Place à la transparence (par IBE NIANG ARDO)


Ne nous trompons pas d'époque. Ne nous laissons pas leurrer par l'énorme retard de notre pays sur la modernité pour en déduire que nos citoyens en accusent autant par rapport à ceux des pays développés. En ce début du 3è millénaire, la duperie , la fraude, la corruption, bien qu'étant malheureusement les jeux de fortune favoris d'une certaine classe incrédule ici chez nous, ne sont plus vraiment des panacées pour s'ériger impunément en Crésus, comme on pourrait le croire. Le si vigilant sifflet citoyen est embouché par de braves veilleurs qui exercent une citoyenneté active au prix d'énormes sacrifices. La population sénégalaise dans son ensemble s'est émancipée. Depuis les dernières élections présidentielles de 2012, elle l'est davantage frustrée qu'elle est, d'avoir été grugée de son droit à la rupture et à la gouvernance sobre et vertueuse promises par les élus, et d'avoir en lieu et place que plus de continuité de ce qu'elle abhorre - n'est-ce pas pire? Le déchu et l'élu qui l'a remplacé semblent être infectés du même virus de népotisme; à la différence que dans le corps du déchu le virus avait mis plus de temps à se manifester, ce qui a fait qu'il a eu le temps de contaminer la quasi totalité des proches de son environnement, dont de celui qui devait le remplacer. Chez ce dernier il s'est manifesté dès les tout premiers mois de sa magistrature, avec le puant abcès Petro -Tim. Je ne saurais donner des éclaircissements sur Pétro -Tim, car parait-il,  tout ce qui est lié au pétrole est du domaine de l'ésotérisme, réservé aux initiés dont je ne fais hélas pas partie. Toutefois je puis m'indigner de la velléité d'imposer l'omerta sur une transaction aux contours clair-obscur, pour les raisons suivantes.
 
1- Il faut savoir que personne n'aurait eu l'opportunité encore moins l'intérêt d'évoquer des questions et critiques à propos d'une supposée affaire s'il n'y avait pas eu à priori des actes qui les eussent rendues possibles. C'est Petro -Tim qui a alimenté le marché de la controverse actuelle, par la génération spontanée de possibilités concomitantes, déterminées par la forme et le fond afférents à son existence. Cet aspect des choses ne doit pas être occulté. Les Abdoul Mbaye, Ousmane Sonko, Adama Gaye et autres, n'ont fait que saisir une opportunité intéressante pour eux, en tant qu'acteurs proactifs du marché global du discours sur les valeurs, qui englobe celui de la critique sincère et objective.
 
2- quant à imposer l'omerta en se fondant sur le fait de ne disposer d'aucune preuve qui suscite des inquiétudes et mérite qu'on tolère un débat sur la question : Que de sophisme! Depuis quand la preuve est-elle impérieuse à tout début d'investigation sur une affaire?
Qui perdrait son temps et ses ressources à rechercher des preuves qu'il a déjà en sa possession?
Ceci dit, si en réalité les actes posés à priori par les responsables de nos ressources pétrolières et gazières l'avaient été en suivant le principe formel de morale pratique << agis de telle sorte que tu puisses vouloir que ta maxime devienne une loi universelle>> en serions-nous là ? Attendraient-ils seulement que l'on réclamât la transparence, pour proclamer et publier les actes? Y aurait-il alors place  pour des soupçons? Qui serait alors intéressé à interdire qu'on en parle?
 
Cependant disons le, le soupçon légitime est quelque chose de bon et utile à enclencher à lui seul toutes investigations saines, de la part des institutions et personnes dûment mandatés à cet effet. L'expression de ce soupçon à ce stade donné ne doit pas toutefois revêtir un caractère d'accusation diffamatoire qui exposerait évidemment son auteur aux sanctions prescrites en l'espèce. Toujours est-il que pour un acte sujet à équivoques, la meilleure façon de l'élucider et passer à autre chose, est de faire preuve davantage de transparence en ce qui le concerne.
Cette transparence le peuple l'exigera aujourd'hui plus qu'hier et demain plus qu'aujourd'hui. Il en est ainsi du fait de son émancipation continue dont l'actuel président peut se targuer du pas incommensurable qu'il lui a fait faire, pour avoir inauguré l'ère des condamnations d'un membre de famille présidentielle et d'un chef religieux. Une porte ouverte vers beaucoup de changements de statuts et de standards, que lui même, s'il venait à le regretter ne serait pas en mesure de la refermer hélas.
 
Le diable est dans les détails :
Désormais l'usage public de la transparence est admis dans les mœurs du Sénégalais. Il est vrai que l'on ne peut ne pas exercer la dissimulation certes, puisque c'est un possible pour nous humains, qui par ailleurs garantit un autre possible, celui de notre intimité qui nous est chère. Raison pour laquelle la transparence que j'évoque ici ne tient pas compte de celle de l'ordre inter-individus, qui a pour corollaires les questions du mensonge et de la sincérité. La transparence qui intéresse la communauté politique des citoyens ou éthique des hommes qui aspirent tout simplement au progrès humain est celle-là, liée au régime de nos institutions et aux devoirs impératifs des autorités publiques. A ce niveau il convient de mettre un terme à la pratique et à l'apologie de l'opacité, à la perfidie de la politique de phobie de clarté, dont les tenants sans vision ni imagination, usent d'échappatoires nombreux et redondants tels que << c'est un citoyen comme tout le monde, il a le droit de...>>. Un jeu de dupes à la place d'arguments, comme honteuses velléités de dėfendre le népotisme à chaque fois que les pauvres citoyens s'insurgent contre. Inutile, le peuple émancipé fouille aujourd'hui les détails des intentions et des actes avec efficience pour débusquer la forfaiture et la sanctionner.
 
Rendez-nous donc justice.
Justice! c'est tout ce que nous voulons, nous citoyens. Nous vous avons élus en toute liberté, ne nous privez pas d'une seule lettre de cette liberté, qui vous a permis d'être portés là où vous êtes. Nous vous réservons un traitement de rois dont vous n'aviez jamais rêvé, réservez nous un traitement juste de citoyen autorisé à rêver. Comme représentants des générations futures nous avons mis la destinée de notre société entre vos mains, sachez que cela mérite en retour une transparence 360° et transcendantale pour tous engagements que vous prenez.
 
                 Ibe Niang Ardo
 
Lundi 3 Octobre 2016
Dakar actu



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