Pape Abdoulaye Seck : « Le doute n’est pas permis pour l’atteinte de l’autosuffisance en riz en 2017 »

Invité à l’édition de 20 heures de la rédaction du journal télévisé de la Radio Télévision Sénégalaise (Rts), Dr Papa Abdoulaye Seck, ministre de l’Agriculture et de l’Equipement rural, a fait le point, ce mardi 29 décembre 2015, sur la présente campagne pour apporter des précisions sur les statistiques agricoles. Au cours de cette entrevue, le ministre est largement revenu sur les chiffres qui font état d’une production record de 57,5 %, les facteurs de succès dans les filières du riz, de l’arachide, et de l’horticulture, entre autres, non sans se féliciter des efforts déployés par l’Etat dans la modernisation de l’équipement rural.


Remise en cause des chiffres officiels publiés
 
«Il faudrait simplement préciser que les pays membres de la Cedeao ont une méthodologie commune de collecte des données agricoles et des organes de validation aux niveaux national, régional et international. Les chiffres officiels publiés sont passés par ce processus et le rapport de la mission conjointe d’évaluation, lequel rapport qui a été réalisé par le Cilss, la Fao, le Pam, Fews Net et le gouvernement du Sénégal est disponible pour les sénégalaises et sénégalais au niveau des services compétents du ministère de l’Agriculture et de l’Equipement rural…Donc, tous ces chiffres que la tutelle a avancés ont été bel et bien validés par ces organismes susnommés. Alors, force est de reconnaitre que ceux qui évoluent en dehors du système agricole vont effectivement être surpris parce qu’ils ne sont pas au cœur du système pour comprendre quelles sont les stratégies qui sont déroulées. Quand on parle d’augmentation de la production du riz de 64%, les gens peuvent ne pas accepter. Dans le contexte actuel, il faut de grands objectifs, il faut des stratégies claires et il faut y aller pour gagner la bataille du développement agricole. C’est, peut-être, notre ambition, l’ambition, disons, exagérée, extrême du gouvernement, et ces bonnes stratégies mises en œuvre qui font que certains peuvent être surpris parce que les choses ne sont plus comme avant, nous sommes dans une agriculture en mouvement accéléré et l’accélération se fait dans la progression. Par conséquent, il est à espérer que l’agriculture de demain soit meilleure que l’agriculture d’aujourd’hui.
 
Les facteurs pour avoir de bonnes récoltes
 
L’eau est un facteur de production comme les semences, les engrais, les produits phytosanitaires, le capital humain et le capital technique (le matériel). Il faut une combinaison optimale de tous ces facteurs pour avoir de bons résultats et c’est ce que les techniciens appellent les stratégies agricoles. En 2014, il y avait bel et bien un déficit en eau et pourtant la production agricole avait augmenté en volume de 7,8% et en valeur de 4,7%. Et en dernière analyse, le secteur agricole avait apporté autant que le secteur non agricole pour ce qui est de la formation du taux de croissance du Sénégal. Ce qu’il faut surtout retenir pour le gouvernement du Sénégal, il faut s’exclure d’une gestion des urgences, il faut plutôt d’une gestion rationnelle, scientifique du secteur agricole parce que l’heure est à la gestion des changements climatiques mais en fonction des connaissances et des technologies qui sont générées par la recherche scientifique. Ce qui a permis, d’ailleurs, lorsqu’il y a eu, en 2014, ce déficit de pluviosité, de pouvoir tirer une croissance du secteur agricole. Donc, la pluie, elle est importante mais, à elle seule, elle ne suffit pas pour faire une agriculture forte, et il faut mettre ensemble des ingrédients (des semences de qualité, des engrais, des produits phytosanitaires, du capital humain, du capital technique…) qui entrent en jeu pour avoir de bonnes performances.  
 
