Malgré la quinzaine de morts après le déversement de déchets toxiques en 2010 : Trafigura reste sans état d’âme, selon Amnesty


Malgré la quinzaine de morts après le déversement de déchets toxiques en 2010 : Trafigura reste sans état d’âme, selon Amnesty
 Le géant du négoce de marchandises Trafigura doit tout révéler au sujet de la nature des déchets toxiques déversés à Abidjan, la capitale de la Côte d'Ivoire, il y a 10 ans, a déclaré Amnesty International.
 
Trafigura n'a jamais révélé de façon précise ce que contenaient les plus de 540 000 litres de déchets toxiques déversés sur 18 sites à Abidjan le 19 août 2006. Plus de 100 000 personnes ont eu besoin de recevoir des soins médicaux à la suite de ce déversement ; elles présentaient toute une série de symptômes comprenant des vertiges, des vomissements et des troubles respiratoires, et les autorités ont fait état de 15 morts.
En 2012, dans un rapport qu'elles ont publié conjointement, Amnesty International et Greenpeace ont exposé des informations montrant que le refus de Trafigura de révéler le contenu des déchets toxiques a entravé la décontamination des sites et empêché les victimes de recevoir des soins médicaux adéquats.
 
Trafigura a également continué de minimiser les conséquences de ces déchets toxiques, affirmant que les « déversements [déchets] pourraient au pire avoir causé une série de symptômes de courte durée évocateurs d'une grippe et un état d'anxiété ». Mais les éléments sur lesquels se fonde cette déclaration sont confidentiels aux termes d'une transaction judiciaire devant la justice britannique en 2009.
 
Le rapport publié en 2012 par Amnesty International et Greenpeace a montré que les victimes ont souffert de toute une série de graves troubles de santé, notamment de difficultés respiratoires, de fortes douleurs abdominales et de troubles digestifs correspondant aux effets d'une exposition aux produits chimiques présumés présents dans ces déchets.
 
En juillet 2016, Amnesty International s'est entretenue avec des habitants d'Abidjan affectés par les déversements de 2006. Ils disent qu'ils sont toujours malades parce qu'ils ont respiré les émanations des déchets chimiques restés sur des sites à proximité de secteurs résidentiels pendant plusieurs années après leur déversement. Des personnes qui vivent non loin de ces sites ou qui cultivent des légumes sur ces sites ont dit à Amnesty International qu'elles peuvent encore sentir l'odeur des déchets lors de fortes pluies.
 
Sur les 38 habitants d'Abidjan avec lesquels Amnesty International s'est entretenue, 35 ont déclaré continuer de souffrir de problèmes de santé. Le gouvernement de la Côte d’Ivoire n'a pas mis en place une surveillance des victimes permettant de vérifier si elles présentent des troubles de santé à long terme.
 
« Du fait de l'absence de surveillance adéquate de l'état de santé et parce que Trafigura n'a pas révélé la totalité des composants chimiques des déchets, les gens continuent de vivre dans la peur. On ne leur a pas non plus donné d'explications de base sur la manière dont les déchets ont affecté leur santé. Le silence de Trafigura laisse dans l'incertitude de nombreuses victimes qui s'inquiètent des effets à long terme sur leur santé, a déclaré Lucy Graham.
 
« Trafigura dit que les déchets toxiques n'ont rien causé de plus grave qu'une grippe mais elle se fonde, pour affirmer cela, sur des éléments qui restent confidentiels. Si l'entreprise n'a rien à cacher, pourquoi ne dévoile-t-elle pas toutes les informations dont les victimes ont besoin pour reprendre une vie normale ? »
 
 
Les gouvernements donnent carte blanche aux entreprises irresponsables
 
Au cours des 10 années écoulées, aucun gouvernement n'a forcé Trafigura à dévoiler la nature exacte des déchets toxiques, ni mené une enquête exhaustive sur le rôle joué par Trafigura dans ce déversement, laissant ainsi les victimes mener des actions judiciaires, toujours en cours, devant des juridictions civiles en Côte d’Ivoire et aux Pays-Bas.
 
En août 2015, Amnesty International a braqué les projecteurs sur le fait que le gouvernement britannique s'est abstenu d'enquêter sur le rôle joué par Trafigura dans le déversement des déchets toxiques. Amnesty a présenté des éléments prouvant que des employés de Trafigura au Royaume-Uni pourraient avoir organisé intentionnellement le déversement à Abidjan. Les autorités britanniques ont dit à Amnesty International qu'elles ne disposaient pas de la force de frappe juridique ni des ressources et des connaissances nécessaires pour affronter ce géant. Amnesty International estime que le Royaume-Uni devrait adopter une nouvelle loi, similaire à la Loi anticorruption britannique, réprimant pénalement les entreprises basées au Royaume-Uni qui commettent à l'étranger de graves atteintes aux droits humains, à moins qu'il ne démontre qu'il dispose de mécanismes permettant d'empêcher de tels actes.
 
 
Vendredi 19 Août 2016
Dakar actu




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