PRÉSUMÉS DJIHADISTES À MATAM : Le Gouverneur menace - Qui parle à la presse est radié - Les américains prennent leurs dispositions.... Retour sur une scène surréaliste avec le Gouverneur.


D’abord, un téléphone portable pour prendre les images de la frontière. Nous étions certains de finir en prison en cas de prise d’images avec nos caméras, sans autorisation. Une autorisation, nous ne l’obtiendrons jamais. Le lieutenant, très gentil, s’est voulu, toutefois catégorique. Au bout du fil, il a son chef…le gouverneur. Nous n’entendrons pas ce que dit ce dernier, mais nous pouvons le deviner.
 
Le lieutenant et ses répliques
: « Mes respects Gouverneur! Oui, mon gouverneur. R.A.S ! Balma Aqq. Maa ngi lay déranger. Je viens de recevoir une équipe de journalistes appartenant à Dakaractu. Ils voudraient faire des investigations, entre guillemets, je ne sais comment ils appellent ça dans leur jargon. Ils voudraient faire un reportage sur la situation sécuritaire dans la région. J’ai tremblé même dans mon bureau. Je leur ai dit non, je n’ose même pas vous regarder. Je leur ai dit, attendez, je vais vous envoyer vers le gouverneur wala je vais informer le gouverneur. (silence, il écoute). Effectivement Gouverneur ! Hun hun ! Non on n’ose même pas Gouverneur. On n’ose même pas. D’accord Gouverneur. Le reportage, hun hun. Merci Gouverneur. Hun hun hun hun ! Parfaitement ! hun hun ! Weh. Merci Gouverneur. C’est à dire que… C’est pas un peu, un peu clair. Bon, eux, ils ne voudraient pas m’interroger ou m’interviewer. Mais ils voudraient filmer, certainement notre local et le fleuve. Je leur ai dit que même ça, ma hiérarchie n’accepterait jamais, au grand jamais. Je suis certain que… Je n’ose même pas Gouverneur. Merci Gouverneur ! Je n’ose même pas!( il écoute)…Sous contrôle… weh ! D’accord Gouverneur ! D’accord Gouverneur ! Il n'y a pas de problème. Merci Gouverneur ! »
Le lieutenant d’appeler illico un de ses subordonnées. «  Guèye, kaay kaay kaay ! Demain, on va faire avec toutes les autorités policières, gendarmerie, militaires des tournées dans toute la région pour sensibiliser les populations. Mais en mon absence, si un journaliste vient, qu’il ne prenne pas de photo, qu’il ne vous adresse pas la parole. Les autorités sont sur le qui-vive. Un policier ou un gendarme qui parle avec un journaliste, on va le radier, systématiquement et personne n’y pourra rien. Heureusement que tu as bien fait de m’alerter lorsque ces gens-là sont venus. S’ils avaient pris des photos, aujourd’hui, j’irai cultiver la terre, tout comme toi, le lendemain. Derrière moi, tout journaliste qui vient, s’il filme, je te donne l’ordre de détruire le matériel. C’est moi qui te donne la consigne. Demain, toute la journée, on va démentir ce que les gens ont fomenté là. Durant une semaine, on va sillonner tous les villages. C’est des consignes ! C’est bien entendu, c’est des consignes ! Quel que soit l’organe.  Je viens de raccrocher avec le Gouverneur ». Notre interlocuteur se tourne vers nous : «  Personne ne peut vous empêcher d’exercer votre métier parce que c’est inscrit dans la constitution. Le Gouverneur me demande, de sa part, de vous transmettre ses salutations très cordialement. Il ne vous reçoit pas. Il vous dit de ne rien tourner ici. Retournez à Dakar  et allez chercher une autorisation du ministre de l’intérieur. Vous avez bien entendu ? La panique que cette information a provoquée, on n’ose même pas vous dire à quel point les autorités sont remontées contre les journalistes. Cette panique s’est généralisée dans toute la région.  La nuit, à partir de 19 heures, toute la population se terre dans leurs maisons. Vous avez compris. Vous ne pouvez même pas imaginer la panique que cette information a créée. Passez par là ( il nous montre le chemin pour vider les lieux). Je ne veux pas retourner dans les champs ». Il nous accompagne récupérer notre véhicule, avec le sourire mais avec fermeté. Face à la décision manifeste des autorités de rassurer Matam qu’elle est sécurisée, nous tentons d’entrer en contact avec Alassane Sow, du nom de celui qui a déclaré avoir rencontré les 4 personnes suspectes.
 
LE SÉNÉGAL RASSURE, LA MAISON BLANCHE SUR SES GARDES

A Matam, l’on cogite encore sur la visite surprise de l’ambassadeur des Etats-Unis la semaine qui précède l’arrivée des présumés djihadistes. James P. Zumwalt était à Ourossogui et à Matam pour une visite. L’on se rappelle qu’il avait insisté pour se rendre dans le Dandé Mayo. Il voulait, disait-il, admirer les rizières. Celui de la France et de la Chine ont effectué le même périple, une semaine après. Leur homologue Chinois a été aperçu à Podor pour une inauguration et une visite de champs, aussi. Quelles étaient les vraies raisons de leurs voyages respectifs ? La réponse officielle donnée ne fait aucunement allusion au terrorisme ou à la présence présumée de terroristes dans cette partie du Sénégal.
 
Toutefois, l’on apercevra à Ourossogui quatre américains déambuler avec des vélos… des vélos ! L’un d’eux nous précise qu’ils appartiennent au Corps de la paix. Christophe, Ibrahim de son nom d’emprunt, confirmera une chose non négligeable, en pulaar et puis en français : « nous étions dans les villages. Dès que la nouvelle a été agitée, nos autorités nous ont intimé l’ordre de quitter les villages et de rejoindre les centres villes ». A la question de savoir pour combien de temps ils devront demeurer en ville, Ibrahim dira attendre le signal des autorités. Autrement dit, il s’agira de ne prendre aucun risque. Bref, pendant que Matam muselle la presse et refuse de communiquer, la maison blanche prend toutes ses précautions.

 LA PRESSE DE MATAM ISOLÉE

Ce serait loin d’être exagéré de dire que la presse de Matam est accusée à tort d’avoir ameuté les populations. En fait, elle n’a fait que son travail. Donner l’information qu’elle a reçue en même temps que les autorités administratives. Pourtant, aujourd’hui, elle est isolée. Elle semble avoir peur. Nous avons vainement tenté d’interroger certains d’entre eux pour avoir leurs points de vue sur la question. Motus et bouche cousue. L’un dira préférer ne pas se prononcer devant une caméra pour des raisons personnelles, l’autre apposera un refus catégorique. « Hiii, ça risque d’être compliqué pour moi. Quand j’ai traité cette information, Dieu sait que j’ai reçu des centaines d’appel, des mises en garde…. ».
 
Bref, djihadistes à Matam ou simple fausse alerte, la conduite à tenir n’était pas de se barricader, mais de communiquer avec la population et d’assurer dans la zone une présence militaire visible et dissuasive capable de redonner confiance aux Matamoises et Matamois.
Mardi 8 Novembre 2016
Dakaractu



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