Me Aïssata Tall sur la séparation des pouvoirs au Sénégal : «Le pouvoir législatif n’est qu’un solde résiduel du pouvoir exécutif»

«Démocratie représentative : enjeux, acteurs et limite du pouvoir politique». Le thème a fait l’objet d’un débat samedi à l’Université Cheikh Anta Diop, à l’initiative de l’Association des étudiants en sciences politiques (Assespo). Les panélistes, Me Aïssata Tall Sall, Abdoul Khadre Lô, les professeurs Alioune Badara Diop et Samba Thiam ont expliqué l’état de la démocratie sénégalaise de l’indépendance à nos jours. La question de savoir si l’on «peut parler de séparation des pouvoirs au Sénégal» a cristallisé les attentions lors de cette 2ème édition du Forum national des études politiques.


L’avocate Me Aïssata Tall Sall est catégorique dans sa réponse : «Le pouvoir législatif, malheureusement, n’est qu’un solde résiduel du pouvoir exécutif.» La Socialiste estime, en effet, qu’au Sénégal, l’Exécutif s’immisce dans des cas dans les affaires judiciaires. Elle dit : «On prend nos fonctionnaires. On dit que vous êtes procureur de la République alors que la plupart du temps, quand il veut agir pour l’intérêt général, quand il veut agir au nom de la société, mais que l’intérêt général ne recoupe pas l’intérêt du gouvernement, il est stoppé net par quelqu’un qui est seulement nommé, qui est un haut fonctionnaire, qui s’appelle le ministre de la Justice, et qui n’est investi d’aucun pouvoir, sauf que le Président l’a nommé. Vous pensez que c’est une vraie séparation des pouvoirs ?» 
L’absence de débat sur des questions «extrêmement importantes» comme le déploiement annoncé des soldats sénégalais en Arabie Saoudite a aussi fait l’objet de critiques. Cependant, le maire de Podor ne perd pas espoir. Pour elle, «notre démocratie n’est pas perdue». Seulement, pour y arriver, recommande-t-elle, il nous faut «changer le système avec la restauration des valeurs qui fondent la République, les principes d’égalité, de justice, la séparation réelle des pouvoirs garantissent la protection des citoyens». Sur l’existence de la pléthore de partis politiques dans le pays, le Professeur Samba Thiam, lui, préconise la «réglementation de l’accès au financement des formations politiques». Une manière de décourager les partis qui n’ont «aucune représentation au fond».

Le Quotidien 
Mercredi 25 Mai 2016
Dakaractu




Dans la même rubrique :