Miname reste figé dans sa position face à la centrale à charbon


Miname reste figé dans sa position face à la centrale à charbon
La situation de Bargny et de sa fameuse centrale à charbon connaît une évolution. Elle est positive ou négative selon la position que l’on défend ou le contexte dans lequel on l’aborde.Toutefois, il est bon de clarifier en toute responsabilité sa position par rapports  aux discours qui se tiennent et qui peuvent induire certains en erreur ou mettre du flou dans la tête d’autres personnes préoccupées par le devenir de la cité. En tant que président du Collectif pour la sauvegarde de Miname, je me vois une obligation et un devoir de rapporter ce que mon quartier m’exige de transmettre afin de lever toute ambigüité et permettre un bon jugement à la postérité. Le bon Dieu ne nous ayant pas encore ravi la vie, nous veillerons à transmettre fidèlement les aspirations des populations qui ont eu confiance en nous, ne serait-ce que pour nous assurer la possibilité de nous pavaner allègrement dans ces vieilles rues qui nous ont vus naître et grandir dignement, sans risque d’être indexés ; mais aussi d’éviter toute équivoque, vu le manque de communication qui a prévalu et qui reste bien entretenu. Nous avons un vécu et avons traversé maintes péripéties qui nous assoient dans une attitude bien claire. Nous la partagerons avec les autorités administratives en particulier, et les sénégalais en général. La signature d’un protocole d’accord entre la SENELEC et la Commune de Bargny s’est faite sans laisser paraître les réserves émises comme s’il y avait une totale adhésion des populations. Loin de là d’ailleurs.
Miname a posé un acte qui a suscité des réactions. L’on est en droit de se poser la question de savoir si c’est une simple coïncidence que le fait que les populations se soient opposées à la pose d’un corridor de tuyauterie soit suivi d’une étude financée par la BAD, sur la restructuration et la régularisation de Bargny-Guedj d’une part, et le relogement de Miname d’autre part. Nous doutons fort bien que ce soit sur inspiration du Maire de Bargny comme il le prétend. C’est une bonne occasion qu’il veuille en faire une récupération. Nous avons toujours décrié cette situation due à l’avancée de la mer sans avoir oreille attentive. Nous ne saurions cautionner la démarche de faire valoir qu’a emprunté notre Maire.
Il faut faire maintenant la part des choses.
Notre localité est agressée par les vagues, de manière inquiétante depuis mars 1981. Ne trouvant aucune alternative à la situation, les populations ont commencé à se cotiser pour remblayer les carrières qui jadis, surplombaient leurs habitations menacées. D’aucuns ont participé, qui en donnant du carburant, qui en prêtant un engin gradeur. Est intervenu un Député d’alors leur demandant de surseoir à cette méthode. Le Président de la République Abdou Diouf  est venu en aide sur fonds politiques, à hauteur de  60.000.000 frs du temps de M. Mamadou Lamine Loum 1er Ministre. Le site a été remblayé et morcelé avec l’avènement de la commune de Bargny. Sur les 700 parcelles qui en sont issues, 219 sont revenues aux villageois. Aucune mesure d’accompagnement n’est venue de l’Etat afin de faciliter le relogement des populations.
                En février 2009, une audience publique nous faisait part de l’installation future d’une centrale à charbon qui ne toucherait pas les lotissements. Le projet a commencé à se réaliser malgré l’opposition de tout Bargny. C’est à notre grande surprise, bien plus tard que nous avons appris que le site a été saisi pour cause d’utilité publique et vendu par l’état à la CES (Compagnie Sénégalaise d’Electricité) à la somme de 1.450.000.000 f cfa. Le projet est financé à plus de 300.000.000.000 f cfa. Les lotissements de Miname 1 et 2, régulièrement établis sont pointés comme Terrains Non Immatriculés (TNI) sur les cartes dont ils disposent.
              Nous avons payé nos frais de bornage et disposons de nos actes administratifs. D’aucuns ont mêmes construits. Il se trouve maintenant que dans cette situation-là, nous ne pouvons pas vivre avec la centrale qui en est à sa phase finale de construction. Les 500 mètres dictés par le code de l’environnement n’ont pas été respectés. Il a été procédé de manière sélective, à un dédommagement de personnes n’habitant même pas le village. Depuis toute cette période, nous ne pouvons disposer de nos parcelles et ne pouvons construire dans nos concessions traditionnelles. Des entreprises sont installées employant des jeunes du terroir. Avec la construction du port minéralier et vraquier, leurs activités seront vouées à l’échec. Les cabanons déguerpis ont entrainé une forte déflation de la main d’œuvre locale. Il leur est arraché les terres cultivables sans aucun dédommagement. Nous resterons enfermés dans ce cul de sac. Les faibles économies que nous réalisons ne