NIOKHOR DIONGUE, DIRECTEUR TECHNIQUE PAR INTERIM DU JUDO: «Il n’y a jamais eu de kimono brésilien. Hortance a tiré avec le kimono de la FIJ»


NIOKHOR DIONGUE, DIRECTEUR TECHNIQUE PAR INTERIM DU JUDO: «Il n’y a jamais eu de kimono brésilien. Hortance a tiré avec le kimono de la FIJ»
Hortance Diédhiou a-t-elle savamment préparé son coup d’éclat à Rio de Janeiro ? C’est ce que pense le directeur technique national. Et pour cause, Niokhor Diongue n’arrive pas à comprendre où est ce que la triple championne d’Afrique est allée chercher l’histoire du kimono brésilien dont elle a fait allusion dans les médias. «Il n’y a jamais eu de kimono brésilien. Hortance a tiré avec un kimono de la Fij». Ce, pour avoir refusé précise-t-il d’arborer celui son pays lui a donné. Le DTN déplore également dans cette interview exclusive accordée à l’Envoyée Spéciale de Sud Quotidien, l’attitude de son athlète qui confie-t-il, a tout prémédité.  


Hortance Diédhiou vient de faire une sortie au vitriol en dénonçant le fait d’avoir combattu avec un kimono brésilien, sans occulter le fait d’être déplacée sans son coach. Que répondez vous ? 

Procédons pas étape pour répondre sur les différents points. D’abord, son coach. Elle a effectivement demandé à ce que son coach soit accrédité. Le Directeur de la haute compétition (Souleymane Boun Daoud Diop, Ndlr), lui a demandé de donner les références de ce technicien pour les comparer avec les techniciens sénégalais. Mais jusqu’à ce jour, elle n’a jamais déposé les références de ce soi-disant coach. 
Pour ce qui est du kimono, nous avions de 9h à midi pour le déposer, le 5 août, pour qu’on puisse mettre le dossard. Avant d’aller au centre d’information, il fallait que je dispose du tirage au sort qui a été fait la veille et les liaisons par bus pour qu’on puisse se situer par rapport à l’organisation. C’est pourquoi, je l’ai donné rendez-vous à 9 heures pour que je puisse voir et déposer le kimono. Malheureusement, je ne l’ai pas vu non plus jusqu’à 9h 30. J’ai ensuite pris le soin de revenir au village olympique pour savoir pourquoi, elle n’est pas venue. A ma grande surprise, elle n’était nulle part. Ni au restaurant, ni dans sa chambre. Pour avoir le cœur net, je suis à nouveau retourné au centre pour vérifier si elle a véritablement déposé le kimono à temps pour qu’on ne soit pas forclos. C’est là qu’on m’a confirmé qu’elle a déposé. Elle a tout fait pour que je ne vois pas le kimono. Je suis quand même arbitre mondial et j’ai 40 ans d’expérience. Je connais le règlement. Il y a des exigences par rapport au kimono. C’était vraiment un jeu de cache-cache entre elle et moi. 

Mais pourquoi ce jeu de cache-cache entre elle et vous ? Quel peut-être le but ? 

Elle est la seule à répondre à cette question. En revanche, j’ai très tôt compris qu’elle ne voulait pas que je sois à côté d’elle. Mais j’étais préparé à tout ça. Psychologiquement, j’ai tenu bon. J’ai pratiqué le judo pendant 40 ans. Je ne voulais faire, ni dire quoi que ce soit sur son comportement. 
Mais le comble, c’est l’avant-veille de la compétition. Je suis venu lui dire qu’il faudrait qu’on aille ensemble pour profiter du tapis et de la salle d’entraînement pour lui permettre de s’entraîner. Elle me répond : «j’ai une amie ivoirienne qui est dans la même catégorie que moi. Nous allons nous entraîner ensemble». J’ai accepté tout en préférant rester la suivre avec le coach de la Côte d’Ivoire. 
La veille de la compétition, je lui ai demandé qu’on reparte s’entraîner. Elle m’a répondu : «non, je ne m’entraîne pas. Je préfère aller faire du footing». Le soir, je l’ai raccompagné pour la pesée. Tout ça, je l’ai fait pour être sûr qu’elle va le faire correctement. 

Pourquoi autant de suspicions. Vous parlez comme si vous saviez qu’Hortance Diédhiou allait préparer un coup ? 

Quand vous accompagnez un athlète, la moindre des choses c’est qu’il vous respecte. Le matin, l’athlète doit venir vous demander quel est le programme ? Comme, elle ne le fait pas, j’étais obligé de courir derrière elle. 

