Médecin-général (er) Pr Boubacar Wade, ancien dg de l’Hôpital Principal : « Je pars avec le sentiment d’avoir accompli une mission… »

Après plus de quarante ans de bons et bons loyaux services rendus à la Nation à la (manière) militaire, le médecin-général Boubacar Wade va à la retraite ! Le ban des adieux se referme ainsi sur sa brillante carrière avec le sentiment d’une mission bien accomplie. Au lendemain de son départ, Pr Boubacar Wade, qui est le désormais ex-directeur général de l’hôpital Principal de Dakar a choisi en exclusivité « Le Témoin » pour tirer une partie de son bilan élogieux. Et surtout rendre grâce à Dieu qui lui a donné vie et santé jusqu’à ce qu’il atteigne l’âge de la retraite. Pr Wade, qui a été le premier directeur sénégalais de cet établissement de référence, pour ne pas dire d’excellence, remercie également le président de la République, chef suprême des Armées, pour la confiance renouvelée qu’il lui a témoignée durant toutes ces années ainsi que tout le personnel de l’hôpital Principal. Entretien…


Médecin-général (er) Pr Boubacar Wade, ancien dg de l’Hôpital Principal : « Je pars avec le sentiment d’avoir accompli une mission… »
Le Témoin : Mon général, quel est le sentiment qui anime un officier-général au lendemain de son départ à la retraite ?

Général Boubacar Wade : D’abord, permettez-moi de rendre grâce à Allah, mon Dieu, de m’avoir donné vie et santé jusqu’à  ce que j’atteigne l’âge de la retraite.  Je remercie également mon Prophète Mohamed (Psl) de m’avoir légué un héritage spirituel immense qui me permet quotidiennement  d’affronter toutes les épreuves de la vie. Sans oublier mes défunts parents qui ont semé et arrosé les graines de ma réussite. Pour revenir à votre question, le sentiment qui m’anime est un sentiment de fierté. De fierté légitime puisque je pense avoir servi mon pays et particulièrement mon Armée avec abnégation, loyauté, compétence et discipline. Donc, j’ai le sentiment d’avoir accompli ma mission dans une république sénégalaise  qui m’a tout donné : l’éducation, la formation, les honneurs, les décorations, les hautes fonctions et les grades. 
 Pouvez-vous nous tirer le bilan des années Boubacar Wade à la tête de l’hôpital depuis 2008 ?
Peut-être une partie du bilan puisque le bilan dans son ensemble  est trop exhaustif  compte tenu de la grande taille et des activités de cet hôpital militaire à vocation sous-régionale, une sorte de « Val-de-Grâce  » à l’africaine comme l’a bien surnommé votre journal « Le Témoin ». Parce que « Principal » est un établissement public de santé à statut spécial. Depuis ma nomination en 2008 comme directeur,  l’hôpital s’est beaucoup développé dans tous les domaines. Ainsi, rien que le budget alloué à la formation est passé de 60 millions fcfa en 2008 pour atteindre 100 millions fcfa en 2015. Ce montant, bien que substantiel, reste insuffisant pour permettre l’atteinte de tous les objectifs en matière de formation. C’est pour cette raison que la direction a eu à solliciter avec succès l’appui de partenaires nationaux et étrangers, en particulier l’ambassade de France et le Fonds de développement de l’enseignement technique et de la formation professionnelle (Fondef). Ainsi, la France avait mis à la disposition de l’hôpital Principal une subvention pour accompagner le transfert de gestion de l’hôpital à la partie sénégalaise. Il s’agit du fonds de solidarité prioritaire. C’est un fonds estimé à plus d’un milliard fcfa pour une durée prévisionnelle de 36 mois qui visait à contribuer à la réalisation des objectifs de la coopération franco-sénégalaise au bénéfice de l’hôpital Principal de Dakar (Hpd) tels que définis dans la convention signée le 17 février 2005 entre le gouvernement de la République du Sénégal et le gouvernement de la République Française.

« La République m’a tout donné… »

Vous m’offrez l’occasion de magnifier cette belle coopération franco-sénégalaise puisque l’hôpital en est le grand bénéficiaire. Parce que le budget de cette formation nous a permis d’avoir beaucoup de médecins spécialistes et agrégés. Car ces formations coûtent en moyenne six millions fcfa par an (soit cinq cent mille francs par praticien) totalement pris en charge par le budget formation de l’hôpital.
Sans oublier les nombreux postes de stages trouvés  dans les hôpitaux d’instruction des Armées en France au profit des médecins militaires sénégalais grâce à ce partenariat. Hélas, depuis 2011, le nombre de postes alloué n’a cessé de diminuer. Cette réduction du nombre de stages est due en grande partie  aux réformes en vigueur en France dans le domaine médical. Or, rien que la préparation d’un assistant pendant une année en France coûte environ 15 millions fcfa à l’hôpital. Ces coûts élevés des stages associés aux difficultés de placement des stagiaires nous ont amenés à développer des stratégies de diversification des partenaires. Et les années à venir, ces diversifications vont porter leurs fruits au profit du personnel médical des Armées.

Dès votre prise de fonction, en 2008, vous aviez mis en place un plan d’orientations stratégiques et opérationnelles pour le développement des infrastructures, où en est l’exécution de ce plan ?

