Plaidoyer pour une véritable industrie touristique au Sénégal


Plaidoyer pour une véritable industrie touristique au Sénégal
Le tourisme peut contribuer à la réalisation des objectifs économiques, mais aussi sociaux et environnementaux d’une nation. Ainsi, le tourisme, particulièrement dans un pays à tradition touristique comme le Sénégal, peut avoir des effets particulièrement bénéfiques sur l’emploi et la croissance économique. Dans les pays à tradition touristique, il ne faut pas douter de l’importance stratégique d’une politique du tourisme. Il s’agit donc de garantir des conditions-cadre favorables au développement positif du secteur. Des mesures d’incitation sont nécessaires de la part de l’Etat, notamment à cause des échecs de marché et des coûts de transaction élevés dans la production et de la commercialisation touristique.
 La politique du tourisme a besoin aujourd’hui d’une stratégie claire et autonome, qui fixe des principes de planification et de développement. Ces principes doivent permettre la mise en place des conditions-cadre, et d’un véritable programme d’encouragement, stimulant et soutenant les initiatives opérationnelles de l’économie privée. Ainsi, il est impératif de soutenir l’innovation et la coopération, notamment au niveau de la promotion touristique.
Objectifs d’une  nouvelle politique  du tourisme dans le cadre du PSE
Il est primordial pour un pays comme le Sénégal d’avoir une politique du tourisme explicite. Or, dans l’intérêt de laisser jouer la concurrence librement et de laisser le marché s’autoréguler, cette politique doit se limiter à l’amélioration des conditions générales de la branche, et à l’encouragement touristique.
L’objectif premier de  cette nouvelle politique du tourisme doit être l’augmentation de la compétitivité de la destination.
La base de la politique sénégalaise du tourisme se trouve dans la conception même du tourisme. Cette conception que souligne le rapport sur les assises du secteur (2002)  a fourni les bases de la politique du tourisme durant deux décennies. Or, avec les changements technologiques et économiques de ces dernières années, il est devenu nécessaire de remodeler la politique du tourisme. La nouvelle politique du tourisme sénégalais doit impérativement  prendre en compte de nouveaux stratégies et instruments.
Stratégies de la politique touristique
1-   Créer des conditions favorables
Travailler pour une meilleure acceptation du tourisme: l’attitude de la population autochtone est un élément essentiel de la qualité du produit touristique. Il s’agit d’encourager les Sénégalais  à surmonter l’attitude critique qu’ils peuvent avoir face au tourisme.
Favoriser l’innovation: s’adapter aux nouveaux défis de la concurrence internationale nécessite des moyens financiers pour la recherche et le développement, et pour le conseil aux entreprises touristiques. Il faut rajeunir l’offre et relancer la demande par un comportement novateur.
• Améliorer les conditions-cadre internationales: il faut défendre les intérêts du Sénégal  sur la scène internationale, notamment en encourageant la libéralisation du tourisme, et en empêchant par exemple les restrictions de devises. Il faut en outre faciliter les transferts de capitaux et les investissements, tout en collaborant avec les autres pays  de la sous région.
 
