Marche orange pour la reconquête du Pouvoir: Idy envahit Macky, Dionne et Niasse pour décliner sa vision du Sénégal

Provocateur, Idrissa Seck, à la conquête des bastions politiques du chef de l’Etat et de son 1er ministre, a suspendu sa tournée, le temps de répondre à l’invitation de Thierno Alassane Sall, qui lance son mouvement La République des valeurs (Rv), ce samedi 28 octobre. Décryptage de la marche orange ou la stratégie d’un candidat conquérant.


Marche orange pour la reconquête du Pouvoir: Idy envahit Macky, Dionne et Niasse pour décliner sa vision du Sénégal
Classé deuxième à la Présidentielle de 2007 avec 510 922 voix (14,92 %) après Me Abdoulaye Wade, Idrissa Seck a connu une chute libre, pour avoir enregistré 212 853 voix (7,86 %) à la Présidentielle de 2012. Nonobstant cela, Idy a toujours apprécié positivement ces résultats, qui sont loin d’être un recul ou une dégringolade politique. Il était resté pendant tout le temps de la campagne électorale, à la Place de l’Obélisque pour lutter contre la dévolution monarchique du pouvoir. Il n’avait même pas battu campagne dans son propre fief à Thiès. Aujourd’hui, il s’est lancé dans une vaste opération de charme pour la conquête du pouvoir, en initiant une marche orange dans les rues du Sénégal. Depuis presque 3 semaines, il sillonne les bastions politiques du chef de l’Etat, Macky Sall, de son Premier ministre, Mahammad Boune Abdalah Dionne, et enfin du président de l’Assemblée nationale, Moustapha Niasse. Ces localités sont symboliques. Le sentiment le plus partagé au sein de l’état-major politique d’Idrissa Seck, c’est que le pouvoir en place travaille à disloquer le parti Rewmi. Idy veut rebondir, polir son image et «vendre» son programme auprès des Sénégalais. Il veut montrer que les multiples défections, dont celle de Thierno Bocoum, la dernière en date, n’ont entamé en rien la dynamique conquérante de son parti. A Fatick, Gossas, Guinguinéo, Kaolack, Kaffrine, Mbirkilane, Koungheul, il a partagé avec les populations sa vision et ses projets pour le Sénégal. La marche orange qu’il a initiée crée un contact direct avec les populations. Qui avec une excellente écoute, un accueil chaleureux et affectueux, ont été réceptives à son discours. Dans certaines localités, notamment à Gnolaneme, dans la commune de Mbadakhoum dans le département de Guinguinéo, les populations qui s’alimentent encore à l’eau de puits, ont réclamé des forages, de l’électricité, des pistes de production, des postes de santé équipés et disposant d’un personnel.

Idy à l’écoute des Sénégalais

Idy à l’écoute des Sénégalais recueille leurs doléances. Et avec des mots simples, il leur explique que la vision de Macky Sall est concentrée dans l’Ouest du pays. S’il est élu 5ePrésident de la République, son axe programmatique sera de rééquilibrer les activités économiques et les infrastructures sur le territoire national. Auprès des populations du Saloum, il s’est engagé à créer une grande métropole agro-alimentaire dans le cœur de la région de Kaffrine, avec l’utilisation maximale d’une énergie propre surabondante, dans cette zone dont l’ensoleillement annuel est énorme. Le surplus de production attendu du pétrole et du gaz en 2021 va renforcer sa politique énergétique afin que la production agricole soit transformée avant exportation. La production fruitière et maraîchère qui pourrit en Casamance, pourrait être aussi transformée. L’énorme production de Khelcom, du bassin arachidier, de la zone sylvo-pastorale, le lait déversé n’étant pas transformé seront parmi ses préoccupations majeures. Idrissa Seck décline dans les étapes de sa tournée orange, sa vision de la société afin que tout cela soit exploité pour lancer une véritable métropole au centre du Sénégal avec des infrastructures routières et ferroviaires qui permettent de faire un axe qui va d’Ouest en Est, du Nord au Sud. Et avec cette surabondante activité économique, la population sénégalaise ne va plus rester confinée dans une bande qui part de Saint Louis à Ziguinchor, à 50 kilomètres de la côte où il y a quasiment toute la population et 90% de l’activité économique et où le Sénégal étouffe. Il propose un aménagement équilibré de l’espace national en termes de distribution des activités économiques et des infrastructures. L’autre axe sur lequel il a partagé avec les Sénégalais, c’est l’Etat de droit. Illustrant ses arguments avec les affaires Khalifa Sall et Karim Wade, Idy invite les populations à s’interroger si dans un pays respectueux, le pouvoir peut s’autoriser d’emprisonner le maire de la capitale pendant presque un an sans procès, juste pour l’empêcher de mener ses activités politiques. Livrer Karim Wade, un citoyen sénégalais, condamné par la justice et bénéficiant d’une grâce, à une puissance étrangère en lui interdisant d’en bouger et de parler. Fermer des écoles (Yavuz Selim), compromettant l’avenir des élèves sénégalais sous la dictée d’un Président étranger. Et au lieu d’utiliser les forces de sécurité pour protéger les populations contre le vol de bétail, contre les menaces terroristes et la délinquance, il s’est indigné de constater que deux 4×4 des forces de sécurité le surveillent dans ses moindres déplacements. Mais aura-t-il assez de cran pour faire le tour du Sénégal? Idy ne termine jamais ses tournées politiques engagées. Momar Diongue, journaliste, analyste-politique, l’attend à l’épreuve.

