Mame Mbaye Niang, Ministre, Membre du Secrétariat Exécutif de l'APR : ‘’Ceux qui pensent pouvoir manipuler le Président’’

Malgré son jeune âge, il fait sans doute partie des responsables les plus influents de l’Alliance pour la République (APR). Ministre de la Jeunesse, de l’Emploi et de l’Education citoyenne, il évoque dans cette interview la situation économique du pays, répond aux détracteurs du régime et se prononce sur l’ambiance qui prévaut à Benno Bokk Yaakaar (BBY). Pour lui, il n y a aucun malaise.


Mame Mbaye Niang, Ministre, Membre du Secrétariat Exécutif de l'APR : ‘’Ceux qui pensent pouvoir manipuler le Président’’

On vous a entendu évoquer la semaine dernière la situation de l’Emploi qui, selon vous, est sur une pente positive. On peut raisonnablement être sceptique…

Merci de me permettre de m’adresser à nos concitoyens. Lorsqu’on parle d’emploi, on est dans l’Economie réelle. Permettez-moi donc de rappeler que lorsque le Président accédait à la magistrature suprême, nous avions trouvé un taux de croissance de 1,5%. A ce jour, ce taux est de entre 4,5/4,9%. On n’a pas besoin d’être expert en Economie, Finances ou autres pour comprendre que 3,4 de croissance, ce sont des emplois.

Deuxième point, il y a deux paramètres importants en Economie : la masse monétaire qui a connu une progression continue ces dernières années, passant de 2712,7 milliards en 2011 à 3184 milliards Cfa en juillet 2014, soit une augmentation de 471 milliards de francs Cfa. La progression des crédits à l’économie, c’est-à-dire la manne financière pour les projets, est passée de 1953 milliards en 2011, à 2436,6 milliards en juillet 2014, soit une augmentation de 493,6 milliards Cfa. Cette progression met en évidence le niveau important de financement des projets par le système bancaire. Donc, ce n’est pas de la fiction.

Mais d’où viennent ces chiffres-là que vous manipulez ? Quel est leur niveau de fiabilité ?

Vous savez qu’on ne peut pas parler comme cela sans que ces chiffres ne soient certifiés quelque part. Ces chiffres sont naturellement des données que la Banque centrale des Etats des l’Afrique de l’ouest (BCEAO) met à notre disposition. 0n ne peut parler de masse monétaire dans le vent. Ces informations peuvent être mises à la disposition de tout Sénégalais le désirant (…) Donc, ceux qui portent des projets sérieux sont financés.

Maintenant il ne faut pas se voiler la face pour décrire une situation idyllique. L’ancien Président, Me Abdoulaye Wade, en connaissance de cause, avait bien déclaré que le Président Macky Sall ne pourrait pas payer les salaires après 2012. C’est en connaissance de cause qu’il le disait. C’est pourquoi tout juste après sa prestation de serment, le Président Macky Sall s’est rendu en France pour y chercher un appui budgétaire de 80 milliards de francs Cfa pour payer les salaires et préparer la campagne agricole qui était là.

Mais ils sont bien nombreux qui ne se reconnaîtront sans doute pas dans la situation que vous décrivez et les chiffres que vous avancez…

D’accord. Mais je répète avec insistance, que lorsqu’on conteste des chiffres, on amène des arguments. On ne peut pas le faire sur la base d’états d’âme ou de considérations politiciennes. Vous savez, les salaires aux fonctionnaires qui étaient en 2011 à 428 milliards de francs Cfa pour 91 401 agents ont atteint 483 milliards de francs Cfa avec une forte augmentation des effectifs de 102 500 agents en 2014. Pour les années 2012 et 2013, la masse salariale s’est élevée respectivement à 462 et 464,7 milliards de francs.

Aujourd’hui, le Sénégal a atteint une stabilité élevée qui lui permet de se financer ; ce qui lui vaut la confiance des marchés et des investisseurs. Notre pays est bien noté par les agences de notation mondiales. Je ne parle même pas de l’engouement suscité par les emprunts obligataires. Vous avez suivi avec le Sukuk avec 100 milliards de francs Cfa qui ont être mobilisés. Les premières obligations  islamiques émises par un pays de l’Uemoa et le succès de l’Eurobond avec 250 milliards de dollars avec un taux de 6,25% contre 8,25 du temps de Wade. Si tout cela, c’est de la fiction, merci alors la fiction. Mais comme je l’ai dit plus haut, tout est vérifiable au niveau de la BCEAO.

Vous avez aussi livré les chiffres de l’Emploi qui sont tout aussi optimistes…

En ce qui concerne l’Emploi, je confirme et réaffirme avec force qu’entre 2012 et 2014, le Sénégal a eu à créer et/ou aidé à créer 94 354 emplois formels. L’année 2013 a battu des records et 2014 ouvre une tendance positive qui va se poursuivre en 2015. Mieux, je suis en mesure de vous dire que le Commerce a un pourcentage de 38,59% en termes de création d’Emplois, 13,42% pour l’Agriculture ; le Bâtiment et les Travaux publics sont à 13,27%, l’Hôtellerie et la restauration 8,7%, l’industrie alimentaire 4,74%. Le problème que nous avons, c’est que l’investissement sur l’Agriculture n’a pas produit les effets attendus en termes de  création d’emplois. Mais nous pensons que cela va venir dans les deux prochaines années.

