Pistorius pris au piège de ses mensonges


Pistorius pris au piège de ses mensonges

Le procureur Gerrie Nel s'est employé jeudi à démolir la défense du champion paralympique sud-africain Oscar Pistorius, qu'il accuse d'avoir sciemment abattu sa petite amie Reeva Steenkamp en février 2013, estimant qu'il était pris au piège de ses propres mensonges.

Devant une salle bondée au tribunal de Pretoria pour la phase finale d'un procès ouvert il y a cinq mois, le procureur a commencé par attaquer le système de défense de l'athlète, avant d'en arriver aux faits eux-mêmes. 

Sans effets de manche, butant parfois sur les mots, faisant des détours, mais méticuleusement, Gerrie Nel a entrepris de relever treize "mensonges" capitaux de l'accusé. 

"Il n'y avait que deux personnes dans la maison. L'une a été tuée et l'autre a survécu" en ce matin du 14 février 2013, a-t-il rappelé. Selon le Parquet, Reeva se serait réfugiée dans les toilettes pour fuir la colère de son ami, avant qu'il ne l'abatte en tirant quatre balles surpuissantes à travers la porte. 

Pour Gerrie Nel, l'accusé a été "un témoin effroyable" qui s'est contredit à plusieurs reprises et sa version des faits est "absolument dénuée de toute vérité". 

Comparant les événements de cette tragique Saint-Valentin à une "horrible mosaïque", le procureur a estimé qu'Oscar Pistorius était davantage concerné par les conséquences (de son témoignage) que par la vérité", et, de fait, "intéressé à défendre sa vie en fabriquant son témoignage". 

Et quand l'accusé ne pouvait pas s'expliquer, il blâmait ses avocats, a souri M. Nel, critiquant également la mémoire sélective de Pistorius. 

L'athlète avait d'abord expliqué avoir tué Reeva Steenkamp, un mannequin de 29 ans, par erreur en la prenant pour un cambrioleur caché aux toilettes. Il a ensuite modifié sa version des faits, disant avoir tiré par réflexe, sans intention de tuer qui que ce soit. 
"Auto-défense ou acte par réflexe, sans s'en rendre compte? Ca n'est pas conciliable!", a lancé le procureur. 
"Au moins, nous n'avons pas eu de coups de feu dans tous les sens. (...) Nous avons un tir bien groupé", a ensuite ironisé Gerrie Nel, montrant l'impact des balles mortelles sur la porte des toilettes, installée près de lui. 

Entre autres attaques sur la version de Pistorius, il a relevé que celui-ci "n'a pas d'équilibre sur ses moignons, ne peut pas courir, mais a couru entre la chambre et la salle de bain (sur laquelle donnent les toilettes) sur ses moignons". "Pas possible!" 

Il s'est aussi attardé sur la personnalité de l'accusé, égoïste, qui ne prend, selon lui, jamais ses responsabilités et dit à la sécurité que tout va bien au lieu d'appeler à l'aide quelques minutes après le drame. 

Pendant ce réquisitoire que la juge Thokozile Masipa a trouvé un peu long, Oscar Pistorius s'agitait sur son banc, bâillant à plusieurs reprises. 

Son père, Henke Pistorius, est venu à l'audience pour la première fois jeudi, de même que celui de Reeva, Barry Steenkamp. En revanche, le frère aîné de l'accusé, Carl Pistorius, est absent. Victime d'un accident de voiture le week-end dernier, il est selon sa famille toujours en soins intensifs. 

Gerrie Nel a promis qu'il en finirait avant la fin de la journée. La parole reviendra à la défense, vendredi, avec la plaidoirie de l'avocat Barry Roux. 

Si une expertise a retenu qu'il était responsable de ses actes --et ne souffre pas de désordre d'anxiété généralisée comme l'avait diagnostiqué une psychiatre citée par la défense--, Me Roux estime que l'athlète amputé des deux jambes en dessous du genou est rendu hypersensible par son handicap. 

Ce n'est ni l'accusé ni son avocat qui aura le dernier mot mais le procureur car Gerrie Nel doit reprendre la parole après la plaidoirie de la défense, quitte à ce que la Cour joue les prolongations vendredi après-midi. 

La juge Thokozile Masipa rendra son verdict à une date ultérieure, après une éventuelle négociation de la peine, mettant fin à un long feuilleton télévisé qui passionne --et divise-- les Sud-Africains depuis le 3 mars. 

Oscar Pistorius risque une peine incompressible de vingt-cinq ans de prison s'il est reconnu coupable d'assassinat.

Jeudi 7 Août 2014




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