Ici, il me plait de magnifier les multiples projets  réalisés dans le cadre de ce plan visant à  développer  et à moderniser l’établissement. Et grâce à l’Etat du Sénégal, à l’état-major général des Armées et aux partenaires, nous avons beaucoup réalisé, rénové et réhabilité en matière d'infrastructures et d'équipements. Entre autres, citons la réhabilitation de la popote, du bâtiment de la pharmacie, de la clinique Brevié,  de la Maternité, d’un local devant abriter le scanner 64 coupes, du service d’urgence (Peltier) etc. D’autres infrastructures ont été aussi réalisées et réaménagées tels que le bâtiment « Tivaouane » de la maternité, la Pédiatrie,  le  service Fustec A…

« La centrale d’oxygène et l’Irm sont des maillons vitaux de l’Hôpital »
 
Durant les années « Boubacar Wade », pour reprendre votre expression, d’importants  lots de matériels et d’équipements ont été acquis pour relever le plan technique de l’établissement et améliorer les conditions d’accueil : Un  groupe de 150 Kva pour la pharmacie, un réservoir de 5000 litres pour l’alimentation des services Fustec A et B, Lapalle A et B, une  machine à laver de 35 kg à chauffage électrique,  trois bus pour le transport du personnel, trois groupes de froid pour la morgue et la cuisine, des climatiseurs fenêtres et splits, une pompe à carburant double flux,  deux  véhicules de transport utilitaire etc…
 
Ces deux dernières années, on a constaté moins de contestations syndicales, cette accalmie peut-elle faire croire que vous avez réussi à satisfaire les doléances des employés ?


En tout cas, beaucoup d’efforts ont été consentis pour améliorer les conditions de vie sociale des agents de l’hôpital. Et si vous avez constaté vous-même un bon climat social, tant mieux pour l’intérêt de l’établissement. Tout cela démontre l'abnégation,  la  volonté de dépassement et le sens de la compréhension  des syndicalistes à qui je rends un hommage appuyé. Nous avons ensemble affronté des épreuves et des difficultés, mais nous sommes animés d'une détermination sans faille, les yeux rivés sur un seul objectif : la satisfaction des patients.

« Je remercie infiniment le président de la République ! »

Cependant, il est bon de souligner qu’entre 2008 et 2009, nous avons enregistré une hausse des dépenses en personnel de 3 % expliquée en partie par l’augmentation du salaire de base des employés  et l’indemnité de départ à la retraite de 20 agents. Sans oublier la rémunération du personnel à la hausse de 4 %. Tout cela représente 53 % des charges de fonctionnement.

Dans d’autres secteurs, une bonne gestion aurait diminué sans doute les charges de l’hôpital, n’est-ce pas ?

Heureusement, l’hôpital n’a jamais connu une année de mauvaise gestion. Et je parle sous le contrôle des organes de régulation et d’audit. Justement, vous m’avez posé une  question pertinente du fait que d’autres sections ont connu une  gestion rationnelle et efficace des charges. Par exemple, au niveau de la pharmacie, les charges ont subi une variation négative de 15,57 %. Cette baisse des dépenses pharmaceutiques s’explique, en partie, par la politique de maitrise des couts initiée par la direction, mais aussi par la réalisation de l’unité de production d’oxygène (fluides et gaz médicaux)  entrainant une économie de plus de 250 millions fcfa. Les dépenses de la restauration ont connu une baisse de 12,32  % malgré la flambée des prix des denrées. Seulement, nous avons réussi une bonne politique de rationalisation. Par contre, les charges relatives à l’électricité ont subi une hausse de 26 % en valeur relative du fait de l’installation de nouveaux matériels comme l’unité de production d’oxygène, les équipements biomédicaux etc…

Quelles sont les plus grandes réalisations de l’hôpital ces cinq dernières années ?

Toutes les réalisations en matière d’infrastructures et d’équipements sont de grande ampleur puisque chaque pierre de plus et chaque instrument supplémentaire contribuent à relever le plateau  technique de l’hôpital. Même si l’installation de la centrale de production d’oxygène et  la  remise à niveau de l'unité d'Imagerie par Résonance Magnétique (Irm) ont été de grands défis puisque ces équipements constituent des maillons essentiels dans la modernisation du plateau technique de l'établissement.

Mon général, le président de la République vient de nommer le médecin-colonel Diatta pour vous succéder, comment appréciez-vous une telle nomination…
 
(Il nous coupe) Ecoutez ! Il ne faut pas m’inviter dans les pouvoirs discrétionnaires du président de la République, Chef suprême des Armées. On ne doit pas commenter une décision du président de la République, seul habilité à nommer aux emplois civils et militaires. Mieux, sur certaines questions, je suis toujours tenu par l’obligation de réserve comme tout bon soldat. Par contre, permettez-moi de remercier infiniment le président de la République qui m’a toujours  renouvelé  sa confiance à la tête de l’hôpital. Bien que quittant l’établissement, je resterai toujours à la disposition du président de la République et du Chef d’Etat Major général des Armées pour servir encore mon pays. Et, surtout, l’Armée nationale. Permettez-moi également de remercier mes proches collaborateurs et tous les agents de l’établissement qui m’ont beaucoup soutenu. Sans oublier mon épouse et mes enfants. A mon successeur, je lui souhaite plein succès dans ses nouvelles fonctions.  Et Dieu sait que  je souhaite qu’il  fasse mieux que moi…

« Le Témoin » quotidien
Mercredi 2 Septembre 2015
Dakaractu




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