nouveau venu pour déstabiliser le marché à son avantage.
Quelle que soit l’option, ce serait un désastre pour l’économie du pays à moyen et long terme.
Il y a une question qui me vient à l’esprit, à quoi ça sert de se précipiter :
Il y a un litige sur l’octroi de la dernière licence (SUDATEL), Thierno Ousmane Sy est en prison pour des chefs d’accusation de corruption, de détournement de deniers public… S’il y a corruption, il y a forcément corrupteur. Qu’est ce qui est fait dans ce cas au corrupteur. Si la procédure abouti à la condamnation de Thierno Ousmane Sy et Cie, il faudra se poser la question de la régularité de la licence de SUDATEL. Cela va entrainer des négociations avec tout ce que cela comporte.
Il y a aussi le passage à la télévision numérique dans 2 ans. Les dividendes de fréquences pourront être vendues à des prix très intéressants par l'état afin que les acteurs puissent faire du LTE (4G). Cela ne sera possible que si les acteurs sont assez puissant et bien assis financièrement, car ce déploiement demande des investissements lourds.
Pourquoi le Président, Macky Sall, veut un 4ème opérateur. Il serait mieux inspirer de donner une impulsion à l’économie en élaborant une stratégie d’investissement. Mais ce n'est pas à lui de décider de l'arrivée d'un opérateur ou non, sinon à quoi sert l'ARTP encore une fois ?
L’état, à travers l’ARTP, veillerait scrupuleusement à l’application des engagements d’investissement avec une qualité de service définit en coordination avec les acteurs existants dans le monde des TIC au Sénégal. Je ne parle pas de couverture en pourcentage de Populations ou de Territoires mais de ressenti clients.
Si le Président, Macky Sall, veut faire mieux et différemment de son prédécesseur , il ne créera pas un FREE mobile comme en France ou un Cellcom comme en Guinée ni un Moove comme au Niger. Il gagnerait à consolider les acquis tout en inspirant le régulateur qui dépense des millions dans des campagnes de communication alors qu’il n’est même pas capable d’avoir un site qui donne des renseignements complets et à jour. Il ne faut pas déstabiliser l’écosystème des TIC au Sénégal pour le bonheur de quelques personnes, ce qui freinera forcement notre développement économiquement et accentuera notre gap numérique.
SVP, Président, ne faites pas des bêtises que vous pouvez éviter.
Djibril Lô




Mardi 19 Mars 2013
Notez


1.Posté par Mbinpane le 19/03/2013 10:55
Un quatrième opérateur a largement sa place au Sénégal. Il faut tout faire pour que ce 4eme opérateur soit détenu par des capitaux majoritairement sénégalais. Quand à ce contributeur à la solde de Orange avec leur 177 milliards de bénéfice annuel, si le 4éme opérateur à capitaux sénégalais parviendrait à grignoter les 50% du bénéfice de orange ceci sera déjà un pas très important pour l'émergence d'une bourgeoisie nationale sénégalaise, en lieu et place de sauver une multinationale française à la dérive en l’occurrence France Telecom. Il faut que les gens comprennent surtout ses soi_disant experts en tout et en rien qu’après cinquante ans d’indépendance les sénégalais et d'une manière générale les africains sont assez outillés pour comprendre les enjeux économiques de l'heure.

2.Posté par Xeme le 19/03/2013 11:54
Au moins voilà qui dément la vente de la 4e licence entre les deux tours. Ou bien, alors, ce mensonge est encore utile ?

3.Posté par Moooooo le 19/03/2013 12:41
On sent Orange derriere cet article

Allez au bout votre logique vous voulez que l'etat du senegal renégocie la licence de sudatel en l'accusant de corrupteur, ce qu'il n'est pas

Mais on savait pas que les autres opérateurs ont la licence sur le fixe pourquoi ils ne font pas l'adsl

le service adsl de orange est nul nul nul nul nul nul

vraiment la bande passante au sengal est nulllllllllllllllllllllllllllll

4.Posté par c le 19/03/2013 15:37
Ce quatrième opérateur existe dejà à matam et a été donné au lobby poular.C'est "ayyo".Ce pouvoir joue avec le feu

5.Posté par Capi le 19/03/2013 17:00
Il y a de la place pour un 4eme opérateur sénégalais! Macky n'aura rien à regrétter en le faisant car si cela déplait à un opérateur il na qu'à plier bagage! Nous sommes fatigués d'être "triturés" avec des coûts énormes de téléphonie. Vos bénefs sont ahurissants. Moi je mène mon propre combat, je ne téléphone qu'au strict minimum (2000 max par mois). Wala bok?

6.Posté par Realisme le 19/03/2013 19:08
Les 177 milliard de bénéfice de SONATEL comprennent les résultats du groupe au senegal au mali en Guinee Conakry et Guinee BIssau. Le 4ème opérateur ne grignotera que la part de bénéfice de l'activité au Sénégal.

7.Posté par Moi Djibril Technicien de Orange le 22/03/2013 18:39
Descriptif de Djibril lo
Poste actuel
• Responsable du pôle Optimisation de la Qualité Radio du réseau Île de France (Paris-Extra-Muros) chez Orange France
Postes précédents
• Pilote d'activité de l'optimisation Radio 2G sur la technologie Alcatel chez Orange France
• Chef de Projet DAO (Détection Analyse et Orientation) déportée chez Orange France
• Pilote CEC dans la division support international en sein de l'UPR-IDF de Orange France chez Orange France
Relations
98 relations
Expérience de Djibril lo
Responsable du pôle Optimisation de la Qualité Radio du réseau Île de France (Paris-Extra-Muros)
Orange France
septembre 2012 – Poste actuel (7 mois) Villejuif
Assurer avec une équipe de 13 personnes la définition et la garantie de l'atteinte des objectifs de qualité de service radio en 2G, comme en 3G fournie aux clients d'Orange en Île de France.
Pilote d'activité de l'optimisation Radio 2G sur la technologie Alcatel
Orange France
mars 2012 – septembre 2012 (7 mois) Villejuif
Définir et piloter l'activité des optimiseurs du réseaux afin d'améliorer la qualité de service du réseau Île de France.
Chef de Projet DAO (Détection Analyse et Orientation) déportée
Orange France
juillet 2010 – mars 2012 (1 an 9 mois) Villejuif
Mise en place d'une détection à distance des dysfonctionnements systèmes du réseau Orange Niger à partir de Orange France.
Pilote CEC dans la division support international en sein de l'UPR-IDF de Orange France
Orange France
septembre 2008 – mars 2012 (3 ans 7 mois) Région de Paris , France
Apporter un support dans les métiers de la radio aux filiales d'Orange



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