DAKARACTU.COM - Abdoulaye Baldé se jète à l’eau. Du moins dans le désert qu’il compte traverser en homme pragmatique et sincère. Monsieur «B» comme on le surnomme a 48 ans et une tête bien faite. Son parcours est une suite de responsabilités assumées. Qu’il ait été commissaire de police, Inspecteur Général d’état, Secrétaire Général de la Présidence, ou ministre des plus sérieux ministères qui soient, comme la Défense ou les Mines, Abdoulaye Baldé a traversé ces charges de la manière la plus conséquente qui soit, et sans complexe, souffrant juste dans ce pays qui aime tant les paillettes et les verbes hauts, comme on aime les tonneaux vides et bruyants, de cette espèce de transparence médiatique qui en a fait un oublié des tréteaux politiques. Ce n’est pas un tribun, il ne saurait d’ailleurs pas faire semblant d’en être un. Alors cet homme marié et père de deux enfants choisit l’action dans la sobriété, et quand il fait équipe avec Karim Wade dans la gestion des préparatifs de la conférence de l’Oci, beaucoup voient dans la génération du concret qui submerge le milieu politique traditionnel, sa propension à faire son métier dans la plus grande discrétion, qui est le soubassement de l’efficacité et de la réussite. Cette «génération du Concret» sera galvaudée pour faire place à un maelström confus d’ambitions, qui finira par une distanciation entre les deux hommes, qui furent tout de même liés par plusieurs années de travail quotidien et galvanisés par une obligation commune et solidaire de réussite. Leurs rapports seront distendus par les problèmes liés à cette gestion, dont il dit un jour qu’il ne supportait pas d’en assumer seulement le passif alors que l’actif était tressé comme lauriers sur la calvitie de son alter ego, fils du tout puissant président d’alors, Abdoulaye Wade. L’histoire s’acheva par la défaite du chef d’état sortant et lui donna l’opportunité de parfaire son chemin politique dans son terroir, à Ziguinchor, dont il est devenu maire en 2009, y terrassant le vieux baobab qu’on croyait indéracinable, Robert Sagna. Il est d’ailleurs président de l’Adm, l’association des maires du Sénégal. Est-ce là qu’il découvre les vertiges fondateur des hommes politiques, à savoir la proximité et l’adrénaline du terrain? L’appétit vient en mangeant, il prend ses distances avec le Pds, et va aux élections législatives avec la coalition Bokk Gis Gis, qui lui demande après le scrutin de rendre son mandat. Refus net et catégorique de Mister «B» qui considère à juste titre que ce serait trahir les électeurs que de renoncer à son mandat de député. Il siège à l’assemblée avec une autre élue de son parti, Khady Diédhiou. Baldé veut bien légiférer à l’Assemblée Nationale, mais cela ne suffit plus à ses nouvelles ambitions. Il veut peser sur le devenir de ce pays, au-delà de sa région la Casamance. Il passe à l’action et décide de se peser politiquement sur le plan national, convaincu que les affrontements politiques ne passent pas nécessairement par les extrêmes et les combats d’oppositions exacerbées. Il demeure convaincu que les sénégalais sont des êtres modérés et pragmatiques, que la complexité du tissu social pousse plus naturellement au consensus. Notre homme, au caractère policé et au physique rond parce qu’ouvert aux autres avec une égale politesse, crée alors son parti, l’UCS, l’Union Centriste du Sénégal, qu’il lance sur les fonds baptismaux ce dimanche 14 octobre à Dakar. Il en choisit l’emblème, étonnant mais édifiant sur ses velléités politiques et ses ambitions : le dromadaire, ou plus prosaïquement le chameau. Ce dernier est réputé pour son mauvais caractère, mais à regarder de plus près, le chameau est endurant, fidèle et ne s’égare jamais. Il a la particularité de toujours se retrouver dans le désert, et de ne jamais perdre le nord, ce qui transposé à l’homme qu’il est, signifie qu’il ne perd jamais le nord. Pragmatique et froid, nous le disions, Abdoulaye Baldé entreprendra sa longue marche vers 2014 et 2017 sans s’essouffler, en s’appliquant de rester dans son espace de liberté solitaire qui le maintient à équidistance des extrêmes : «Le Centre», sans qualificatif comme dit son alter ego français François Bayrou, qui dit que le centre ne s’accommode pas de qualificatifs comme «droit» ou «gauche». L’UCS ira à la conquête des sénégalais dans les 14 régions, avec l’ambition de faire au moins aussi bien qu’à Ziguinchor où Abdoulaye Baldé a atomisé le Pds son ancien parti, personnalisant ainsi sa victoire aux législatives. Il compte imposer sa personnalité dans le paysage politique, tout en organisant son parti autour d’idées véritablement novatrices et innovantes comme donner plus de chair aux idées de déconcentration et de décentralisation, en rééquilibrant les disparités régionales et en créant des pôles de développement structurant et en y raffermissant les liens sociaux distendus par les divers exodes. Tout un programme. Il suffit de le demander. Après le chameau comme emblème de son nouveau parti, il vous proposera sa couleur bleue, symbole de paix s’il en est, d’eau et d’union entre les peuples. C’est connu, au centre, il y a bien plus d’espace. Avec Abdoulaye Baldé, c’est sûr, il n’y en aura pas pour l’outrance.
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