Ousmane Sow, Joe Ouakam et Ndary Lô ces illustres fils d’Afrique


Ousmane Sow, Joe Ouakam et Ndary Lô ces illustres fils d’Afrique
Il est des moments où parler de la politique devient une  sempiternelle chanson. Un éternel recommencement même si parler de l’histoire de l’humanité est une ritournelle allant jusqu’à donner le tournis.  Il est des moments où il faut savoir célébrer nos héros. Ceux-là même qui nous ont quittés à un moment crucial de notre nation. Au milieu du gué. En effet, l’on parle de la nation africaine et non du continent. Cette Afrique que nous aimons tous, terre de Lucie, notre ancêtre. D’Ousmane Sow à Ndary Lô en passant par Joe Ouakam, qu’ont-ils en commun ? Ce qu’ils ont en commun, c’est d’être tous des artistes. Ce qu’ils ont en commun, c’est d’être tous des fils d’Afrique que nous célébrons à travers leurs œuvres. Héros et hérauts de leur temps et de leurs idées, ils ont su émerveiller le monde culturel planétaire.

Ousmane Sow, l’homme qui faisait parler le bronze
Parti sur la pointe des pieds à 81 ans, Ousmane Sow, de mère saint-louisienne et de père dakarois, naquit dans la fournaise de Rebeuss, un quartier très populaire de Dakar. De son père et dont il garda de doux souvenirs, le jeune homme reçut une éducation stricte. Sévère envers lui-même et d’un esprit libre, ces qualités intrinsèques firent de lui un artiste complet. Par la suite, l’homme débarqua en France. Sa seconde patrie, concéda-t-il souvent dans ses dires. A Paris, il fut kinésithérapeute. Une impression de nous dire qu’il possédait déjà des doigts de fée. La consécration en qualité de sculpteur vint au seuil de ses 50 ans. Quand on regarde de près ses œuvres, l’on sent une maîtrise du corps humain. Et c’est en 1999 que le monde entier découvrit ce talentueux artiste lors de son exposition sur le Pont des Arts, à Paris. Et alors s’ensuivit une renommée dépassant les frontières. Puis en décembre 2013, Ousmane Sow fut le premier artiste noir à faire son entrée à l’Académie française des beaux-arts. En effet, l’Afrique est dignement représentée dans ses œuvres par la mise en scène des peuples Nouba, Massaï et peul.

Joe Ouakam, l’anti-conformiste
De son vrai nom Issa Samb, Joe Ouakam vit le jour le 31 décembre 1945 à Ouakam, la banlieue lébou dakaroise dont il porte le fameux nom. Il est un homme à multiples facettes : peintre, sculpteur, acteur, essayiste, poète, dramaturge, philosophe et écrivain. Longiligne, haut en couleur, au verbe haut et bon rhéteur en sus. Suffit-il de l’entendre parler avec cette voix rauque et empreinte de sagesse. En effet, Joe Ouakam vécut et travailla toujours au Sénégal, sur cette terre qu’il aimait tant. Il fut très tôt un esprit rebelle, ne se conformant pas aux dogmes de la société culturelle de l’époque. Un artiste très iconoclaste et à rebours de la bien-pensance collective de l’époque. Un des premiers artistes à critiquer le concept de la Négritude du poète-président Senghor. En effet, il prônait une ligne qui se voulait indépendante et différente de la politique culturelle de l’époque. Il incarnait à lui seul un pan de la biographie de l’histoire culturelle du Sénégal. D’une générosité très rare, il marqua son temps. Le 25 avril 2017 au petit matin, Joe Ouakam, l’homme qui aimait déambuler sa silhouette dans tout Dakar, tel un météore, laissa le monde culturel dans un deuil profond.
Ndary Lô, l’homme qui a su dompter le fer
Né en 1961 dans la ville de Tivaoune, région de Thiès, Ndary Lô fut un sculpteur-plasticien. Il vécut à Rufisque, ville située à quelques kilomètres de Dakar. Depuis les années 2000, il prit le fer comme le matériau de base dans ses différentes sculptures. Il fut lauréat de plusieurs prix et sa notoriété dépassa les frontières. En effet, Ndary Lô cultivait une précision dans ses œuvres. Rongé par la maladie qui le consumait à petit feu, Ndary n’avait rien perdu de sa superbe et allait jusqu’à superviser sa dernière œuvre qui représente un groupe de marcheurs dans un geste d’espoir. Signe d’une Afrique à l’unisson et marchant de concert vers une certaine émergence. L’artiste s’éteignit le 8 juin 2017 à Lyon et fut enterré à Rufisque, la terre de ses ancêtres.
En effet, l’année 2017 est une hécatombe dans le monde culturel africain, en particulier sénégalais. Ces trois artistes étaient de ceux qui avaient foi en Dieu et en l’homme. Ils se sont battus jusqu'à leur dernier souffle. Mais l’espoir d’une renaissance africaine culturelle est permis et quelque chose nous dit qu’ils sont assis sous un arbre au paradis en train de siroter leur café et de redessiner leur monde culturel. Ils sont devenus célèbres sans vouloir être célébrés. Puisse leur art servir à la postérité qui y trouvera le meilleur d’elle-même ! Pouye Ibra
Vendredi 7 Juillet 2017
Dakaractu



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