Mgr André Guèye, Evêque de Thiès : «Il faut humaniser les prisons»

L’évêque de Thiès, Monseigneur André Gueye, qui plaide pour une humanisation des prisons, est d’avis que la mutinerie des détenus de la Maison d’arrêt de Rebeuss est la manifestation d’un mal vivre dans les lieux de privation de liberté. A Diourbel pour installer dans ses nouvelles fonctions le nouveau curé de de la paroisse Notre dame des Victoires, Abbé Emile Ndione qui fait son come-back après un premier séjour, Mgr Gueye, a évoqué avec Le Quotidien et la station régionale de la Rts après la messe, plusieurs autres questions d’actualité notamment la non-célébration du jubilé d’or de la paroisse Notre dame des Victoires qui était prévue le 29 mars dernier, le départ de l’Abbé Jean Marie Sène, l’ouverture du second cycle au Collège Paul VI, la découverte du pétrole et l’affaire Ousmane Sonko.


Mgr André Guèye, Evêque de Thiès : «Il faut humaniser les prisons»
Monseigneur, les parents d’élèves ont émis le vœu de voir le collège Paul VI de Diourbel ouvrir un second cycle. Que répondez-vous à ces parents d’élèves ? 

C’est une aspiration légitime. L’église est là pour apporter sa contribution à côté de l’Etat dans la formation, l’éducation. Mais pour un second cycle, je prends bonne note de la doléance légitime. Il y a beaucoup de paramètres, beaucoup de facteurs qui entrent en jeu parce qu’il y a beaucoup de charges, beaucoup de défis. Ce qui fait que la tâche n’est pas facile et il ne faut pas se précipiter. C’est vrai, dans tout le diocèse (il regroupe les départements de Tivaouane, Thiés, Diourbel, Bambey, Mbacké et une partie de Fatick), il n’y a qu’un seul second cycle et il se trouve à Thiès. Comme je le dis souvent, si le diocèse a deux poumons, il y a l’un ici au Baol. Et nous devons prendre ceci comme acte et voir les conditions qui permettront qu’on instaure ici à Diourbel un second cycle.

 La rentrée scolaire est prévue ce 5 octobre, quel appel lancez-vous à la communauté scolaire pour une année sans perturbation ? 
J’aime bien le slogan qui dit : «Ubi tey, jang tey». Tout le monde doit jouer sa partition pour que la musique soit harmonieuse. Je lance l’appel pour qu’on prenne toutes les mesures nécessaires pour une année scolaire apaisée pur moi par le respect des engagements pris par les uns et les autres. L’Etat a des engagements envers les syndicats, mais tous ont des engagements à l’égard des parents qui envoient les élèves à l’école. 
Les enfants ne veulent qu’apprendre. On doit leur offrir les conditions nécessaires pour l’épanouissement à cet âge où nous avons besoin d’être instruits, formés, accompagnés, éduqués. Je me réjouis de toutes les mesures qui ont été prises, de la conscience des uns et des autres pour que le temps ne soit pas perdu. Je me réjouis de ce que nous, enseignants du privé catholique, nous apportons pour que l’éducation au Sénégal soit de qualité. 

Monseigneur, pourquoi le jubilé n’a pas été organisé ? 

Le jubilé n’a pas été organisé parce qu’il y a des objectifs dans la préparation qui n’ont pas été atteints. Par exemple, la réfection de l’église, les projets d’aménagement, le financement même des différentes activités et le financement de la fête qui devait avoir lieu le 29 mai. On n’a pas atteint les objectifs financiers, les objectifs organisationnels. Bref, le financement du jubilé n’a pas été mis en place. C’est pourquoi nous n’avons pas célébré le jubilé mais, c’est vrai qu’on avait fait très vite de fixer une date sans voir si nous pouvions respecter ce délai. C’est peut-être une leçon pour nous, pour que nous soyons plus humbles et nous confions tout cela à Dieu. Il faut que les gens continuent à se mobiliser pour les participations et le diocèse mobilise ses partenaires. 

Certaines sources font état de détournement de fonds sur l’argent collecté. Que répondez-vous à cela ?  

Détournement, je ne serais pas strict dans l’appellation mais il y a eu des manquements dans la gestion. Ce qui a fait que certains retards ont été accusés mais détournement à proprement parler, il n’y en a pas eu dans le sens que vous l’entendez. Etant donné que l’argent dont il s’agit avait été utilisé par l’urgence du besoin, de la nécessité à d’autres fins. Mais l’argent est remis sur place et, ce n’est pas à cause de 5 ou bien 8 millions comme vous le dites ; je ne connais pas le chiffre exact. Que le jubilé n’a pas été célébré, mais c’est un manque général de financement.

