POINT DE VUE: Idéologie pernicieuse


POINT DE VUE: Idéologie pernicieuse
Ce n’est pas jouer les Cassandre que d’affirmer que tous les maux dont souffre l’Afrique ne sont pas seulement le fruit des échecs multiples et de la corruption des élites qui ont dirigé nos Etats après le départ des colons.
D’abord, parce que les « indépendances » ont été plus virtuelles que réelles pour la majorité des pays africains. Néocolonialisme oblige !
Ensuite et surtout il y a que des dizaines d’années d’exploitation économique, d’aliénation culturelle et de destruction des structures sociales traditionnelles laissent des traces indélébiles qui constituent un véritable boulet pour les jeunes Etats indépendants. On ne va refaire l’indépassable « Discours sur le colonialisme » d’Aimé Césaire. Sa pertinence est accablante pour les colonisateurs.
On comprend alors l’empressement de nostalgiques à se délecter des affirmations pompeuses et fausses des pourfendeurs des classes dirigeantes africaines qui seraient la cause de toutes les affres qui gangrènent le continent et empêchent son décollage économique.
Il est vrai que la mal gouvernance, la corruption, le pillage des derniers publics, le manque d’ambition, etc, ont beaucoup nui au développement continental. La responsabilité des élites kleptocrates est réelle. Il est logique de le souligner et de vouer aux gémonies ces gens-là qui ont lamentablement volé les concitoyens, terni l’image du continent et porté un grave préjudice aux peuples africains.
Mais cette action nocive des indépendances à nos jours ne dédouane pas les esclavagistes et les colonialistes dont l’action combinée a saigné l’Afrique pendant plusieurs siècles. Aucun autre continent n’a subi une telle hémorragie en termes de populations déportées et tuées, de ressources naturelles pillées, de structures sociales disloquées sur une période aussi longue.
Ce lourd héritage ne peut être résorbé en un demi-siècle. Il n’est pas une excuse pour les échecs retentissants des régimes post - coloniaux aussi bien ceux d’obédience marxiste que les autres attirés par les sirènes du libéralisme. Force est de constater qu’aucun n’a réussi à faire décoller sérieusement son pays sur le plan économique.
Comment expliquer qu’aujourd’hui la Corée du Sud qui était au même niveau de développement que le Ghana indépendant en 1957 puisse rivaliser avec les pays développés alors que le pays de Nkrumah accuse un retard abyssal ?
Pourquoi l’Afrique pointe-t-elle au dernier rang des continents sur presque tous les plans en matière de progrès économique, de niveau de vie, de couverture sanitaire, d’espérance de vie, de taux d’alphabétisation, etc ?
Oui il y a l’échec des politiques menées après les indépendances, mais aussi celui des plans d’ajustement structurel et autres imposés par les institutions de Bretton Woods. Sans oublier le terrible legs colonial qui s’est additionné à la saignée esclavagiste.
Pourtant, malgré tout cela, l’Afrique est en train de renaître de ses cendres et il s’agit d’un phénomène extraordinaire et exceptionnel à l’échelle historique.
Naguère dépeuplé, le continent va bientôt occuper la première place en matière de progrès démographique. Les épidémies, la faiblesse des infrastructures de santé, voire leur raréfaction, et le manque d’hygiène lié aux ravages de l’analphabétisme, n’y feront rien.  
La population continentale croît à un rythme soutenu et va faire de l’Afrique un lieu de dynamisme juvénile unique. C’est là une opportunité historique pour le continent car tous les autres vont connaître une forme de vieillissement de leurs populations.
En outre, sur le plan économique, avec l’élan suscité par les B.R.I.C.S dont un pays africain est membre à savoir l’Afrique du Sud, une nouvelle dynamique d’échanges va favoriser le décollage continental. De manière nécessaire !
Les prémices sont déjà là et le mouvement va s’amplifier ; mais cela ne veut pas dire qu’il suffit de croiser les bras et de laisser faire.
Non, si les Chinois, les Indiens, les Brésiliens voire les Russes sont des partenaires nouveaux (sans passé colonial en Afrique) ; ils ne sont pas des philanthropes.
