Mutineries de 1971, 1996 et de 2016 : Les périodes sombres de Rebeuss

Les malheureux incidents qui se sont produits le 20 septembre dernier à la prison de Rebeuss sont à inscrire dans une longue tradition qui a marqué ce célèbre lieu de détention. En 1971, en 1996 et en 2016, Rebeuss a connu des mutineries qui ont toutes découlé de la promiscuité et des problèmes de surpopulation carcérale.


Mutineries de 1971, 1996 et de 2016 : Les périodes sombres de Rebeuss
La prison de Rebeuss a connu une série d’événements tragiques qui ont marqué son histoire. Ces quatre dernières décennies, elle a été secouée par des révoltes des détenus. En 1971, 1996 et 2016, la célèbre prison a fait face à de mémorables mutineries. Pour Chérif Daha Ba, historien, la prison est par essence le lieu de contestation, d’insurrection, de rébellion et de révolte. «La prison est un espace emprisonné. Quand on vous prive de liberté, votre seul souhait est de sortir. Il y a eu des mutineries partout, dans toutes les prisons du monde. Tous les 20 ans,  il y a eu des  pics de violence. Les mutineries sont cycliques au Sénégal. Même durant la période coloniale,  il y a eu des révoltes dans les prisons. Celles-ci sont survenues à Saint-Louis au début du XXème siècle», renseigne l’historien
 
 
 
Mutinerie du 7 Avril  1971 ou la révolte des incendiaires
 
 
 
Le 7 avril 1971, des groupuscules liés à Oumar Blondin Diop et ses frères blondistes se sont signalés par des coups d’éclat comme l’incendie du centre culturel français à la rue Blanchot, à la veille de la visite du Président Georges Pompidou. Arrêtés à la suite de cette action, les membres du groupe sont à l’origine, quelques semaines plus tard, d’une mutinerie à la prison de Rebeuss où ils étaient incarcérés. A quelques heures du transfert de certains d’entre eux au Fort B, une mutinerie a alors éclaté. D’après les sources de l’époque, le groupe des «incendiaires»  a malmené un gardien, les autres en ont alors profité pour prendre le large. Les gardiens ont fait usage de gaz lacrymogènes et les détenus ont répliqué par des jets de pierres, entraînant ainsi des blessés des deux côtés. Des prisonniers ont alors emprunté le mirador déserté par la sentinelle et se sont fait la malle. Il y aurait eu plus d’une vingtaine d’évadés avant l’arrivée de la  Brigade Mobile d’Intervention (Bmi) en provenance du Camp Mangin. Au bout de quelques semaines, la grande  majorité des évadés ont été repris par les forces de l’ordre. Selon beaucoup d’observateurs, cette  révolte  aurait coûté son poste au ministre de l’Intérieur de l’époque Amadou Clédor Sall. Il est remplacé par Jean Colin qui était jusque-là, ministre des Finances.
 
 
 
Mutinerie du 29  Novembre  1996 ou les dangers de la surpopulation
 
 
 
Le 29 novembre 1996, une autre mutinerie des prisonniers à Rebeuss a nécessité l’intervention de forces de l’ordre pour maîtriser la situation. Selon la presse de l’époque, le colonel Djiby Diop (directeur de l’administration pénitentiaire) et le régisseur de la prison M Thior, tout est parti d’une altercation entre le chef de cour et un détenu qui, après une corvée à refusé de rejoindre sa cellule. Il a alors foncé sur la vitrine du parloir avant de se blesser. Les autres détenus qui pensaient qu’il a été battu à mort, ont commencé à jeter des cailloux et ont investi la partie administrative de la prison. Selon le régisseur, une quarantaine de détenus ont escaladé la terrasse et assiégé le poste de Police. Ils sont montés sur le mur d’enceinte et ont jeté des pierres aux domiciles du régisseur et son adjoint. La légion de la Gendarmerie d’intervention a réussi à ramener la situation à la normale. Mais au cours de l’appel, il y a eu encore des réticences et un gardien a été blessé. La situation a encore une fois dégénéré, les forces de l’ordre ont tiré en l’air pour reprendre la situation en main. Les 4 détenus blessés ont été transférés à l’hôpital Principal.
 
 
 
Par ailleurs, le colonel Djiby Diop et le régisseur de la prison M Thior ont reconnu que la prison de Rebeuss qui reçoit 968 détenus dont 835 en détention provisoire pose un problème de sécurité.  Selon les autorités, il ne se passe pas un trimestre sans qu’un mouvement de foule ne survienne dans la prison. Et jusque-là, la capacité de dialogue de l’administration pénitentiaire a permis d’éviter le pire.
 
 
 
20 septembre 2016 ou le fantôme de Ibrahima Mbow
 
 
 
La dernière révolte en date est celle du 20 septembre dernier. Les mutins dénonçaient la vétusté de la prison qui est confrontée à des problèmes de surpopulation. Les incidents ont occasionné la mort d’un détenu du nom de Ibrahima Mbow qui a été atteint d’une balle réelle. Selon l’administration pénitentiaire, les échauffourées découlent d’une tentative d’évasion de plus de 600 détenus. Les prisonniers ont déploré la promiscuité du fait du surpeuplement, la question des longues détentions et la permanence des chambres criminelles. La situation a pu être maitrisée par les gardiens au prix de 14 blessés contre 27 chez les détenus. «Il y avait 44 gardes pénitentiaires contre 2090 détenus. N’eût été le professionnalisme des gardes, le bilan aurait été beaucoup plus lourd. Les gardes ont fait preuve de responsabilité. Ils ont tiré en l’air et usé de leur formation de qualité afin de maîtriser le flot des détenus qui avaient défoncé une porte», a indiqué le ministre de la Justice Sidiki Kaba qui a promis de prendre quelques mesures pour désengorger Rebeuss avec la construction de deux nouvelles prisons et à assurer la permanence des chambres criminelles.
 
  (L'AS)
 
Mercredi 28 Septembre 2016
Dakar actu



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