Vous insistez sur les Emplois créés, pas ceux qui sont perdus alors que nous savons qu’il y a beaucoup d’entreprises qui ont des problèmes…

Il faut revisiter les communiqués du ministre du Travail. Il a assumé qu’il y a des entreprises qui ont des difficultés et qui ferment. C’est normal. Cela se passe dans tous les pays. Mais il y a à côté des entreprises qui se créent et qui sont, environ, trois fois plus importantes que les entreprises qui ferment. Donc, c’est après le différentiel entre ces entreprises et celles qui ferment, que les  chiffres définitifs sont livrés.

Mais comment allez-vous faire pour maintenir la même cadence ?

Depuis plus de trois décennies, le Sénégal a mis en œuvre des politiques souvent hardies de création d’emplois. Toutefois, il faut reconnaître que nous avons un niveau de sous-emploi et de chômage très élevé, qui est de l’ordre de 10,2% au niveau national et 12,2% pour la tranche d’âge entre 15 et 35 ans. Nous avons aussi une prédominance de demandeurs d’emplois non qualifiés. On a des Sénégalais qui sont sur le marché et qui n’ont pas de qualification professionnelle. Ce chiffre est important. Il est de 42% des demandeurs. On a aussi les chiffres de chômage longue durée qui sont de l’ordre de 45% de la masse globale de chômeurs.

Des chiffres certifiés ?

Oui, des chiffres certifiés. Ces chiffres sont connus des techniciens. Ils sont disponibles au niveau de l’ANSD et de l’Inspection du travail. Il ne sert à rien de se voiler la face. Il faut reconnaître ces faiblesses-là pour leur administrer la bonne thérapeutique (…). La Direction de l’Emploi s’attelle à cette tâche déjà. Elle cherche à caser des  diplômés qui n’ont pas encore une expérience de travail. L’Etat prend en charge 50% des rémunérations de stage et l’entreprise assume les 50%. C’est une très bonne Convention qui est en train d’être améliorée. Les textes existent depuis 1987. Mais en dehors de cela, il y a les 46% dépourvus de qualification qu’il faut cependant caser. Ils peuvent être absorbés par les Domaines agricoles communautaires. Là aussi, nous sommes en train de travailler.

Le projet est bien étudié. Ce sont des professionnels qui encadrent des jeunes qui n’ont pas de qualification. Les domaines agricoles constituent des centres incubateurs. Le projet a démarré à Kédougou. Il va mobiliser 30 mille hectares aménagés horizon 2014, à un niveau national. Ce qu’il faut dire, c’est qu’on ne peut pas faire les choses comme on le faisait avant, avec le Fonds national de Promotion de la Jeunesse (FNPJ). Il faut donc des business plans. L’attribution des financements ne se fait pas sur la base de l’affection. Il faut qu’on dise comment on va dépenser l’argent du contribuable, comment le rembourser. Le remboursement devient obligatoire. Il y a une rupture. Des techniciens sont là pour les aider à la rédaction de leurs projets.

Les affaires Arcelor-Mittal et Pétro Tim ont créé un malaise dans vos rangs…

Il n y a pas de malaise. Nous nous sommes laissé faire et la presse a aussi aidé. Voilà deux histoires montées de toutes pièces par des gens dont l’objectif est de créer la confusion dans la tête des Sénégalais. Pendant huit ans, l’ancien régime a mobilisé plus de 450 milliards Cfa pour le Sommet de l’OCI. Il a  échoué lamentablement et il a dû organiser le Sommet au Méridien-Président. Avec le Fesman, 95 milliards de francs Cfa ont été mobilisés alors qu’on n’a même pas hérité d’un tableau d’art. Ces deux cas suffisent…

Il y a quand même un malaise dans  votre Coalition. Les responsables politiques de l’APR multiplient les sorties pour fustiger le déficit de soutien de Benno Bokk Yaakaar. Avez-vous mis en demeure vos alliés d’assumer le soutien ou de partir ?

Mettre en demeure nos alliés ? Non, non... L’APR est un parti structuré. Il y a un Président, un secrétaire exécutif et le Directoire du Parti. L’APR a aussi un Porte-parole. En ma connaissance, le Président Macky Sall n’a pas mis en demeure ses alliés. Au contraire, il travaille à renforcer Benno Bokk Yaakaar qui a commencé à produire des résultats. La Coalition se réunit régulièrement et produit des communiqués pour soutenir l’action du  gouvernement et la politique du Président. Lorsque moi, Mbaye Niang, je donne une position personnelle, cela ne saurait concerner le parti en tant que tel. Il faut qu’on soit clair là-dessus. Il n’y a aucun malaise dans la Coalition.

Donc comment apprécier ces sorties enregistrées ces derniers jours ?

Ces sorties ne peuvent être que personnelles.

