Mauritanie : ouverture du procès en appel de militants anti-esclavagistes


Mauritanie : ouverture du procès en appel de militants anti-esclavagistes
Le procès en appel de militants anti-esclavagistes mauritaniens condamnés à des peines de prison, notamment pour usage de la violence, s'est ouvert lundi à Zouerate (nord) sous une sécurité renforcée, selon la défense et des témoins.

Il s'agit de treize militants de l'Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA, ONG anti-esclavagiste) et de sept habitants du bidonville de Ksar, dans le centre de Nouakchott, dont le déplacement forcé par les autorités, le 29 juin, avait provoqué des heurts entre des manifestants et la police.

Pour leur participation présumée à ces heurts, qui avaient fait une dizaine de blessés parmi les policiers, selon un bilan officiel, les militants de l'IRA ont été condamnés en août à des peines de 3 à 15 ans de prison par un tribunal de Nouakchott. Au cours du procès, ils avaient affirmé avoir subi des tortures en détention, ce que le parquet a démenti.

Une plainte contre X a été déposée lundi au tribunal de grande instance de Paris pour tortures et traitements cruels par les avocats français de l'IRA.

Les plaignants identifient formellement une vingtaine de hauts gradés dans ce dossier, des responsables bien connus pour être les architectes de la torture en Mauritanie, selon leurs avocats, qui ont demandé aux autorités françaises de les interpeller à leur prochain passage en France.

Le procès en appel a débuté lundi à Zouerate, où les prévenus ont été transférés en septembre.

La défense a soulevé des exceptions de procédure pour réclamer l'annulation du dossier, a affirmé à l'AFP un des avocats des prévenus, Me Bah Ould M'Bareck contacté au téléphone depuis Nouakchott.

Ils ont insisté sur le flagrant délit (pour) lequel nos clients sont jugés, que nous contestons, et les tortures auxquelles les prisonniers ont été soumis, a précisé Me Ould M'Bareck.

Après s'être retirée pour délibérer, la Cour a décidé de joindre les exceptions de procédure au fond du dossier, dont elle a entamé l'examen en début de soirée, par l'audition des prévenus, dont les trois premiers ont plaidé non coupable, a-t-il ajouté.

Le procès doit se poursuivre mardi, avec la suite des auditions, avant le réquisitoire du procureur et les plaidoiries de la défense.

Selon des témoins joints par l'AFP, des militants de l'IRA étaient présents en nombre dans la salle d'audience, après avoir organisé dans la matinée un sit-in devant le tribunal pour réclamer la libération de leurs camarades alors que des policiers encadraient leur manifestation sans incident.

Les prévenus sont accusés de rébellion, usage de la violence, attaque contre les pouvoirs publics, attroupement armé et appartenance à une organisation non reconnue.

Dans un communiqué publié en vue de l'ouverture du procès en appel, Amnesty International a appelé la Cour d'appel à annuler les peines d'emprisonnement prononcées contre les anti-esclavagistes et à mettre un terme à cette mascarade en les libérant immédiatement.

Depuis le début, ce procès est entaché d'irrégularités, et des allégations de torture n'ont pas donné lieu à une enquête. Les autorités n'ont pas réussi à prouver la moindre responsabilité pénale pour les actes de violence dont ces personnes sont accusées, selon l'organisation de défense des droits de l'Homme, qui accuse les autorités de vouloir faire taire les militants anti-esclavagistes.

L'esclavage a officiellement été aboli en 1981 en Mauritanie, mais certaines pratiques d'asservissement perdurent, une situation dénoncée avec véhémence par l'IRA.

La situation a néanmoins évolué récemment, avec l'adoption en août 2015 d'une nouvelle loi faisant de l'esclavage un crime contre l'humanité, réprimé par des peines allant jusqu'à 20 ans de prison, contre cinq à dix ans auparavant.
Lundi 14 Novembre 2016
Dakaractu



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