PROCESSUS ÉLECTORAL : " Halte aux manœuvres politiciennes et à l’amateurisme "


PROCESSUS ÉLECTORAL :  " Halte aux  manœuvres politiciennes et à l’amateurisme "
Après avoir fixé la date des élections législatives au 2 juillet prochain et repoussé le délai de validité des CNI, le gouvernement a convoqué l’Assemblée nationale en procédure d’urgence, le lundi 2 janvier dernier, pour examiner et voter deux projets de loi relatifs, d’une part à l’augmentation du nombre des députés et, d’autre part, à la refonte partielle des listes électorales.  Le vote de ces deux textes en procédure
d’urgence était dicté par le souci de respecter le protocole communautaire de la CEDEAO, en vertu duquel  est interdite toute modification des textes électoraux dans un délai de 6 mois précédant une élection.


Au regard de ces deux textes votés par l’Assemblée nationale, la Plateforme « Avenir, Senegaal bi ñu bëgg » déplore la légèreté avec laquelle le gouvernement a traité les conclusions du « comité technique de revue du Code
électoral », qui avait été créé dans le cadre du fameux Dialogue national auquel avait appelé le chef de l’Etat, ainsi que celle ayant conduit au choix initial de la date des prochaines élections législatives, mais aussi, une manœuvre de plus en ce qui concerne sa volonté exprimée d’organiser ces élections législatives sur la base du fichier électoral actuel, au cas où la révision des listes en cours n’aboutirait pas au 31 mars prochain.      


1° Au sujet du nombre de députés de la diaspora, il convient de relever que les travaux du groupe de travail sur les questions politiques avaient permis, après la révision constitutionnelle de mars 2015 intervenue à ce sujet, de s’accorder sur le nombre de 10 députés, même si un consensus n’avait pas pu être obtenu sur le fait de savoir si ces députés devaient être compris, ou non, parmi les 150 prévus jusqu’ici par la loi. En décidant donc, sans aucune forme d’arbitrage, de retenir le nombre, non pas de 10, mais de 15 députés et de les ajouter aux 150 que compte actuellement notre Assemblée nationale, le président Macky SALL et sa majorité ont rompu le pacte qu’était censé sceller, en matière de consolidation du processus électoral, le pseudo Dialogue national voulu.

En outre, cette augmentation du nombre des députés exacerbant les problèmes, déjà réels, de maîtrise et de rationalisation des dépenses budgétaires de l’institution parlementaire, aussi bien sur le plan des rémunérations et avantages que sur celui des autres dépenses de fonctionnement, la Plateforme « Avenir, Senegaal bi ñu bëgg » constate, pour le déplorer, que le pouvoir continue toujours de se placer, même sur  une question institutionnelle de cette importance, dans une logique clientéliste et électoraliste.     


Pour la Plateforme « Avenir, Senegaal bi ñu bëgg », il y a fort à parier, en effet, que la répartition des 15 députés entre les huit circonscriptions - ou « départements » - de l’extérieur, qui doit se faire ultérieurement par voie de décret, en fonction du nombre d’électeurs inscrits sur le fichier électoral, sera l’occasion de calculs politiciens et manipulations.


 2° En ce qui concerne la date des élections législatives, force est de souligner l’imprévision, l’impréparation, la précipitation et, en conséquence, l’amateurisme du gouvernement, qui, après avoir convoqué l’Assemblée nationale en session spéciale pour respecter ce délai communautaire de six mois entre le 2 janvier et le 2 juillet, vient d’envisager la possibilité d’un report des élections, soi-disant « après une concertation avec la classe politique », en raison du mois de ramadan qui coïncide avec la période initialement choisie.

Aussi, s’il est vrai que gouverner c’est prévoir, la Plateforme « Avenir, Senegaal bi ñu bëgg » ne peut-elle s’empêcher de se demander comment le gouvernement a pu ne pas tenir compte dans son agenda de cette importante période religieuse annuelle, marquée par le recueillement, la paix et le pardon ?... En tout état de cause, ce fait illustre, si besoin en était encore, les carences de l’appareil administratif du Président Macky SALL et, en particulier, l’incompétence notoire de son ministre de l’Intérieur, en sus de sa partialité, ce qui explique qu’il soit récusé sans relâche par l’opposition.   


3° La Plateforme « Avenir, Senegaal bi ñu bëgg » exprime, pour finir, une suspicion légitime sur  le processus de renouvellement des cartes nationales d’identité (CNI) et cartes d’électeurs, dans la mesure où, sur la base d’informations vérifiables, il est apparu qu’en dépit de l’annonce officielle d’une prorogation de trois mois des CNI arrivées à échéance, les cartes de certains concitoyens triés sur le volet sont tout
simplement renouvelées et ceci, jusqu’en 2025. N’est-ce pas là la preuve que le gouvernement se rend bien compte, en dépit des effets d’annonce, que le processus de renouvellement des cartes ne sera pas mené à bonne fin en avril prochain et que l’on cherche à sécuriser ainsi - dans le meilleur des cas ! - les conditions devant permettre aux partisans et clients du régime de pouvoir voter, au détriment des autres citoyens ?  





 
Pour toutes ces raisons, la Plateforme « Avenir, Senegaal bi ñu bëgg » interpelle solennellement le Président de la République, d’une part, pour qu’il respecte
 le calendrier républicain en se donnant les moyens de tenir le pari du 2
juillet 2017 et en en tirant les conséquences pour ce qui concerne
l’incompétence avérée des responsables de ce dossier électoral et, d’autre part pour  que, soit il mette sans délai un terme au tripatouillage dans le processus de délivrance des CNI et fasse annuler tous les renouvellements opérés, soit il donne des instructions pour le renouvellement pur et simple de toutes les cartes d’identité arrivées à expiration et pour tous les citoyens concernés, en attendant leur substitution ultérieure par les nouvelles cartes couplées CNI/cartes d’électeur.


C’est le devoir constitutionnel du Président de la République d’assurer l’égalité de tous les citoyens et de garantir la transparence et le respect des règles électorales. C’est pourquoi la Plateforme « Avenir, Senegaal bi ñu bëgg » appelle à une vigilance citoyenne, pour  s’opposer à l’instrumentalisation des fonctions constitutionnelles au service d’intérêts partisans.


Dakar, le 06 janvier 2017

Le Secrétariat exécutif
Mardi 10 Janvier 2017
Dakaractu




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