Concernant les performances du Sénégal par rapport aux autres pays du Sahel
 
Entre le Sénégal et les autres pays du Sahel, il faut simplement dire que l’agriculture sénégalaise se porte très bien. D’ailleurs la note rédigée par le Cilss, la Fao et le Pam comporte un certain nombre d’enseignements : la production de céréales au Sahel a augmenté, en 2015, de 4% contre 82% pour le Sénégal, la production d’arachide a connu une hausse de 10% au Sahel contre 70% pour le Sénégal et enfin la production de niébé fait  12% d’augmentation pour le Sahel contre 125% pour le Sénégal. Alors, il faut se demander pourquoi ces écarts considérables. Cela est lié au fait que, au Sénégal, en traduisant la vision stratégique de son Excellence, Monsieur Macky Sall, président de la République, nous avons proposé la superposition de trois programmes : un programme de rythme, c’est le programme classique, un programme d’adaptation aux changements climatiques et un programme de dopage de la croissance agricole, en supposant un déficit de pluie et fort heureusement il a plu. C’est cela qui explique pourquoi le Sénégal a eu d’excellents résultats, en comparaison aux autres pays du Sahel.
 
Sur la particularité de la surproduction de l’arachide, avec 1 121 474 tonnes, en 2015
Il faut préciser que, de 1960 à 2015, le Sénégal a obtenu huit fois les deux millions de tonnes d’arachide. La particularité de cette année se présente comme suit : dans le cadre du Pse, on voulait une production de 1 million de tonnes en 2017 dont 100 mille tonnes exportées. En 2015, donc à 2 ans de l’échéance, il est autorisé de faire un certain nombre de constats : 1-la croissance que nous avons obtenue est de 112% par rapport à l’objectif fixé pour 2017, 2-pour l’exportation, l’objectif est déjà atteint à hauteur de 150% avant l’échéance, 3-en analysant les rendements, on se rend compte qu’on est à 1071 kilogrammes par hectare. Donc, il y a eu une croissance des rendements de 40% en un an, ce qui est une excellente chose. Et de surcroit, les statistiques nous enseignent, aussi, que le Sénégal est devenu le premier pays exportateur d’arachide en Chine et nous continuerons à exporter dans d’autres pays tels que l’Angleterre, la Tunisie, le Vietnam et nous avons une demande très forte pour la Pologne. Donc, il y a lieu de dire qu’on assiste véritablement à une renaissance de la filière arachidière sénégalaise, et ce, au grand bonheur des sénégalais.
 
L’atteinte de l’autosuffisance en 2017
 
« Il faut rappeler que le Pse vise une production de 1 500 000 tonnes de paddy en vue d’atteindre l’autosuffisance en 2017. Nous avons produit, cette année, plus de 917 000 tonnes de paddy, soit une croissance de 64%, en comparaison à des chiffres passés. En plus de cela, il faut noter que le riz s’est imposé dans nos foyers grâce à une qualité organoleptique, sanitaire et phytosanitaire irréprochable. Ce qu’on appelle communément « tolu mbay mi » s’est imposé dans la vallée, ce qui est une leçon à tirer parce que ce qui est très difficile en agriculture, c’est de bien modérer la valeur. Ensuite, nous avons constaté comme tous les sénégalais que le riz pousse, actuellement, partout au Sénégal, au sud, au sud-est, au centre, au nord, etc. Nous avons incorporé les innovations technologiques dans les pratiques en développant la riziculture de plateau avec les nouvelles variétés appelées nérika1, nérika4, nérika5, nérika6, NS44…Tout ceci fait qu’aujourd’hui, nous sommes entrain de redessiner la carte de développement du riz au Sénégal et que le bassin arachidier est en voie de se transformer en bassin agricole compte tenu de la présence soutenue du riz dans les systèmes de production au niveau du secteur agroécologique. En réalité, nous restons optimistes parce que les producteurs sénégalais, avec un accompagnement conséquent de l’Etat, ont réussi, en un an, ce qu’on n’a pas pu faire en cinquante-quatre ans. En définitive, le doute n’est pas permis. Il nous faut à présent consolider et élargir les acquis que nous avons enregistré et « Incha Allah », nous allons atteindre l’autosuffisance en riz en 2017, avec bien sûr la contribution de tous et la volonté divine.»
 
Source : Cellule de communication du Ministère de l’Agriculture et de l’Equipement rural
Mercredi 30 Décembre 2015
Dakar actu




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