Palme d'Or pour Audiard, Vincent Lindon récompensé et un ex-aequo chez les femmes

Le Festival de Cannes se termine aujourd'hui. Le jury, composé notamment de Sienna Miller, Xavier Dolan, Jake Gyllenhaal ou Guillermo del Toro et présidé par les frères Coen, a délibéré dans le plus grand secret et est arrivé à une conclusion. La sélection officielle n'a pas convaincu les journalistes cette année, beaucoup regrettant un manque d'engagement et des films peu exceptionnels. Les pronostics étaient encore difficiles à établir à quelques minutes de la remise des prix. Place au verdict. Revivez la cérémonie en direct.


Palme d'Or pour Audiard, Vincent Lindon récompensé et un ex-aequo chez les femmes

Todd Haynes (réalisateur de "Caroll"), Vincent Lindon ("La loi du marché"), Jacques Audiard et ses acteurs ("Dheepan") sont arrivés sur le tapis rouge. Ils ont visiblement été rappelés par les organisateurs du Festival de Cannes. Bonne nouvelle en vue? Rossy De Palma, jurée, a expliqué avant de fouler le tapis rouge que les discussions n'avaient pas été longues. Joel Coen a confié au passage qu'il s'agissait de "l'une des meilleures expériences" de sa vie. Maïwenn, la réalisatrice de "Mon roi" est arrivée à pied sur la Croisette avant de rejoindre la salle. Elle était accompagnée de l'actrice Emmanuelle Bercot. En retard, elles ont cassé le protocole en foulant le tapis rouge après le passage de l'équipe du film présenté en clôture, "Le glace et le ciel". En haut des marches, déjà, Emmanuelle Bercot avait les larmes aux yeux, l'émotion à fleur de peau.

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À 18h55, Lambert Wilson a pris les commandes de la soirée de clôture. "Vous avez vu trois films par jour, dormi deux heures par nuit, à quatre par chambre, vous vous brossez les dents avec des lunettes de soleil, vos pieds, mesdames sont détruits par la Fashion Police municipale. Imaginez l'état du jury..." Et s'adressant à tous ceux qui gigotaient sur leur siège, attendant un prix: "Plus l'attente sera longue, plus le prix sera important... Ou pas." Après un hommage dansant au cinéma réalisé par un collectif japonais qui a inspiré Beyoncé et quelques applaudissements pour le créateur du Festival de Cannes, place enfin au premier prix: celui ducourt-métrage remis par Abderrahmane Sissako. Résultat:"Waves' 98" du Libanais Ely Dagher repart avec la récompense.

La Caméra d'Or, attribuée par Sabine Azéma, présidente du jury. John C. Reilly a détendu l'atmosphère avec un petit intermède musical, histoire de rappeler à l'assemblée que Cannes, c'est surtout une grande fête. Il a alors tenté son discours dans un français hilarant. "La tierra y la sombra" de Cesar Augusto Acevedo est récompensé. Un prix dédié à "tous les paysans de la Colombie, de véritables héros dans le pays".

Le moment d'émotion de Cesar Augusto Acevedo a été interrompu par Lambert Wilson qui voulait chanter un bon anniversaire à John C. Reilly, à droite sur la photo. © reuters.
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Le jeune réalisateur n'a pas eu le temps de se réjouir que Lambert Wilson a interrompu son instant d'émotion pour chanter "Happy birthday" à John C. Reilly. Ou comment gâcher le moment de gloire d'un inconnu. Place ensuite aux choses sérieuses avec l'arrivée du jury et le palmarès que tout le monde attendait depuis des jours. 

Jane Birkin fut chargée de remettre la Palme d'honneur à la réalisatriceAgnès Varda. "Cette petite femme qui se tient devant vous, c'est un soldat, un combattant. Elle était la seule femme parmi les garçons de La Nouvelle Vague", lui a glissé Jane, lui faisant monter les larmes aux yeux. "Que c'est beau!", a déclaré Agnès Varda voyant la Palme brillante et regrettant, "je ne peux pas la prendre" (de l'écrin). Elle s'est alors étonnée d'être récompensée: "Je n'ai jamais fait gagner des millions avec mes films." "Cette palme dorée sera placée à côté de celle de Jacques (Demy, son défunt mari)", a-t-elle confié, très émue.

