Monsieur le premier ministre, le rapport du PNUD est encore plus alarmant


Depuis quelques  jours, l’existence d’un rapport « secret » du FMI classant le Sénégal parmi les 25 pays les plus pauvres de la planète  alimente le débat politique national.  Ce  rapport est tant décrié par nos autorités  - dont le premier ministre en tête – qui sont sur le point de vouloir discréditer l’institution elle-même. L’argument principal  qu’elles brandissent  est que le développement ne saurait se limiter à l’indicateur du PIB et, par conséquent,  le rapport du FMI ne reflète en aucune manière la situation  réelle du Sénégal en matière de développement économique. Mais la situation réelle du pays n’est autre que celle d’une augmentation inquiétante du nombre de sénégalais vivant en deçà du seuil de pauvreté. Selon la Banque mondiale, un Sénégalais sur deux vit dans la pauvreté en 2015, faisant passer le nombre de pauvres vivant au Sénégal de 6 millions à 7 millions entre 2010 et 2015. Cette performance n’est évidemment pas honorable pour un pays qui se fixe comme objectif de devenir émergent d’ici 2030. Malgré les professions de foi des hommes qui nous gouvernent, le « Yonou Yokouté », « le Plan Sénégal Emergent », le niveau de croissance enregistré ces dernières années est très faible pour faire reculer la pauvreté et consolider la situation budgétaire du pays qui reste très inquiétante.
Monsieur le premier ministre,
Nous  pouvons vous  concéder, si vous voulez, l’argument que le rapport du FMI tranche d’avec la situation actuelle du  Sénégal.  Permettez-nous, toutefois,  d’apporter quelques précisions sur la vérité effective des choses, en utilisant des indicateurs alternatifs certainement  plus convaincants et qui confirment tous la tendance actuelle de la mauvaise performance  économique de votre gouvernement.  
Le dernier rapport du programme des nations unies pour le développent (PNUD) consacré au développement humain est encore plus alarmant que celui dont on parle au FMI. Contrairement à l’indicateur de base qu’utilise le FMI (le PIB), qui ne prend en compte que la richesse monétaire, l’indicateur de développement humain utilisé par le PNUD, plus connu sous l’IDH, a pour objectif de mesurer le niveau de développement des pays, sans se limiter au PIB. L’IDH intègre trois éléments fondamentaux : l’espérance de vie (y inclue la santé), le niveau d’instruction et le PIB. Il s’agit d’un indicateur synthétique qui, sans doute, est le plus pertinent pour apprécier le niveau de développement d’un pays, compte tenu du caractère multidimensionnel du développement.
En 2012, le Sénégal avait un IDH de 0.47, le positionnant au 154ème rang sur 187 pays dans le monde. En 2014, son IDH a certes connu une hausse  en passant de 0.47 à 0.48.  Mais comparée au reste du monde, l’évolution a été très faible, voire insignifiante, faisant ainsi passer le classement du Sénégal de la 154ème place à la 163ème place mondiale. Autrement dit, entre 2012 et 2015, le Sénégal s’est appauvri tant sur plan économique que social. Les inégalités se sont aggravées, tandis que  le fossé entre le monde urbain et rural se creuse davantage,  accélérant ainsi la détérioration des conditions de vie, au point qu’en 2015, notre cher pays figure dans le cercle réduit des pays vivant dans l’extrême pauvreté.
Au lieu de nier une vérité que nul n’a besoin d’être économiste pour constater, le courage  recommanderait  de prendre conscience des facteurs  qui  ralentissent notre économie et  qui maintiennent inlassablement la moitié de la population sénégalaise dans la pauvreté afin de proposer des solutions plus ambitieuses et plus audacieuses  que de simples slogans sans contenu. Dans le souci d’être constructif, permettez-nous encore une fois, d’évoquer deux choses  qui se  ont empiré la situation du pays depuis 2012, et qui constituent de véritables obstacles à une croissance économique soutenable :
La non-maîtrise des dépenses publiques et plus particulièrement de la masse salariale
Une des ruptures fondamentales que les Sénégalais attendaient du régime de  Macky Sall lorsqu’ils le portaient au pouvoir en 2012 était de rationaliser les dépenses publiques, non seulement en les maîtrisant mais aussi et surtout en les rendant plus efficaces. Aujourd’hui à mi-mandat, les indicateurs sont encore plus inquiétants. L’augmentation des dépenses, qui restent largement supérieures à celle des recettes, a affaibli la viabilité de nos finances publiques. Entre 2004 et 2014, le déficit budgétaire est passé de 1.3% à 5,2% du PIB, sans que cela ne se matérialise par des résultats efficaces, ni sur le marché de l’emploi, ni sur les recettes de l’Etat. Bien évidemment, un déficit public n’est pas toujours mauvais en soi, à condition que les ressources soient utilisées pour des investissements productifs.  