peuvent être investies dans le logement, d’où une paupérisation très accentuée. L’étape de la construction de la centrale est à un enfouissement de tuyauteries qui partent en mer pour le refroidissement des turbines, ce à quoi se sont opposées les populations et qui a suscité des menaces et des tentatives d’intimidations venant de certaines autorités. Le tracé des tuyaux veut récupérer l’aire de débarquement de nos pirogues. C’est dire qu’on va anéantir toutes nos activités de pêche qui occupent la plus grande partie des populations. Les populations attendent toujours la rencontre devant aboutir à la poursuite des travaux d’enfouissement des tuyaux allant vers la mer. Tout est à présent aux arrêts. Dans ces conditions-ci, un homme sensé pourrait-il comprendre que nous vendions notre âme au diable avec les 600000 frs qu’ont proposé le Maire et la Senelec ?
Si nous devons mourir à petit feu, autant mourir une bonne fois. Les populations demandent à l’état d’être plus regardant vis-à-vis de leurs droits, notamment celui de vivre tout simplement. C’est autant dire que, bien qu’étant le premier magistrat de la ville, l’engagement du maire ne traduit pas fidèlement les aspirations des populations qui ont eu à opposer un premier refus au recensement qu’il a effectué ce mardi 28 février, et ne saurait leur être opposable demain. Les populations de Miname ne lui font pas  réellement confiance. Le recensement étant une recherche d’informations, le droit à l’information a prévalu. Avant que nous nous trouvions tous au pied du mur, entendons-nous sur certains principes.
La proximité de la centrale ne pouvant pas tolérer l’existence du village, il est d’une impérieuse nécessité de déplacer ses habitants et les mettre dans les conditions qui leur permettent de vivre décemment en menant leurs activités économiques (hommes comme femmes).
Pour cela, elles demandent que leur soient rendues leurs parcelles respectives et que le village et ses lieux de cultes soient judicieusement reclassés tenant compte de leurs réalités socio-culturelles.
Elles privilégient le dialogue, bien qu’étant toujours ignorées par les autorités administratives et locales. Elles appellent aussi à plus d’égard et de respect vu tout ce qu’elles ont eu à endurer sans manifester aucunement, afin de participer de manière citoyenne à un développement harmonieux de la nation. Elles insistent pour un reclassement du village et une réparation régulière des dommages subis.
Un site de 55 ha avait été identifié avec le Préfet Bouya Amar pour ce reclassement, dont une partie se trouve dans la zone du pôle de Diamniadio. Cela leur permettrait d’être relogées comme dans les localités qui reçoivent des projets de cette envergure (aéroport de Diass). Le Maire prétend trouver une solution à la question en visant Bargny Ville Verte. Deux cent cinquante hectares (250 ha) y seraient disponibles, laissons libre cours à l’histoire. Toutefois si Miname y est reclassé, il le mérite largement. Quand il s’est agi de découper la commune, seul Miname a permis à Bargny de conserver son droit au chapitre. Si des dividendes sont aujourd’hui escomptés de la centrale (500 000 000 frs de taxe annuelles), Bargny doit lui rester redevable et cela doit se traduire dans les actes posés par quelque Maire qui soit élu. Bargny se limiterait comme l’avait voulu le régime libéral sortant à la fameuse rivière ‘’ Khouloup’’.
Malgré le forcing ayant abouti à la fameuse signature d’un protocole entre la Commune et la Senelec, le problème reste encore entier. L’actuel édile doit revoir sa copie et être du côté des populations qui continuent de vivre leur sinistre. C’est qu’il y a anguille sous roche : pourquoi veut-il sacrifier ses administrés pour de bas intérêts ? Est-ce pour gonfler les caisses de la Mairie avec les 600 000 000 frs proposés par la SENELEC ? Ou simplement veut-il de la mouvance présidentielle ? Un Maire doit avoir une stature citoyenne qui le mette au-dessus de certaines bassesses politicienne.
S’il ne veut pas porter le combat des populations pour un mieux-être et le droit d’exister comme toutes les populations du Sénégal alors nous nous dresserons devant toutes velléités tendant  à  masquer la vérité. Rien ne peut freiner notre ardeur et notre détermination à défendre nos intérêts. Nous ne voudrons jamais être sacrifiés à l’autel des prébendes et intérêts  égoïstes. La mise en scène du Maire ne pourra que nuire  aux intérêts de l’Etat et peut-être de la SENELEC. Nous aurons prévenu. Que l’état prenne ses responsabilités et discute objectivement avec les populations plus que jamais ouvertes au dialogue. Sinon… !?
Bouna Bèye
 
Le Président du Collectif  pour la Sauvegarde de Miname et
                                                        Président  d’Equilibre et Environnement  
Dimanche 5 Mars 2017
Dakaractu




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