C’est le père de la nation sénégalaise, Léopold Sédar Senghor, qui avait transformé l’Union progressiste sénégalaise (Ups), qu’il dirigeait, en Parti socialiste (Ps). C’était en 1976. Ce fut sans grand peine. Puis, c’est sans vraiment coup férir qu’il remettra les rênes du pays et de son parti à son dauphin Abdou Diouf. Celui-ci exercera le pouvoir et dirigera le Ps de 1981 au mois de mars 2000. Il réussira à organiser un congrès « sans débat » avec ses camarades, à l’occasion duquel il hissera Ousmane Tanor Dieng au rang, envié et disputé, de « Premier secrétaire du Ps ». Il le nommera ministre d’Etat, chargé des Affaires présidentielles. Mais, la promotion de Ousmane Tanor révoltera quelques responsables socialistes, parmi lesquels Djibo Leyti Kâ, qui fut le dernier Directeur de cabinet du président Senghor. M. Kâ finira par créer l’Union pour le renouveau démocratique. Ainsi entrera-t-il à l’Assemblée nationale en 1998, avec dix autres de ses affidés. La brèche était ainsi ouverte dans les flancs du Ps, qui verra Moustapha Niasse le quitter pour créer l’Alliance des forces de progrès, qui obtiendra son récépissé le 13 août 1999. Une scission qui va précipiter le Ps dans l’opposition, après avoir gouverné le Sénégal pendant quarante longues années. Car, au deuxième tour de la présidentielle de 2000, M. Niasse, qui avait obtenu 16, 8 % des suffrages valablement exprimés au premier, soutiendra le candidat libéral Abdoulaye Wade, qui passera haut la main. Ainsi Ousmane Tanor Dieng héritera-t-il du Ps, petit à petit. Car, c’est à la veille de la présidentielle de 2007 qu’il sera désigné candidat de cette formation et nommé Secrétaire général. Une décision qui entraînera le départ d’un ancien « baron » socialiste : Robert Sagna, qui participera au scrutin. Il sera soutenu par d’anciens camarades comme Souty Touré, qui fut ministre de Abdou Diouf, tout comme Abdoulaye Makhtar Diop, Amadou Bator Diop et feu Madia Diop, un député qui a longtemps dirigé la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (Cnts), qui était affiliée au Ps. A l’arrivée, Tanor se classera 3ème à l’issue du 1er tour, avec 13,56 % des suffrages exprimés, contre 5,93 % pour Moustapha Niasse, qui n’aura que 5,93 % des suffrages valablement exprimés. Mais à la présidentielle de cette année, Ousmane Tanor a dégringolé dans les urnes, puisque s’étant classé quatrième, avec seulement 11, 19 % des suffrages ; tandis que Niasse arrivait 3ème, avec 13,57 % des suffrages. Une nouvelle donne qui a entraîné de nouvelles contestations du leadership de Ousmane Tanor Dieng à la tête du Ps. Ce qui a valu à l’un de ses détracteurs, Malick Noël Seck, secrétaire général de la Convergence des jeunesses socialistes, une exclusion. Mais, malgré cette « décapitation », la mutinerie n’est pas pour autant matée. Pour preuve, depuis la France où il animait une conférence, le maire socialiste de Dakar, Khalifa Sall, a laissé entendre à l’endroit des leaders de la coalition Benno Bokk Yaakaar, qui avait soutenu la candidature de l’actuel président au deuxième tour, que « chacun doit repartir dans son parti, le réorganiser et le dynamiser ». Un langage on ne peut plus clair, pour ceux qui savent décrypter le lexique des politiques.
Alioune Badara Diallo
Alioune Badara Diallo
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