Même quand ça sort de la bouche de responsables ?

Il n’y a pas de responsable plus responsable que le président de la République qui n’a jamais eu peur de donner sa position lorsqu’il estime que c’est nécessaire. Personne ne peut reprocher au Président de ne pas avoir le courage de ses positions. Donc il n’y a pas de malaise et je suis même gêné de devoir insister là-dessus. Le Secrétariat  exécutif dans lequel je siège n’a jamais produit un communiqué. Où est donc le problème ? Il n’y a aucun problème. Chacun est cependant libre de donner une opinion individuelle. Mais à partir de ce moment, il faut bien préciser que c’est une opinion personnelle qui engage juste son auteur. 

Dans le fond de l’affaire qui a installé ce malaise, le numéro de Me Abdoulaye Wade a quand même fait mouche ?

On sait comment ça se passe. On diffuse des rumeurs, on crée le buzz et on s’appuie sur la presse pour que ça dure le plus longtemps possible.

La presse a bon dos là…

Vous savez, on reproche au frère du Président. Tout ce que je sais, c’est qu’au moment où Pétro-Tim se créait, Aliou Sall n’était pas aux côtés de Macky Sall mais il travaillait à l’ambassade du Sénégal en Chine. Il y avait été nommé non par l’actuel Président, mais par Me Abdoulaye Wade. C’est sous l’ère Wade. En quoi on peut être mêlé. Wade savait très bien, au moment où il le nommait, qu’Aliou Sall est le frère du Président. Ce qu’il faut aussi dire, je répète sans doute ce qui a été  déjà dit, c’est qu’il y a aujourd’hui 12 entreprises qui font de la prospection (…).

Autre chose qui est important à souligner, j’ai entendu des gens dire : pourquoi l’Etat ne prend pas lui-même en charge les prospections pétrolières ? Mais ce qu’il faut savoir, c’est que dans cette activité spécifique, on peut dépenser un million de  dollars par jour, sans garantie de découvrir quelque chose. C’est très coûteux. Et je ne vois pas comment l’Etat pouvait dépenser autant d’argent alors qu’au moment où Macky Sall arrivait, les feux étaient partout rouges. Au moment où le pays peinait à rassembler la masse salariale.

Pour Arcelor Mittal, Abdoulaye Wade a posé des actes graves qui continuent encore à coûter à l’Etat de l’argent. Je pense que les actes qu’il a posés sont tellement graves et lourds pour les finances de ce pays qu’il devait se cacher et se taire. Le Sénégal continue à payer des milliards à Kumba et rien que ce mois-ci, on doit payer 2,4 milliards de francs Cfa. Pour le reste, je pense que les explications ont été données sur les motivations du Sénégal qui a préféré négocier pour renflouer ses caisses, dans un contexte de déficit budgétaire alors qu’on avait une campagne agricole à organiser. Aujourd’hui, cet argent est dans le circuit du Budget. Et c’est clair et net. Mais je vous demande de vous intéresser sur le fait qu’au moment où me Wade donnait la concession à Mittal, il avait signé en 2004 avec Transrail.

Ah bon ?

Ah oui ! Transrail est encore là. Vérifiez. C’est une double concession.

Y a-t-il des documents ?

Jusqu’à présent, c’est Transrail qui est là. Transrail ne peut pas être là si elle n’a pas de concession.

N’avez-vous pas peur que ce qu’on a toujours reproché à Wade se retourne contre vous ?

Mais non ! Jusqu’à l’heure où je vous parle, il n’y a aucun décret le nommant quelque part. Et la personne à qui on veut l’assimiler a toujours bénéficié de décret. Aliou Sall a gagné à Guédiawaye. Et moi, ce n’était pas mon candidat. Objectivement ce n’est pas comparable.

On a bien l’impression que vous avez quelques soucis à l’APR ? Que les troupes ne sont pas contrôlées…

Je ne veux pas particulariser les problèmes. Dans tous les partis il y a des bisbilles. L’essentiel, c’est que l’intérêt général puisse prévaloir. Que les discussions aient lieu. Maintenant, s’il y a des gens qui veulent jouer sur des positions d’influence, cela ne sert à rien. C’est méconnaître le président de la République que de croire qu’on peut  le manipuler ou l’influencer. Il a l’habitude de dire qu’il s’est engagé à réduire la pauvreté. Ceux qui sont proches de lui savent que c’est cela sa véritable préoccupation.

C’est pourquoi il est peiné souvent de voir que certaines personnes ne viennent le voir que pour demander des terrains ou des 4x4, alors que le destin du pays devrait être leur première préoccupation. Pour répondre donc à votre question, dites-moi le parti au Sénégal qui, en trois ans, gagne une élection présidentielle, des législatives et locales. Dans notre parti, la légitimité se fait au combat, la présence sur terrain et du niveau de représentativité au niveau local. On a une machine performante qui a fait ses preuves. Je pense humblement l’améliorer en évitant de l’atrophier dans des schémas pompeux sans efficacité. Je suis pour une approche pragmatique des problèmes.  


EnQuête 

Lundi 22 Décembre 2014
Dakaractu




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