Me Yérim Thiam, avocat de l’Etat : « Karim Wade doit de l’argent, s’il ne paie pas, il risque la contrainte par corps… »

Au cours de cet entretien exclusif accordé à Dakaractu, Me Yérim Thiam s’est prononcé sur les deux dossiers de l’heure au Burkina Faso portant sur l’arrestation de l’ancien ministre des affaires étrangères du Faso, Djibril Bassolé et Cie mais également sur la libération de Karim Wade. L’ancien Bâtonnier qui se dit optimiste pour son client Burkinabé ne manque pas de se féliciter de la prière manche qu’il a remportée contre la Justice militaire du pays de Thomas Sankara qui avait rejeté l’assistance d’avocats étrangers. Se prononçant sur la libération de Karim Wade, Me Thiam tient à préciser que la grâce présidentielle n’absout en rien les autres condamnations retenues contre le fils de l’ex-Président de la République. Et c’est pour dire que les avocats de l’Etat qu’ils sont, vont poursuivre le recouvrement de l’intégralité de toutes les sommes dues. En ce sens que Karim Wade doit de l’argent au peuple sénégalais et s’il ne paie pas, il risque de subir l’une des conditions prévues par la loi, la contrainte par corps, c’est-à-dire retourner en prison s'il ne s'exécute pas….


Dans quel état d’esprit êtes-vous (vous et votre client) après l’arrêt de la Cour de cassation? 
 
La décision de la Cour de cassation qui est intervenue en premier a déclaré que le juge avait violé les conventions internationales, notamment celle de l’UEMOA, entre le Burkina et la France, en décidant que les avocats étrangers ne pouvaient pas assister leur client. Donc elle a cassé la décision de la chambre d’accusation et de contrôle et renvoyé l'affaire devant la même juridiction autrement composée. Je ne pense pas que cette chambre autrement composée ne puisse pas décider que les avocats étrangers n’assistent pas leur client. C’est pourquoi nous avions saisi la cour de justice de la CEDEAO pour que celle-ci dise que l’Etat du Burkina a violé les conventions internationales, les droits de nos clients de choisir eux même leurs avocats. En définitive cette cour a dit que les droits de Monsieur Bassolé et les autres ont été effectivement violés. 
 
Ce refus ne se  justifie-t-il pas du fait  que cette juridiction soit  militaire en se basant sur l’article 31 du code de la justice militaire? 
 
Non, en fait les juges nous ont laissé consulter les dossiers et l’ensemble du dossier. Nous avons eu accès à l’enquête qui était sous commission rogatoire, nous avons consulté les pv interrogatoire de première comparution. C’est seulement après un incident créé par un avocat français que les juges d’instruction ont décidé de nous écarter (les avocats étrangers) de l’ensemble du dossier… C’est vous dire simplement qu’il y a un lot d’avocats français qui se promène en Afrique pour se préoccuper des dossiers importants africains et ne savent pas souvent se comporter. Et nous avions échangé cet avocat et moi-même, sur la conduite à tenir dès qu’il est rentré à Paris. Et depuis, il a pris une autre direction qui a provoqué un incident avec le juge d’instruction. 
 
Alors dites-nous dans quel état d’esprit êtes-vous après la clôture de cet incident, même si Djibril Bassolé est toujours à la maison d’arrêt et de correction de Ouaga…
 
 
Moi je suis serein, parce que je sais qu’au bout du compte on lui (Bassolé) donnera raison. Mais parce qu’aussi les textes sont clairs. J’ai toujours été serein. Donc, c’est vous dire que j’ai appris les décisions de la Cour de Cassation et celle de la CEDEAO avec la plus grande sérénité. Je suppose que pour mes clients les choses sont un peu différentes, puisque je n’ai pas encore eu l’occasion de les voir. Mais je reste persuadé qu’ils sont dans un excellent état d’esprit et confiants. 
 
On va rappeler les faits qui portaient sur des écoutes téléphoniques d’une conversation supposée entre l’ex-ministre des affaires étrangères et le président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire, Guillaume Soro. Ce sont des faits gravissimes si cela s’avère vrai…
 
Vous savez les faits ne portent pas là dessus. Ils sont poursuivis pour une prétendue tentative de coup d’Etat et complicité pour d’autres pour cette tentative de coup d’Etat. Maintenant pour accréditer cette thèse selon laquelle mes clients les uns et les autres auraient tenté un coup d’Etat ou produit des écoutes téléphoniques supposées être une conversation entre Djibril Bassolé et le président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire. Mais jusqu’à présent nous demandons au juge de nous expliquer d’où ça vient et il est incapable de l’expliquer… Nous avons saisi la CEDEAO aussi sur la question mais qui a dit qu’il n’y a pas lieu de statuer en l’état sur cette question et qu’il faut laisser l’instruction se dérouler… Que  le juge d’instruction nous explique d’où viennent ces écoutes téléphoniques. Vous savez dans un dossier normal, quand une pièce est versée dans ce dossier, le juge d’instruction doit dire je l’ai obtenu comme ça, j’ai fait des enquêtes, etc. Or ces écoutes  ont eu lieu avant le début de l’instruction c’est-à-dire pendant la tentative de coup d’Etat donc,le juge d’instruction ne les a pas demandés. Donc qui a  fait ces écoutes-là ? Surtout que mes clients ne se reconnaissent même pas là-dedans. Tant qu’une instruction est en cours, on enquête…
 
L’actualité du moment au Sénégal porte sur la libération de Karim Wade par une grâce présidentielle. Vous avez rendu public une déclaration selon laquelle vous allez recouvrer l’intégralité de toutes les sommes dues. Alors, vous allez faire exactement quoi pour recouvrer ces sommes dues ? 
 
Nous allons faire ce que nous faisions depuis que l’arrêt a été rendu en tapant un peu partout, là où nous savons qu’il a gardé de l’argent… Vous savez l’histoire des Panamas Papers...
 
C’est une manière de dire que Karim Wade a planqué de l’argent vers le Panama ? 
 
Nous n’en savons rien, mais il a été cité dans cette affaire de Panama Papers et je n’ai pas vu de contradiction ou de démenti formel. Donc, nous supposons qu’il a de l’argent un peu partout. Nous allons continuer à chercher. Juste pour vous dire que la grâce concerne exclusivement la peine de prison et n’empêche pas l’exécution d’autres domaines notamment, il doit de l’argent, donc il faut qu’il paie. Et s’il ne paie pas, l’une des conditions prévues par la loi, on peut exercer la contrainte par corps. 
 
Une manière de le faire retourner en prison s’il ne paie ? 
 
Oui, la contrainte par corps c’est une manière de l’obliger à payer. Et s’il ne le fait pas, il subira les conséquences prévues par la loi. Au cas où l’Etat ne rentre pas dans ses fonds, … mais ça c’est une hypothèse... lointaine. Nous essayons d’exécuter à Paris, à Monaco, etc. 
 
En l’état actuel des choses, peut-on dire qu'est-ce qui a été recouvré? 
 
Oui bien sûr, mais je n’ai pas actuellement le montant exact. Cependant, les sommes sont assez importantes quand bien même….
Lundi 11 Juillet 2016
Dakaractu




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