Idy dans la réaction plus que dans l’action

Momar Diongue est d’avis qu’Idrissa Seck est plus dans la réaction que dans l’action, avec la vague de démissions dans son parti dont la plus marquante est évidemment celle de Thierno Bocoum. «La preuve, sa tournée commence par Fatick, le fief du chef de l’Etat. Ce qui n’est pas gratuit. Ensuite Gossas, chez le 1er ministre», signale Momar Diongue. Parce qu’Idy pense que le Président de la République travaille à l’affaiblir. Il veut donc répondre coup pour coup. «Idrissa Seck est allé en réaction attaquer le Président dans son propre fief. En passant par Gossas chez le 1er ministre, il a prolongé vers Kaolack chez Moustapha Niasse, ensuite Kaffrine et Koungueul», note-t-il. Pour Diongue, il reste à savoir si Idrissa Seck sera assez endurant, ce n’est pas la première fois qu’il initie une tournée. «Il avait entamé il y a un an et demi une tournée dans le Fouta qui est considéré comme le fief du Président Sall. Ce que j’attends qu’Idy me prouve, c’est de savoir s’il croit réellement en son étoile, qu’il fasse un travail de terrain sur la durée. Tant qu’il ne l’aura pas fait, il ne me convaincra pas qu’il est prêt à rebondir», confie Diongue. Surtout que de leader national, il a aujourd’hui une envergure communale, après avoir perdu le département de Thiès. Par contre, Idy peut être un candidat sérieux en 2019. Le Président Macky Sall, en faisant le vide autour de lui, a tendance à ouvrir un boulevard pour Idrissa Seck. La nature ayant horreur du vide, avec l’élimination de Karim Wade et de Khalifa Sall de la course, deux potentiels adversaires sérieux, il ne restera plus qu’Idrissa Seck comme quelqu’un qui a connu deux élections présidentielles. Idrissa Seck pourrait ainsi être le réceptacle des « Karimistes » et des «khalifistes». En résumé, l’analyste politique estime que seules deux conditions peuvent militer en faveur de Seck: la première, c’est qu’il continue son action de terrain, qui passe par un travail de longue haleine, d’endurance, et la deuxième, c’est que Macky aura créé le vide autour de lui en éliminant Karim et Khalifa. Dr Abdou khadre Sanoko, sociologue, diplômé en sciences politiques, pense qu’Idy gagnerait aussi à se départir de certains préjugés qui ont établi un fossé abyssal entre lui et la base. «Peut-être, il a prêté une oreille attentive à ce qui se disait. Il est en train de se rendre compte que le pouvoir en politique est détenu par la base, surtout par l’électorat sénégalais. Il y a ce qu’on appelle la sociologie des affinités électives. Les électeurs sont dans le sentimentalisme. C’est ce qu’Idrissa Seck a compris. Il est en train de rectifier le tir», constate-t-il. Pr. Sanoko note que ce qui compte le plus dans l’arène politique sénégalaise, c’est que les électeurs sont dans l’affectif, le contact charnel. «Tout ce qu’ils veulent, c’est lorsqu’ils sont confrontés à un certain nombre de problèmes, qu’ils puissent avoir des leaders qui prennent à bras le corps leurs préoccupations. Après, c’est une 
sorte de retour d’ascenseur lors de la journée du vote», signale-t-il.

Un ego surdimensionné handicapant

Malheureusement, ce qui se passe, après la publication des résultats, les politiciens s’éclipsent et vident le terrain. Et chacun se consacre à ses propres préoccupations. Il rappelle que Macky Sall, dans l’opposition, avait fait le tour du Sénégal en signant un pacte avec les populations les plus reculées du Sénégal. «Et le jour du vote, elles le lui ont rendu. Je crois qu’Idrissa Seck n’est pas un nain en politique. Il a eu à écouter les complaintes de ses militants mais également les avis des analystes. Idrissa Seck a le profil d’un présidentiable. Il a l’intelligence, les compétences et l’expérience. Ce qui lui manque, c’est ce côté complice entre lui et les populations. Et on n’attend pas le jour du vote pour le faire», dira-t-il. Cet analyste pense que pour gagner une élection, cela dépendra de l’intelligence politique des uns et des autres. Et le problème fondamental d’Idrissa Seck, c’est qu’il a un ego surdimensionné. «S’il veut avoir toutes les bonnes cartes, il doit tendre sa main à Abdoulaye Wade. Seul, il peut faire des résultats mais il ne pourra pas gagner. Abdoulaye Wade n’est pas dans une posture de gagner une élection, mais il peut faire perdre un candidat. Ce que Macky Sall a compris et il est en train de le courtiser. Si Macky, détenteur du pouvoir et qui a un contentieux avec Wade le fait, pourquoi Idrissa Seck ne le ferait-il pas, puisqu’on parle de l’improbable candidature de Karim Wade», argue-t-il. Ce handicap politique est en train de faire très mal à Idrissa Seck, qui met en avant son ego. Il a eu tort de dire que les retrouvailles de la famille libérale doivent se faire sans Wade. Rien ne se fera au Pds sans que Wade n’en soit l’instigateur. «La course pour courtiser Wade est déclenchée, si Idy commet l’erreur de voir Macky Sall être le premier à réussir ce pari, c’est fini pour Idrissa Seck. Il peut dire au revoir à la chaise Présidentielle, même pour 2024, étant entendu qu’il prend sa retraite politique à 63 ans», prévient-il. Dans sa tournée, Idrissa Seck, qui est descendu de son piédestal, partage les repas des populations démunies. Ravalant sa mégalomanie, il a troqué ses grosses cylindrées 8X8 bling-bling contre des voitures 4X4 «ordinaires», mais qui pourront, quand bien même, s’aligner sur la ligne de départ pour la course vers le palais de la République.
Samedi 28 Octobre 2017
Dakaractu



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