Mais vous n’êtes pas son coach. Vous êtes le DTN intérimaire ? 

Avoir ou ne pas avoir de coach au judo, ce n’est pas ça qui fait la différence. Le coach n’a pas le droit de parler à l’athlète tant que l’arbitre n’a pas arrêté le combat. 

Pourtant, elle soutient avoir commis des erreurs que la présence de son coach aurait pu éviter ? Parce que ce dernier l’aurait recadrer.  

Ce n’est pas cohérent. Le fait de le dire signifie que vous le saviez. Pourquoi, elle ne l’a pas fait. Elle le sait. J’ai regardé le film. Techniquement toutes les attaques qu’elle a amorcées, elle le faisait avec un seul bras. Or, on ne peut pas faire tomber quelqu’un au judo avec un bras. On fait une attaque avec les deux bras. C’est ce qui a fait, qu’elle a été facilement contrée par son adversaire et a marqué waza-ari-awasete-ippon.

Quid du kimono brésilien qu’elle dit avoir arboré pour combattre ? 

 Ce kimono brésilien n’existe nulle part. 

Ah bon ? Mais pourquoi ?

Parce que quand un athlète vient avec un kimono qui n’est pas réglementaire, c’est la Fédération internationale de judo (FIJ), qui met à sa disposition un kimono de rechange. Et c’est le cas avec Hortance. J’étais là. J’ai assisté à toutes les péripéties. Nous l’avons pourchassé toute la matinée. Elle se cachait pour qu’on ne la voit pas. 

Vous pensez qu’elle a tout prémédité. Qu’elle a tout planifié ? 
 
Bien sûr ! C’est évident ! Qu’on le veuille ou non, je suis le responsable du judo ici au Brésil. Elle ne m’adresse même pas la parole. Malgré tous les caprices, nous avons tenu bon en allant régulièrement la voir, l’orienter, l’informer de tout. Même pour le kiné, tous les athlètes passent le voir. Elle, elle a dit que di ce dernier voulait, il n’a qu’à passer dans sa chambre. Pourtant, j’ai encore demandé au kiné d’aller se mettre à côté du tapis jusqu’à la fin de l’échauffement. Mieux, je l’ai même ensuite précédé dans la salle de contrôle de kimono. C’est là que j’ai découvert le kimono qu’elle a porté avec deux logos de sponsors. Ce qui est interdit. 

Pourtant, elle soutient que c’est le Sénégal qui lui a donné ce kimono ? 

Ce n’est pas vrai. C’est elle-même qui a emmené ce kimono. Pour les équipements spécifiques, le ministère avait choisi d’autoriser aux athlètes d’acheter ce qu’ils veulent pour qu’ils se fassent rembourser ensuite. Cet argent est disponible. Mieux, les athlètes ont aussi reçu une somme d’argent pour la participation. 
Sans occulter que Mizuno (marque japonaise) avait même offert un kimono au Sénégal. Le secrétaire général du Cnoss et le DHC sont allés la voir pour le lui proposer. Elle a dit qu’elle avait ce genre de kimono avec elle. Il n’y a jamais eu de kimono brésilien. Elle a tiré avec le kimono de la FIJ, comme le stipule le règlement. 

Là également, elle déplore avoir été convoquée à minuit pour récupérer ses 10 millions ? 
 
Ça aussi, ce n’est pas vrai. Elle n’a jamais été convoquée à minuit. Je suis parti au ministère à 19 heures. Comme, elle devait voyager le lendemain, j’ai dit : il faut qu’elle parte avec son argent. Je suis resté au ministère de 19 h à minuit. Elle m’a appelé vers minuit moins. Je lui ai dit que j’avais récupéré l’argent et qu’elle n’a qu’à me donner un numéro de compte pour que je lui verse dedans. Elle a refusé. Elle m’a dit qu’elle va appeler son frère pour qu’il vienne chercher l’argent sur place. J’ai toutes les décharges avec moi. 

Pourquoi la Fédération a choisi Hortance Diédhiou alors qu’elle pouvait inviter un autre athlète dans ce cas ? 
 
Ce choix a été porté sur elle avant que je ne sois nommé DTN. Mais, je crois qu’elle était dans le ranking-list, la mieux placée parmi les quatre athlètes en judo. C’est peut-être ce qui justifie son choix. Personnellement, si j’avais à choisir un athlète actuellement, je prendrai peut-être le plus jeune pour préparer l’avenir.  
Réalisé par Abdoulaye THIAM
(Envoyé Spécial à Rio)
Sud Quotidien
Samedi 13 Août 2016
Dakaractu




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