Ceci   est loin d’être le cas dans le contexte  sénégalais. La progression des dépenses courantes constatées ces dernières années a été alimentée par une hausse inappropriée de la masse salariale dont une grande partie a servi à gérer une clientèle électorale   à travers des recrutements abusifs. En 2014, la masse salariale consolidée représente 42 % environ des recettes intérieures, un niveau nettement supérieur à la moyenne de l’Afrique (30,7 %) et à celle des pays à faible revenu (26 %). Ce pourcentage dépasse en outre largement le critère de Convergence de l’UEMOA dont le plafond est fixé à 35 % des recettes intérieures. Selon le FMI, les effectifs de la fonction publique au Sénégal (150.000 employés environ) bien qu’ils ne soient pas maîtrisés, restent encore dans les normes internationales.  Mais le problème fondamental réside dans le gonflement de la masse salariale qui est entièrement dû aux suppléments salariaux, aux primes et indemnités très souvent inopportunes et générateurs d’inégalités.  Par exemple, en 2014 la masse salariale de l’Etat était de 526 milliards, dont plus de 45% constitués de suppléments salariaux.  Ces  suppléments salariaux sont  le plus souvent versés à des fonctionnaires ou personnels de l’Etat qui disposent déjà de très bons salaires, ou utilisés pour  couvrir des actions politiques   à vocation clientéliste. En vouloir aux fonctionnaires pour ces avantages qui leur sont octroyés serait injuste, quand on sait qu’en 2015, Macky Sall a décidé d’augmenter son budget à la présidence de plus de 20 milliards, alors que près de 7 millions de sénégalais vivent avec moins de 750 FCFA par jour !
Régler la question de l’énergie pour une croissance inclusive
Les dépenses de développement ont un coût d’opportunité. Le constat général au  Sénégal est que notre économie connaît toujours des goulots d’étranglement en raison du coût élevé de l’électricité et de l’insuffisance de la production électrique. Le prix de l’électricité au Sénégal reste l’un des plus chers du monde, alors que sa distribution en quantité suffisante n’est toujours pas garantie même dans les grandes villes économiques telles que Dakar, Thiès, Kaolack ou Diourbel.  Plusieurs études réalisées dans les pays en développement, notamment en Côte d’Ivoire qui, en un moment donné, a rencontré les mêmes difficultés que le Sénégal dans la gestion de l’énergie, montrent qu’il existe une relation de causalité entre la consommation énergétique et la croissance économique.  Par conséquent,  il devient impératif pour nos autorités, si elles veulent renouer avec la croissance, de trouver les réformes adéquates dans le secteur de l’énergie avec l’objectif de baisser le coût de production tout en assurant une quantité suffisante de production, tant pour les ménages que pour les entreprises. C’est d’ailleurs ces inquiétudes qui amènent le FMI à considérer cette situation comme un obstacle majeur à la croissance économique au Sénégal, mais aussi  un facteur déterminant dans la persistance de la pauvreté.
Monsieur le premier ministre,   
Les clignotants économique sont au jaune et ne tendent pas, en tout cas, vers le vert. Croyez-nous, les Sénégalais n’ont pas besoin de rapports du FMI ou de la Banque mondiale pour se rendre compte des difficultés dans lesquelles ils vivent. Ils s’embourbent davantage à cause d’un manque de vision de votre équipe gouvernementale. La gestion calamiteuse de nos dépenses publiques qui servent en grande partie à des fins politiques et partisanes  doublée de l’incapacité notoire de nos autorités dans la gestion de l’énergie ne sont que quelques-uns des facteurs qui enfoncent et maintiennent le Sénégal dans la pauvreté, voire dans l’extrême pauvreté. Plutôt que de vouer aux gémonies un rapport qui expose la mauvaise santé économique de notre pays, concentrez-vous plutôt à trouver des remèdes pour parer au plus urgent. 

Parti Socialiste (PS)
Jeunesse pour la Démocratie et le Socialisme (JDS)
 
Lundi 2 Novembre 2015
Dakaractu




1.Posté par quidam le 02/11/2015 09:05
Analyse très pertinente. Espérons seulement que nos chers gouvernants malgré leurs gesticulations partagent cette même analyse de nos problèmes structurels. Le plus inquiétant c'est que ces contre-performances interviennent au moment où la conjoncture est plus que favorable avec la baisse des prix du pétrole et l'appréciation forte du dollar dont les effets mécanique ont conduit à la baisse des prix mais sans pour autant que notre économie gagne en compétitivité (balance commerciale toujours tendanciellement déficitaire, tourisme à l'agonie, exportations en berne, etc.). Cela laisse augurer une situation encore plus désastreuse et explosive en cas de retournement de conjoncture.

2.Posté par mmbacké le 02/11/2015 09:34
une analyse pertinente, seulement n'oublient pas que vous êtes aussi responsable qu'eux sur cet échec,
vous vous êtes impliqués dans la gestion du pays depuis au début de la nouvelle alternance.merci



Dans la même rubrique :