Mitsubishi Motors admet avoir embelli les niveaux de consommation de 600.000 voitures

Le constructeur nippon a découvert une manipulation des tests de performances de quatre mini-voitures vendues au Japon sous sa marque et celle de Nissan.


Mitsubishi Motors admet avoir embelli les niveaux de consommation de 600.000 voitures
Un long rideau noir. Des tables installées à la hâte. Une forêt de micros. Et derrière, un PDG qui s’incline longuement, sous les flashs des caméras, en demandant pardon pour les erreurs de son entreprise. Mardi soir, à Tokyo, Tetsuro Aikawa, le président du constructeur Mitsubishi Motors, s’est prếté à un rituel de plus en plus pratiqué dans un monde des affaires japonais frappé, ces dernières années, par une multitude de scandales.
Quelques minutes plus tôt, le constructeur avait révélé que ses employés avaient falsifié depuis 2013 les résultats des tests de performances énergétiques d’au moins quatre types de véhicules commercialisés sur le marché japonais dans la catégorie très populaire des « kei » cars ou « mini-voitures ». « J’ai honte », a soufflé le dirigeant qui a confirmé que les fraudes étaient « intentionnelles ».
Dommages « importants » sur les résultats
Les équipes auraient ainsi embelli de 5% à 10% les informations sur la consommation de deux modèles, dont 157.000 unités ont été vendues sous la marque Mitsubishi, mais également triché pour deux autres véhicules qui ont été produits, à 468.000 exemplaires, par Mitsubishi pour la marque Nissan.
Ce sont d’ailleurs les ingénieurs du deuxième plus grand constructeur de l’Archipel qui ont récemment donné l’alerte en découvrant des écarts entre leurs propres essais et les données communiquées par Mitsubishi. Les deux constructeurs ont immédiatement stoppé la vente et la production de ces modèles. « Les dommages sur nos résultats vont être importants », a reconnu Tetsuro Aikawa, avant d’expliquer que d’autres véhicules pourraient être concernés, même à l’étranger.
L’enquête interne ayant montré que le constructeur avait appliqué, depuis 2002, à certains de ses modèles une méthode de calcul des consommations non conforme à la loi japonaise. Avant même ces précisions, les investisseurs effrayés par la crise avaient fait plonger de 15,16% le titre de Mitsubishi Motors sur la place de Tokyo.
Déjà lourdement sanctionné en 2000
Si ces fraudes pourraient donner lieu aux versements de compensations, elles auront probablement un impact financier bien moins important que celui auquel a été confronté Volkswagen après son trucage des tests antipollution. Elles vont toutefois faire souffrir Mitsubishi Motors, au moment où le groupe pensait enfin avoir réussi à rétablir sa croissance et à redresser son image après une décennie particulièrement chaotique.
En 2000, Mitsubishi Motors avait déjà été lourdement sanctionné après avoir admis qu’il avait caché au ministère des Transports, pendant plus de 20 ans, l’existence de plaintes de consommateurs afin d’éviter de coûteuses campagnes de rappel de ses véhicules. Préférant organiser des réparations au cas par cas, le groupe avait finalement dû rappeler près d’un million de voitures, ce qui représentait une opération gigantesque à l’époque. Deux ans plus tard, l’image du constructeur avait encore été entachée par l’accident mortel provoqué dans une rue de Yokohama par le détachement violent du pneu d’un poids lourd du groupe. Une piétonne avait été tuée par la roue folle, et ses deux enfants légèrement blessés. Et, une fois encore, la direction de la société avait été accusée d’avoir dissimulé un défaut qu'elle avait constaté sur plusieurs véhicules.

Profitabilité difficile à redresser
Handicapé par ces scandales, un divorce avec DaimlerChrysler et la crise financière de 2008, le groupe a peiné à redresser sa profitabilité et ses ventes. Sur l'exercice fiscal qui s'est achevé en mars dernier, il devrait avoir vendu environ 1,05 million de véhicules - ses résultats annuels n'ont pas encore été communiqués. En 2000, il en avait écoulé 1,5 million grâce notamment à une forte popularité aux Etats-Unis.
Pour se redresser, le groupe a, comme nombre de constructeurs de taille moyenne, réorienté depuis 2010 sa stratégie sur les pays émergents d’Asie du Sud-Est, où les grandes marques américaines et européennes sont moins présentes. En novembre dernier, il a fermé sa dernières ligne d’assemblage aux Etats-Unis. 
Jeudi 21 Avril 2016
Dakaractu




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