Musique -Culture : Lettre ouverte aux candidats à l’élection présidentielle sénégalaise

De nombreux artistes se sont impliqués dans la campagne électorale mais souvent dans une modalité d’amplification de messages politiques ou dans une modalité d’animation de meetings. Dans ces rassemblements ou la musique a joué un grand rôle, les droits de communication public, droits d’auteur liés à l’utilisation des œuvres exécutées n’ont pas été à ce jour payés par la plupart des partis et des coalitions, les deux principales coalitions notamment. Ceci, à soi seul devrait inquiéter et nous inquiète.


PROPOSITIONS POUR UN PROGRAMME CULTUREL

Musique -Culture : Lettre ouverte aux candidats à l’élection présidentielle sénégalaise

Lettre ouverte aux candidats à l’élection présidentielle sénégalaise

Messieurs Les Candidats,

Avant de vous souhaiter bonne chance, L’AMS (Association des métiers de la musique du Sénégal) déplore le traitement réservé aux questions culturelles durant ces élections : prise en charge tardive, affirmation faible d’une vision, propositions éparses en lieu et place d’un programme, urgences non identifiées etc.

Il est vrai que de nombreux artistes se sont impliqués dans la campagne électorale mais souvent dans une modalité d’amplification de messages politiques ou dans une modalité d’animation de meetings. Dans ces rassemblements ou la musique a joué un grand rôle, les droits de communication public, droits d’auteur liés à l’utilisation des œuvres exécutées n’ont pas été à ce jour payés par la plupart des partis et des coalitions, les deux principales coalitions notamment. Ceci, à soi seul devrait inquiéter et nous inquiète. La première considération du travail des acteurs culturels devrait commencer par le respect de leurs droits de propriété intellectuelle, droits moraux et patrimoniaux. Les droits de propriété intellectuelle doivent faire partie du budget de toute campagne. Le paiement ou non des droits de propriété intellectuelle ne devrait point être laissée à la libre appréciation des hommes politiques. Ce paiement s’impose à tous les citoyens en premier lieu à ceux qui briguent la place de premier citoyen. Les droits de propriété intellectuelle ne sont pas des concepts abstraits.

Si la politique est la gestion de la cité, de toute la cité, les acteurs de la musique veulent aussi que le monde de la culture dans lequel ils vivent soit considéré avec sérieux et attendent des décisions sérieuses.

Pour aider à la décision, nous déplions ci dessous notre vision et déclinons des propositions, qui, sans être exhaustifs, constituent des piliers essentiels d’un programme pour la musique.

NOTRE VISION

1. La culture est un facteur de développement économique et social, créateur d’emplois et de devises. Pour un pays à fort taux de chômage comme le nôtre, ce n’est pas rien.

2. De la création à la distribution en passant par la production, les acteurs de la filière musicale doivent pouvoir vivre dignement et décemment de leurs talents.
3. La culture peut et doit participer au rayonnement de notre pays. Elle y contribue déjà malgré les nombreuses difficultés qui alourdissent son envol.

4. L’accès des populations à une culture de qualité est un droit universellement reconnu qui doit avoir une réalité vivante.
ELEMENTS FONDAMENTAUX D’UN PROGRAMME

Une protection forte des droits de propriété intellectuelle des auteurs, artistes-interprètes et producteurs.
La loi portant sur la protection du droit d’auteur et des droits voisins promulguée depuis janvier 2008 n’est pas encore appliquée constituant un manque à gagner considérable pour les auteurs, les artistes interprètes et les producteurs. Nous devons en urgence passer à la phase pratique. Il faut que l’Etat mette tout de suite à disposition les moyens pour la création de la nouvelle société de gestion collective qui sera chargée de collecter et de répartir ces droits. Nous devons aussi travailler à l’élaboration et à la promulgation des décrets d’application visés par cette loi. Il va s’en dire, que pour des raisons d’efficacité, ce processus ne peut se faire que de manière participative.

Le montant des droits payés par la radio télévision nationale (RTS) doit être révisée largement à la hausse. Vingt cinq millions par an pour le répertoire mondial des œuvres littéraires et artistiques, c’est tout simplement scandaleux. Cela semble plutôt relever de la moquerie.

Il est devenu urgent de procéder à un bilan de la brigade de lutte contre la piraterie dont l’action est perçue comme une goutte d’eau dans l’océan. Une brigade efficace de lutte contre la piraterie devrait être dotée de moyens financiers et logistiques raisonnables (ce qui n’est point le cas actuellement) et de ressources humaines appropriées pour prendre en compte l’irruption des nouvelles technologies : internet et appareils nomades notamment.

Au même titre que tous les autres travailleurs, les artistes-interprètes et les acteurs de la musique doivent pouvoir accéder à des régimes de sécurité sociale et de retraite.
La sécurité sociale, les régimes de retraite et les dispositifs fiscaux actuels sont inadaptés à notre monde, car ils ne sont pas conçus pour répondre aux besoins spécifiques résultant des conditions de travail des artistes et des autres acteurs de la musique (techniciens, managers, régisseurs, etc.). Cela aboutit à réduire leurs droits légitimes. Les faibles revenus qu’ils tirent de contrats sporadiques contraignent beaucoup d’artistes-interprètes « indépendants » et de travailleurs intermittents à de lourds sacrifices pour assumer, en l’absence d’employeur, les cotisations à des assurances privées. Cela les place en situation de grande vulnérabilité.

La Recommandation de l’UNESCO sur la Condition de l’Artiste a été adoptée il y a près de trente ans par le Sénégal. Le temps est venu de la rendre vivante. L’AMS appelle nos dirigeants à en faire une priorité, notamment au regard de la Convention de 2005 sur la Protection et la Promotion de la Diversité des Expressions Culturelles, récemment entrée en vigueur et ratifié par le Sénégal.