Agnès Varda © ap.
Michel Franco, meilleur scénario pour "Chronic".© reuters.

La Palme du meilleur scénario a été attribuée à "Chronic" de Michel Franco avec Tim Roth. L'histoire d'un infirmier entièrement dévoué à ses patients en fin de vie. "Ce film a commencé à Cannes, il y a trois ans." Les remerciements d'usage ont suivi.

Prix d'interprétation féminine ex-aequo
On avait imaginé que Cate Blanchett repartirait avec le prix d'interprétation féminine pour"Carol". Mais c'est Rooney Mara, sa partenaire à l'écran, qui la coiffe au poteau. Il a également été remis àEmmanuelle Bercot qui n'en revenait pas que Maïwenn l'ait choisie, elle, "une actrice inconnue de 46 ans" pour le premier rôle de "Mon Roi". "Maïwenn, tu as cru en moi comme personne avant. C'est difficile d'être sur cette scène sans Vincent Cassel. Vincent, 'Mon Roi', c'est toi et moi. Tout est devenu plus grand, plus facile, plus joyeux avec toi. En plus de l'immense acteur que tu es, je veux dire la si belle personne que tu as été avec moi sur ce tournage." Son discours a touché Xavier Dolan, qui essuyait ses larmes. Todd Haynes, le réalisateur de "Carol", est reparti avec le prix de son actrice, retenue à New York.

Emmanuelle Bercot n'en revient pas. © ap.

Le prix du jury a été remis par Laetitia Casta à Yorgos Lanthimos pour "The Lobster". Ce film délirant (lisez notre critique ici) est un conte burlesque qui pousse les célibataires à se caser en 45 jours chrono sous peine d'être transformées en animal.

Vincent Lindon, qui avait déjà les yeux rougis en grimpant les marches, est récompensé pour son rôle dans "La loi du marché". Il repart avec le prix d'interprétation masculine. Il a embrassé chaque membre du jury pour "gagner un petit peu de temps". "C'est la première fois que je reçois un prix dans ma vie." Ses remerciements ont été adressés au réalisateur Stéphane Brizé, très touché. "Tout ça n'aurait pas été possible sans toi. (...) Une pensée pour ma mère, qui n'est plus là, et mon père, qui n'est plus là. Quand je pense que j'ai fait tout ça pour qu'ils me voient et qu'ils ne sont plus là."

Vincent Lindon a reçu "le premier prix de sa vie". © reuters.

"The Assassin" a reçu le prix de la mise en scène et le Grand Prix a été attribué au film "Le fils de Saul", film coup de poing sur les camps de concentration. "J'ai essayé de parler d'un sujet grave, la destruction des Juifs d'Europe, à ma génération", a confié László Nemes. "Merci de nous avoir soutenus quand on a voulu faire ce film en pellicule, on y tient, on ne veut pas la voir disparaître."

Notre jolie compatriote Cécile de France a eu l'honneur de remettre laPalme d'or. Et c'est "Dheepan" de Jacques Audiard qui repart avec le prix le plus convoité. (Critique ici.)"Je remercie Michael Haneke de ne pas avoir tourné cette année", a confié Audiard dans un éclat de rire. Le réalisateur français était accompagné de ses deux acteurs, totalement inconnus et formidables à l'écran. "Sans eux, pas de film, pas de Palme, rien." "Je pense à mon père", a déclaré très ému Jacques Audiard, 63 ans, en recevant la récompense suprême du festival. Il est le fils du scénariste et dialoguiste Michel Audiard. Le palmarès a donc fait honneur à la France en lui attribuant les trois prix les plus importants.

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Dimanche 24 Mai 2015
Dakaractu




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