 
2- Renforcer la présence sur le marché
• Renforcer l’image de marque du Sénégal : stimuler la demande grâce à des efforts de communication. L’image de marque est un gage de qualité pour le visiteur. Les prestataires de services sont appelés à coopérer sous la bannière de la destination, unité concurrentielle du tourisme.
Développer des produits stratégiques: il s’agit de franchir le pas de la prestation individuelle vers les produits intégrés, agissant sous l’égide de la destination, tout en suivant l’évolution de la demande.
• Améliorer la qualité des prestations: les prix des prestations touristiques  au Sénégal sont relativement élevés. Il faut alors garantir une qualité de haut niveau pour assurer un excellent rapport qualité/prix. De nouveau, il faut dépasser la qualité individuelle pour focaliser sur la qualité globale de la destination.
Promouvoir l’utilisation de la télématique: assurer la présence du Sénégal  sur les marchés électroniques, notamment Internet. Il faut promouvoir la destination de manière à ce que le client puisse à tout moment et depuis n’importe où accéder à des informations précises sur le tourisme du pays.
   3-Améliorer l’attrait de la destination
·      Développer le capital humain: avec la création des écoles du tourisme et d’un diplôme  de spécialiste en tourisme, les jeunes peuvent aujourd’hui se spécialiser dans le secteur. Il est primordial d’améliorer l’image et le prestige de ces formations afin d’assurer l’avenir de la branche. 
·      Attirer une main d’œuvre motivée: vu les conditions de travail difficiles et les salaires souvent médiocres, les demandeurs d’emplois  sont trop peu nombreux. Or, dans l’intérêt d’une culture de service indigène, il est important de rationaliser les travaux répétitifs et ennuyeux et d’améliorer l’image du secteur pour augmenter la part de la main d’œuvre.
·      Promouvoir le changement structurel dans le domaine de l’hébergement: donner à l’hôtellerie des moyens en terme de conseil d’entreprise, de favoriser la rationalisation et la collaboration, pour améliorer la rentabilité de la branche.
·      Revaloriser l’infrastructure: le haut niveau de développement  des infrastructures  est l’un des atouts  des pays qui réussissent dans le domaine. Il importe de maintenir et d’améliorer l’infrastructure existante.
·      Organiser le territoire, et assurer une exploitation durable de celle-ci: garantir la sauvegarde des paysages, qui sont le principal atout du tourisme sénégalais. La qualité de l’environnement doit devenir un pilier fondamental de l’offre touristique
   4-L’encouragement touristique
 L’Etat peut contribuer activement à la création et au maintien de réels avantages concurrentiels dans le domaine du tourisme. Pour ce faire, il importe de faire une promotion efficace des destinations sénégalaises, et de renforcer la coopération, non seulement au niveau du marketing, mais aussi au niveau du développement des produits eux-mêmes. L’offre ne peut être complètement réinventée, étant donné que l’image, les installations et équipements, et le réseau organisationnel sont en place depuis longtemps.
Or, il est possible de repositionner le Sénégal  comme une destination unique en son genre et de développer de nouveaux produits (ensemble de prestations de service).
Ce repositionnement passe nécessairement par l’innovation, au niveau de la palette des prestations, mais aussi au niveau de la communication marketing. La coopération entre prestataires, sous l’emblème de la destination, est également une nécessité. Ainsi, la coopération horizontale peut conduire à des économies d’échelle, donc à des baisses des coûts et des prix, et la coopération verticale à une convergence vers les objectifs de la destination.
 L’offre de la destination Sénégalaise est souvent considérée en partie vieille, ennuyeuse et dépassée, d’où l’importance d’une adaptation des produits aux nouvelles conditions du marché, afin d’améliorer sa compétitivité.
Conclusion
Le Sénégal doit continuer à garantir le plus haut niveau de qualité possible, dans tous ses produits. On ne peut réinventer le tourisme du pays, puisque les avantages comparatifs demeurent: un paysage idyllique, une infrastructure attrayant, un environnement préservé et un personnel hautement qualifié. Dans cette situation, il est essentiel de soutenir des projets novateurs et d’encourager la collaboration entre entreprises touristiques. Dans une prochaine intervention, nous reviendrons sur les instruments de relance de notre politique touristique.
Dr Bassirou NIANG, Doctorat en Sciences de gestion, Coordinateur du Collectif des Jeunes Cadres de la Région de Matam (C.J.C.M)
DEA, Sciences des Organisations et des Institutions,
DESS, Management des affaires
Université Paul Valéry Montpellier 3
Enseignant- Chercheur associé, Université de Thiès, BEM- Dakar, UCAO-Saint Michel, ESMT. 
Lundi 25 Août 2014
Dakaractu




1.Posté par Emile BADJI le 25/08/2014 21:32
Merci Dr. NIANG pour cet article si riche et instructif.
A l'heure actuelle, nous le savons et nous le constatons tous, le tourisme sénégalais est en chute libre. Les hôteliers, les agents de voyages, bref le monde du secteur touristique ne démentiront pas cet état de fait.
Cependant, en tant professionnel du tourisme, nous devons nous poser la question de savoir ce qui ne marche pas, qu'est-ce-qui est à l'origine de cette baisse des arrivées touristiques.
Le tourisme sénégalais est confronté à d'énormes problèmes, et tous ces problèmes se résument autour d'un seul et unique fait selon moi: c'est le manque de volonté politique. L'Etat sénégalais n'accorde pas une importance au secteur touristique. Le développement du tourisme se repose sur la promotion de celui-ci. Existe-t-il un bureau du tourisme sénégalais à l'étranger? Si oui dans quel pays? Comment est le stand du Sénégal dans les salons et foires internationales? Les autorités étatiques qui sont passées à la tête du ministère ont quel profil? Combien l'on change de ministère du tourisme au Sénégal? Quel est le profil du DG de l'ASP? Autant de questions qui méritent d'être méditées de fond en comble. A tous ces maux que s'ouffrent le tourisme sénégalais vient s'ajouter le problème de cherté de la destination. Trop de taxes aéroportuaires au Sénégalais, au moment où nos concurrents immédiats comme le Maroc, la Tunisie proposent des tarifs très bas. Je pense bien que pour relancer le tourisme au Sénégal, il faut revoir tout ces aspects et également encourager la formation professionnelle.
Emile BADJI, responsable Pédagogie au CEFAMH (Centre de Formation et d'Application aux Métiers de l'Hôtellerie et de la Restauration) Somone/Mbour.



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