Pour une politique de formation aux métiers de la musique

Les acteurs de la musique doivent se former en permanence durant leur carrière, tant pour maintenir à niveau leurs compétences que pour les développer afin de s’adapter à un environnement changeant. Pourtant, en raison du manque de ressources et de structures disponibles, ils n’en ont pas toujours la possibilité. Ils ont un accès insuffisant à la formation comme à des opportunités de reconversion professionnelle leur permettant d’exploiter leur potentiel créatif dans un autre secteur d’activité. Il nous faut des écoles de formations aux métiers de la musique pour rendre ce secteur plus compétitif. Comme offre de formation, l’Ecole National des Arts (ENA), est la seule structure publique de formation aux métiers de la musique. Son programme est inadapté aux exigences actuelles de la musique. On y enseigne encore la musique « inspirée par les neufs muses grecques » et on consacre de nombreuses heures et des centaines de page à étudier l’histoire de l’opéra européen, la musique franco flamande du 15ème siècle etc. La musique africaine n’y est pas encore enseignée et l'étude des instruments traditionnels reléguée au second plan. La réforme de 1998, qui a réuni quatre écoles (l'Ecole des Beaux Arts, l 'Ecole Supérieure d'Education Artistique, le conservatoire et l'Institut de coupe ,couture et Mode) en une seule (ENA) n'a réussi qu'à réduire l'enseignement de la Musique à sa plus simple expression, c'est à dire un département occupant un palier avec trois pièces, d'un immeuble destiné plus à l'habitation qu'à abriter une école .Une réforme salvatrice est devenue urgente.

Les bourses d’études internationales sont quasi inexistantes. Nos nombreuses ambassades, en mettant à contribution les conseillers culturels, devraient aider à l’obtention de bourses internationales pour accompagne l’éclosion des jeunes talents et la maturation de nombreux acteurs.

Pour une bonne circulation des oeuvres et des artistes
L’Afrique constitue un vaste marché potentiel pour les produits de la musique. Un marché encore largement sous exploité et relativement cloisonné. Le manque à gagner, pour les artistes et les économies nationales, est considérable. L’organisation de ce marché ne saurait être effective sans l’engagement et l’implication de nos dirigeants.

La mobilité fait partie intégrante du travail de beaucoup d’artistes-interprètes. Les tournées et les spectacles à l’étranger sont importants pour la carrière d’un artiste et en constituent souvent un élément gratifiant. Elles favorisent l’inspiration artistique grâce à la fertilisation réciproque de cultures et de traditions différentes et encouragent le dialogue interculturel et la diversité culturelle. Cependant, les modalités d’obtention de visa deviennent de plus en plus draconiennes pour les artistes désirant se rendre à l’étranger pour les besoins de leur travail. Il arrive fréquemment que des artistes ayant signé des contrats en bonne et due forme avec des producteurs exerçant dans les pays occidentaux se voient arbitrairement refuser des visas. L’implication plus active des autorités pour résoudre ces problèmes est vivement attendue.
Des informations claires et complètes concernant la mobilité des artistes devraient être disponibles et facilement accessibles.


Pour un aménagement culturel du territoire national
L’aménagement culturel du territoire, en plus de favoriser la circulation des artistes, permet l’accès de toutes les populations à une culture de qualité et favorise également le tourisme culturel. Des espaces culturels appropriés et raisonnablement équipés devraient être construits dans toutes les régions du Sénégal.

Il y a environ 70 festivals de musique annuels au Sénégal. Ils sont mal accompagnés. Les financements, quand ils existent sont modiques, irréguliers, tardifs et non sécurisés par des conventions. Cette situation résulte de la non prise en compte en terme de politique, du rapport entre festivals, culture et économie. Alors que le taux de croissance de notre tourisme est en constante baisse, on remarque que le taux de croissance de ce secteur est en hausse dans certains pays tels le Maroc, le Ghana et le mali grâce au tourisme culturel. L’expérience du Festival de Jazz de St Louis, nonobstant les problèmes d’organisation doit être méditée : à chaque édition, les hôtels sont pleins, les bars et restaurants remplis, la foire commerçante grouillante.
La défense du patrimoine musical
Nos archives musicales subissent chaque jour, les assauts de la moisissure et de la poussière, nos musiques traditionnelles ne sont plus produites. Les politiques culturelles devraient intervenir pour corriger les imperfections du marché libéralisé.
La musique traditionnelle devrait être soutenue et subventionnée. Nous tenons ici à réaffirmer que les produits culturels, parce qu’ils transportent des informations, des émotions et reflètent des identités, ne sont pas des produits comme les autres.

L’implication des acteurs de la musique dans les processus de décision.
L’AMS demande à ce que les acteurs de la musique disposent d’une place dans les processus de prise de décision touchant les questions liées à leurs métiers. Les acteurs de la musique et les organisations qui les représentent doivent être présentes dans l’élaboration des politiques, les processus de prise de décision et leur mise en oeuvre à tous les niveaux.

L’AMS toujours sur la brèche des questions cruciales de la musique, demande a être associée plus activement dans le dialogue et le choix des politiques relevant du secteur.










Vendredi 23 Mars 2012
AMS - Association des Metiers de la Musique




1.Posté par ussubb le 23/03/2012 12:12
Un mérite pour Guissé Péne, le SG de l'AMS qui n'a ménagé aucun effort pour le respect aux metiers de la musique., bref à tout l'environnement de la culture en génèral.



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