PRÉSIDENCE COMMISSION UEMOA, GOUVERNEUR BCEAO… : Nécessité d’un turnover


PRÉSIDENCE COMMISSION UEMOA, GOUVERNEUR BCEAO… : Nécessité d’un turnover
«(…) Un poste communautaire où l’on gère les biens de tout le monde, il est bon de faire de l’alternance. C’est la raison pour laquelle, je n’ai pas hésité à retirer la candidature du Sénégal, pour laisser la place à un candidat malien qui, de surcroît, est compétent. (…) Je suis pour l’alternance, la rotation et je crois que même au niveau des autres structures communautaires comme la BCEAO, cette dynamique doit être suivie pour certains postes.» Ces propos sont de l’ancien président de la République du Sénégal, Abdoulaye Wade, en marge du 8ème sommet de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), tenu à Niamey samedi 10 janvier 2004.
Cette attitude de l’ancien Chef d’Etat sénégalais à l’encontre de son propre compatriote avait été diversement appréciée.
Très vite, les supputations étaient allées bon train. D’aucuns y avaient vu un «deal» que Me Wade voulait sceller avec le Mali pour casser l’accord tacite - qui a duré 40 ans - entre les présidents Léopold Sédar Senghor (Sénégal) et Félix Houphouët-Boigny (Côte d’Ivoire).
Certains avaient estimé que Me Wade avait agi ainsi pour empêcher la candidature de Soumaïla Cissé face à Alpha Oumar Konaré qui briguait un second mandat.
Enfin, d’autres avaient déclaré à tort ou à raison que le Président Wade ne supporterait pas Moussa Touré (ancien ministre de l’économie du Ps), qui pourrait devenir un challenger politique et viser son fauteuil.
De toutes ces hypothèses susmentionnées, la plus plausible, serait celle visant  à instaurer un «turnover», à la tête des instances communautaires. Ce qui, à notre avis, est loin d’être une mauvaise chose. Même si le Président sénégalais ne disposait pas d’arguments économiques pour atteindre son objectif. Conséquences : notre pays a perdu un «privilège» qu’il avait acquis depuis la création de l’UEMOA par un traité signé à Dakar le 10 janvier 1994 par les Chefs d’Etat et de Gouvernement des sept pays de l’Afrique de l’Ouest ayant en commun l’usage d’une monnaie commune, le F CFA.
Après le Mali (Soumaïla Cissé), il se voit ainsi disputer la présidence par le Niger, qui devrait prendre les commandes en juin 2016. C’est à se demander si par la suite, le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, Togo et la Guinée-Bissau ne vont pas s’engouffrer dans la brèche, créée par Abdoulaye Wade, pour réclamer le perchoir.
Ils ont tout à fait raison de plaider leurs causes. Mais, les Chefs d’Etat et de gouvernement des Etats membres de l’Uemoa ne devraient pas s’arrêter en si bon chemin. Ils devraient aussi poursuivre la réflexion pour remettre en cause le monopole de la Côte d’Ivoire sur le poste de gouverneur de la BCEAO.
Combien de Béninois, de Burkinabé, de Togolais, de Bissau-guinéens, de Sénégalais, de Maliens, de Nigériens ont la compétence pour mener à bien cette mission ? Certainement, ils sont des milliers.
La remise en cause de cet accord tacite (non écrite) entre Senghor et Houphouët-Boigny, ne devrait pas être appréciée par Abidjan, comme une violation d’une coutume, encore moins une contestation d’un leadership économique. Et pour cause, même quand ce pays a été plongé dans une regrettable guerre fratricide, il est resté la locomotive de l’Afrique de l’Ouest.
Toutefois, notre zone ne devrait pas restée statique alors que le reste du monde bouge et essaie de dépasser certains clichés et autre hégémonie. 
De 1974 à nos jours, ce sont des cadres ivoiriens qui se sont succédé à la tête de l’institution basée à Dakar.  Abdoulaye Fadiga (15 décembre 1974 au 11 octobre 1988), Alassane Dramane Ouattara (démissionnaire, 1988 à 1993), Charles Konan Banny (De 1990 à 1993 (intérim), puis du 1er janvier 1994 au 17 janvier 2008), Philippe-Henri Dakoury-Tabley (17 janvier 2008 au 30 mai 2011), Koné Tiemoko Meyliet (depuis le 30 mai 2011 à aujourd'hui).
Seul Justin Damo Baro a eu à assurer l’intérim de Charles Konan Banny, devenu Premier ministre de la Côte d’Ivoire en 2005. Mais le Burkinabé n’a pas été titularisé. Ce, à cause du fameux accord tacite selon lequel le poste de gouverneur doit revenir au pays qui a la plus grande masse financière, donc à la Côte d'Ivoire.
Et pourtant…
Du côté de l’Afrique centrale qui, sur le plan de l’intégration et de la libre circulation des personnes et des biens est en retard face à l’Afrique de l’Ouest, cette coutume a été remise en cause.
En effet, lors du dernier sommet des chefs d'Etat de la Communauté des États d'Afrique Centrale (CEMAC) qui s'est tenu à Bangui en République centrafricaine du 15 au 17 janvier 2010, il a été décidé à l'unanimité, que désormais, la tête du gouvernement de la BEAC serait rotative et selon l'ordre alphabétique du nom des États. Pourtant, selon la même coutume de l’Afrique de l’Ouest, le poste de Gouverneur était réservé au Gabon, le Vice-gouverneur devant être originaire de la République du Congo et le Secrétaire Général, du Tchad.
C’est ainsi qu’on assistera à un premier gouverneur de nationalité autre que celle du Gabon, avec la nomination de Lucas Abaga Nchama (Guinée Equatoriale), pour un mandat de quatre ans. Il sera suivi par les représentants du Cameroun en 2014, le Congo (2017), le Gabon (2021), le Tchad (2025) et la République centrafricaine (2029).
L’Afrique de l’Ouest devrait donc s’inspirer de l’exemple de l’Afrique centrale, pour imposer une alternance dans toutes les fonctions de ses institutions financières, gage de transparence et de démocratie dans un monde de plus en plus assoiffé de mutations.
Mieux, nos dirigeants devraient aussi porter une telle plaidoirie au niveau des institutions de Breton Wood contrôlées depuis leur création par l’Europe (FMI) et les Etats-Unis (Banque mondiale). Même le droit de veto, -qui donne la possibilité à un seul pays de bloquer des résolutions- ne devrait être laissé en rade.
Abdoulaye THIAM
Mercredi 13 Janvier 2016
Dakaractu




1.Posté par abdou le 14/01/2016 02:40
Ces institutions ne servent a rien.....C'est l'esclaveage monetaire qui continue

2.Posté par Diop Fatou le 14/01/2016 10:25
Il n'y a jamais eu d'accord tacite entre Senghor et Houphouet. Comment un accord non écrit entre 2 président peut il engager 6 présidents ( à l'époque le Mali et KA Guinée Bissau ne faisait pas partie de l'UMOA). Excepté la Banque Mondiale, nulle part au monde une organisation international qui a son siège dans un pays n'a été dirigé par un ressortissant de ce pays. Un sénégalais ne dirigera jamais la BCEAO même s'il y'a rotation. Il en est de même dans la zone CEMAC ou le siège de la Banque Centrale est à Yaoundé au Cameroun c'est toujours Luca de Guinée Équatoriale qui est le gouverneur aucun Camerounais ne l'a remplacé.



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