Qu’est-ce-qui explique que vous ayez fait revenir Abbé Emile Ndione ? 

Je l’ai fait revenir parce que les objectifs que j’avais assignés à l’abbé Jean Marie n’ont pas été atteints. C’est pourquoi, en toute responsabilité, j’ai fait revenir Abbé Emile Ndione parce que je crois qu’il est à même de relever les défis que j’avais fixés, non seulement pour le jubilé mais aussi pour l’après-jubilé. Abbé Jean Marie a fait ce qu’il a pu avec ses faiblesses, ses manquements ; nous prenons bonne note de tout cela et nous souhaitons que Abbé Emile sera à même de relever les défis. 

Quels étaient les objectifs assignés à Jean Marie ? 

Les objectifs pastoraux, les objectifs financiers et les objectifs de mobilisation. Le jubilé n’étant pas seulement la fête. Il y a tout une préparation spirituelle, toute une préparation en amont dans la communauté pour organiser les prières, insuffler une dynamique de communion, mobiliser les gens autour de cet évènement phare de la vie de l’église ici. C’est à dire il y a un travail de base qui aurait dû être fait  mais qui n’a pas été fait normalement. Mais, ce n’est pas pour dire qu’il n’a rien fait. Il a fait ce qu’il a pu mais cela n’a pas atteint le niveau que j’espérais. 
Il y a aussi le niveau financier. Les objectifs n’ont pas été atteints. Pas seulement à cause de sa faute mais le curé est là aussi pour mobiliser, insuffler et donner le ton. De ce point de vue-là, il y a eu des manquements pour canaliser les gens, les dynamiser. C’est pourquoi j’ai trouvé qu’il était nécessaire de trouver quelqu’un qui entre dans la dynamique même du jubilé, qui a été là au début et qui, je le crois, sera à même d’amener la paroisse vers la célébration du jubilé. 

Quel commentaire faites-vous sur la découverte du pétrole au Sénégal ? 

Je rends grâce à Dieu pour la découverte du pétrole pourvu que son exploitation serve au développement du Sénégal. Nous devons apprendre de tous les pays producteurs en Afrique pour éviter ce qui a fait que les gens ont peur du pétrole. Ce n’est pas le pétrole qui est le problème mais ce sont les personnes qui sont le problème. Les biens du pays sont destinés à tout le monde et les responsables doivent promouvoir le bien commun. Donc, le pétrole doit être un moyen pour le développement du Sénégal et, j’espère, je le souhaite que les dirigeants de ce pays pourront recueillir les leçons des autres pays pour que la découverte du pétrole soit vraiment le bonheur du Sénégal et impulse le développement économique et social du pays au service des populations. 

Sur l’affaire Ousmane Sonko, que vous inspire sa révocation ?  

L’actualité, je l’ai sue comme tout Sénégalais qui écoute les médias. Le fond du problème, il ne m’appartient pas d’en juger. Je sais que l’administration a des règles qu’il faut respecter et les sanctions sont là pour tout le monde. Pour tout citoyen, il y a le respect de la déontologie, des règles. Même pour les autorités. Donc, la loi est là pour tout le monde et je crois qu’il faut se situer à ce niveau-là. Mais la loi offre des recours possibles. 
L’actualité, je ne l’ai pas beaucoup suivie mais je crois qu’il faut moraliser davantage la vie politique, la vie publique au Sénégal pour que les affaires soient gérées dans les règles de l’art en toute justice, en toute honnêteté, mais en toute loyauté. 

L’autre actualité, c’est la mutinerie des détenus de la Maison d’arrêt de Rebeuss. Quelle politique pour la prise en charge des détenus ? 

Il y a deux années, j’étais venu à Diourbel pour tirer la sonnette d’alarme sur la vie à l’intérieur des prisons. Peut-être, c’est une goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Il faut que les prisons soient humanisées. Ce sont des êtres humains qui sont là. Il ne faut pas qu’ils en sortent comme des fauves. Alors, la mutinerie dévoile un mal vivre dans les prisons. 
Une prison destinée à 100 personnes, vous ne pouvez pas y mettre le double. Mais les prisons sont là pour offrir une autre chance à la personne de pouvoir s’intégrer dans la vie publique. Il faut traiter avec dignité et humanité les prisonniers. C’est une privation temporaire de liberté pour que, retrouvant la liberté, les prisonniers contribuent davantage à la promotion des règles qui font que la cité avance dans le respect de la liberté des autres. Donc, la mutinerie est seulement un cri de cœur des prisonniers qui appelle une réponse adéquate de la part des autorités en mettant toutes les mesures idoines pour que la vie carcérale ne soit pas une vie en deçà de la vie humaine.


Le Quotidien
 
Mercredi 5 Octobre 2016
Dakaractu



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