Ecarté du pouvoir depuis le 25 mars dernier, Me Abdoulaye Wade, continue d’occuper l’actualité. Il a éclipsé tous ses adversaires politiques. Ses faits et moindres gestes sont suivis et relayés par la presse qui le définit comme « un bon client ». A quelques exceptions près tous les quotidiens nationaux lui consacrent quotidiennement leurs unes. En effet, même si l’on peut voir derrière ce choix une exigence commerciale, car Me Wade fait vendre, force est de reconnaitre, qu’il a attiré et à dessein, tous les regards vers sa personne. « Me Abdoulaye Wade est lui-même un événement, il sait attirer l’opinion sur sa personne », a analysé le Pr Moustapha Samb, enseignant au Centre d’Etude des Sciences de l’Information de la Communication (CESTI). Le Pr ajoute, essayant d’expliquer les raisons qui font que l’ex président continue d’occuper l’actualité : « C’est (Wade) est un homme expansif, il est ouvert et ne connait pas de réserve. C’est un séducteur, la communication politique n’est que l’art de séduire. L’ayant bien compris, il a toujours appliqué cette stratégie ». Aussi, argumente ce spécialiste en théorie de la communication : « C’est un avocat, il aime la communication, d’ailleurs il a crée pas mal de journaux. Et puis, il est dans l’obligation de parler, car tous les médias se sont cristallisés sur lui. Seulement, il faut comprendre qu’on va vers une uniformisation des partis politiques, il n’y a plus d’opposition au Sénégal, la nature ayant horreur du vide, il est là pour jouer ce rôle ». Sur un autre registre, le Pr Samb pense qu’« en fin politicien, Me Abdoulaye Wade acculé par ses adversaires, qui lui reprochent sa mauvaise gestion des affaires publiques, ne peut pas rester bouche bée en acceptant d’être égorgé, il n’abdiquera pas, il faut qu’il utilise les médias qui peuvent exercer une influence redoutable sur les consciences. Il est en train de dérouler une stratégie de défense, dans la mesure où il livre une bataille de communication contre les nouvelles autorités ». Ce sentiment du Pr Samb est partagé par le doyen Moustapha Sarr Diagne, chroniqueur et observateur averti de l’actualité politique. Selon, M. Diagne : « Me Wade a toujours intégré la presse dans sa stratégie ». Faisant un rappel historique, notre interlocuteur soutient que « quand il était dans l’opposition, l’ancien président avait crée beaucoup de canards dont Takussan, le Démocrate, Sopi (tiré à plus de 50 mille exemplaires dans les années 80). D’ailleurs, il posait souvent des actes politiques pour mobiliser la presse nationale et internationale. En fait, Me Wade avait très tôt compris le rôle que la presse peut jouer dans l’éveil des consciences ». Ne s’arrêtant pas à ses explications, le doyen poursuit : « quand il est venu au pouvoir, il a tout fait pour avoir la presse sous sa coupe. Sachant que cet entreprise n’est pas du tout aisée, il a voulu, par le biais de ses conseillers, créer de nouveaux journaux pour apporter la réplique à certains. Il faut noter, après qu’il a réussi à déstabiliser ses adversaires politiques par le phénomène de la transhumance, Me Wade avait une visée sur la presse ». En outre, M. Diagne est d’avis que : « le pape du Sopi a toujours su trouver les bons mots, suscitant un engouement chez les journalistes. Pour rappel, quand il avait sorti la fameuse phrase Abdou Diouf ay gaff (porte-malheur), le journal qui l’avait relayé avait disparu des kiosques en quelques heures ». Ainsi, joint au téléphone, Dr Moussa Mbow, enseignant à l’Institut Supérieur des Sciences de l’Information et de la Communication (ISSIC), a laissé entendre que : « les Sénégalais n’ont pas l’habitude de voir un président déchu s’immiscer dans les affaires du pays. Les anciens présidents Diouf et Senghor, en plus de se retirer définitivement de la politique, ont même quitté le pays. Donc, c’est bien normal que les gens s’étonnent de le voir évoquer certaines questions relatives à l’actualité nationale ». Seulement, ne trouvant pas d’inconvénient par rapport à ce choix de Wade, Dr Mbow pense que : « du moment où il a décidé de ne pas prendre sa retraite politique, il a le droit de parler. D’ailleurs, c’est lié à son caractère et à son tempérament, c’est une personne qui n’accepte pas de se laisser faire ». Cette parenthèse fermée, ce spécialiste de la communication, analyse : « Abdoulaye Wade attire la presse, parce que c’est un bon communicateur, il choisit bien ses cibles et les mots qu’il utilise ». Décelant une sorte de peur dans le camp de l’ancien régime, il dira que « à cause des audits annoncés, les libéraux ont occupé l’espace médiatique, car les médias sont de redoutables armes de défense qui sont à la disposition. Des hommes avertis, comme Wade, sont en train de les utiliser à bon escient ».
Par Abdourahmane Mbodj - loffice
Par Abdourahmane Mbodj - loffice
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