A nos pays de négocier pied à pied pour défendre les intérêts de l’Afrique, exiger des transferts de technologie et vendre les matières premières à un prix rémunérateur. En exigeant à chaque fois que possible des partenariats pour une transformation sur place des minerais, des produits agricoles et halieutiques, etc.
L’Afrique va sortir de l’ornière parce que tous les atouts sont réunis maintenant pour ce faire. Des pays du « Tiers – Monde » développés ont intérêt à nouer des partenariats gagnant – gagnant avec les pays africains où la démocratie a fait de grands bonds en avant, avec de nouvelles élites plus patriotes que kleptocrates, et avec des jeunes bien formés. Il en est de même avec les pays occidentaux.
La fin de la guerre froide a été déterminante pour que l’Afrique recouvre réellement sa souveraineté. Et pour les pays francophones, le sommet de la Baule a coupé le cordon ombilical avec la France, en tout cas celle qui fermait l’œil sur toutes les dérives des chefs d’Etat des « pays amis ».
Même si on peut se poser la question de savoir si  la démocratie peut-elle être décrétée, il faut se rendre à l’évidence que l’injonction du président Mitterrand a secoué le cocotier des autocraties africaines et enhardi les oppositions locales.
Rien ne pouvait plus être comme avant, une fois le parapluie français retiré. Aujourd’hui, plus de vingt ans après, des progrès notables sont constatés en matière de démocratisation, même si les alternances pacifiques sont peu nombreuses.
C’est dire qu’il y a encore bien des obstacles à surmonter ; mais une fenêtre de tir favorable est ouverte.
Surfer sur cette vague est un impératif patriotique et tous les démocrates africains et les amis sincères du continent (il en existe) ont l’obligation d’y pousser. Une mobilisation politique et citoyenne endogène et internationale pourrait y aider.
Cela n’exclut guère de dénoncer l’idéologie pernicieuse sous – jacente à la dénonciation unilatérale des potentats africains. Il faut aussi rappeler les longues nuits esclavagistes et coloniales qui ont enfoncé le continent dans les abîmes dont il peine encore à essayer de sortir. Mettre tout sur le dos des Africains pour laver plus blanc que blanc l’Occident est une hérésie. Ceux qui le font cherchent à plaire à ceux du Nord en jouant les négationnistes.
L’Histoire est un tout. Si elle ne saurait être un refuge, elle ne peut être amputée. C’est connu, l’idéologie se présente souvent pour ce qu’elle n’est pas. Dans le cas d’espèce, on nous demande avec grandiloquence d’ « assumer nos échecs propres en tant qu’Africains ». Soit ! Mais que les Occidentaux aussi assument tous les crimes perpétrés contre l’Afrique et les autres. L’esclavage, comme la Shoah, le colonialisme et l’Apartheid, bref tous les crimes contre l’Humanité.
Non pas pour exiger contrition et réparation mais pour que vérité et réconciliation se conjuguent. Et que l’idéologie pernicieuse soit démasquée et rejetée.
  
 Mouhamadou M. DIA
Mercredi 1 Mai 2013
Dakaractu




1.Posté par Atypico le 01/05/2013 19:19
Monsieur Dia, l'attitude des dirigeants africains envers leurs populations depuis les " indépendances" est sans doute aussi un des effets pervers de la violence et de l'arbitraire dont le colonisateur a donné l'exemple par le passé. Mais cela ne dédouane ni les dirigeants, ni les peuples de leurs responsabilités à reproduire, caricaturer, africaniser, l'ex domination des maîtres blancs sur les esclaves ou sur les colonisés. Quand au possible et souhaitable épanouissement économique de l'Afrique il risque fort de rester lettre morte du fait de l'insertion des pays d'Afrique dans la mondialisation libérale, une mondialisation qui, réalisée à crédit, se solde par une crise systémique mondiale qui permet certes à quelques pays émergents de mieux résister que les anciennes puissances mais pour combien de temps ? L'avenir de l'Afrique reste plus que jamais dépendant comme celui de l'Europe ou même celui des USA et de la Chine de la capacité de sortir ou pas du système de sortir de cette crise structurelle du capitalisme autrement que par la guerre ou la décomposition sous toutes ses formes.



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